JACOPO TORRITI ET LE COURANT BYZANTIN ÉPURIFIÉ
Gelui qui semble avoir le mieux exprimé les aspirations de la plupart des artistes romains du dernier quart du 13® siècle fut Jacopo Torriti et «aucun artiste italien, pas même Gimabue ou Duccio, n'a imité plus suavement le style solennel, le modèle accentué et le coloris magnifique des œuvres byzantines» (Bertaux).
De Torriti nous avons deux œuvres authentiques fort importantes, ce sont les mosaïques des absides de St. Jean de Lalran el celle de Ste.
1 P. Toesca, Gli autiche affreschi di Sta. Maria Maggiore, L'Arte 1904, p. 312. Yen tari, op. cit., p. 127; Wilpert, pis. 276-8.
Marie Majeure dont la première aurait été exécutée en 1291, l'autre probablement cinq années plus tard. On prétend qu'à la basilique de Latran la tâche de Torriti se borna à refaire une œuvre constantinienne puisqu'il est dit dans le Liber Pontificalis que du temps de St. Sylvestre l'église était déjà ornée d'une mosaïque, restaurée au 5* siècle par le consul FI. Félix. Torriti y aurait ajouté des figures nouvelles. Dans l'abside de l'autre basilique des morceaux entiers comme les guirlandes autour des figures principales et l'image du Jourdain seraient également des restes de l'ornementation exécutée au milieu du 5^ siècle et dont firent partie les images subsistant encore sur l'arc. Cela ne me semble pas probable. C'est surtout en comparant la représentation du fleuve peuplé de petites figures, d'oiseaux aquatiques et la végétation poussant au bord dans les deux mosaïques qu'on obtient la certitude qu'il s'agit de produits de la même main. Sans doute Torriti a copié dans les deux cas des modèles des premiers siècles chrétiens mais je ne crois pas qu'il ait conservé le moindre fragment de l'œuvre originale.
Ainsi l'abside de St. Jean du Latran (fîg. 101) contient un buste du Sauveur qu'on a considéré comme un travail du 5* siècle ou plus ancien encore mais fort restauré ^. Le fait est que l'image n'a dans son aspect actuel rien qui nous rappelle cette période semi-classique de l'art romain. C'est le type du Pantocrator byzantin, semblable, avec moins de sévérité, à l'image traditionnelle orientale; sa présence ici est due à la tradition que le Rédempteur apparut le jour que le sanctuaire fut consacré, événement miraculeux mentionné dans l'inscription au bas de la composition oii on lit également la date. La figure du Sauveur se dessine sur un fond à nuages, neuf auges volent autour de lui. Le centre de la partie inférieure de la conque est occupée par une croix gemmée, posée sur une petite hauteur d'où coulent quatre courants d'eaux dont se désaltèrent deux cerfs et six agneaux. Au pied de la hauteur une enceinte gardée par un séraphin représente sans doute la Jérusalem céleste. D'une colombe, au-dessus de la croix descendent des rayons de lumière. Du côté gauche on voit d'abord la Vierge, au-dessus de laquelle est inscrit son monogramme en grec, elle pose une main sur la tête du Pontife Nicolas IV agenouillé. Derrière elle se trouve la petite figure de St. François, puis viennent celles plus grandes de St. Pierre et St. Paul.
1 M ii n t z, Des éléments antiques dans les mosaïques romaines du Moyen-âge. Revue archéologique 1879, p. 109. J. de L a u r i è r e, L'abside de St. Jean de Latran. Bull. Monum. V« série VII, 1879, p. 213. T. Armel Uni, L'abside délia basilica Lateranese 1880 (au sujet des restaurations). Gerspach, La mosaïque absidéale de St. Jean de Latran, Gazette des Beaux-Arts, février 1890. De R o s s i, Mosaici cristiani.
En face sont le Précurseur, St. Antoine, de la même taille que le saint d'Assise en face, et les apôtres Sts. Jean et André. Les autres apôtres se trouvent sur une rangée inférieure, les fenêtres en isolent trois, les autres forment des j^roupes aux extrémités droite et gauche. En bas se lit la signature de l'artiste: Jacob us ïorriti ])ictor hoc opus feci t, mais on y découvre aussi celle de son aide, qui est vu agenouillé à droite aux pieds de l'apôtre Barthélémy, maniant un petit marteau, il porte la bure des franciscains, près de lui se trouve l'inscription : Frater Jacobus De Gamerino Socius Magistri Ope ris Recomnendat Se Misericordiae Dei et Meritis Beati Job a unis. Une figure de moine semblable faisant un dessin au compas est vue à gauche entre les apôtres Simon et Jacques. Ici aucune parole explicative, mais il ne semble pas probable que nous ayons là Torrili lui-même, comme on l'a souvent supposé, car alors il n'aurait pas omis de mentionner sa qualité de religieux dans les signatures de ses œuvres.
Même avertis que deux mains différentes produisirent cette mosaïque, c'est en vain que nous essayons de les distinguer. La décoration de l'abside forme un ensemble parfaitement harmonieux et de style uniforme. Il se pourrait d'ailleurs que les multiples restaurations dont quelques-unes assez récentes* aient atténué des différences qui à l'origine ont pu être visibles.
Dans les superbes mosaïques de l'abside de Ste. Marie Majeure — les plus parfaits spécimens de cet art qui nous soient parvenus du moyenâge — nous pouvons mieux apprécier le grand artiste à sa juste valeur.
Dans la voûte (fig. 101), le centre d'un fond superbe de guirlandes où se perchent des oiseaux est occupé par un cercle qui encadre l'image du Sauveur posant la couronne sur la tête de la Vierge assise avec lui sur un large trône. Le cercle est soutenu des deux côtés par un groupe d'anges derrière lequel s'agenouillent à gauche le Pape Nicolas IV, à droite le Cardinal Jacques Colonna, derrière le premier se tiennent debout St. Pierre, St. Paul et St. François tandis qu'en face se suivent le Baptiste, St. Jacques et St. Antoine. En bas de la composition est représenté le Jourdain qui coule le long d'une rive ebrechée et fleurie. Aux deux extrémités des figures d'hommes barbus couchés, personnifient la rivière dans laquelle nagent des dauphins et des cygnes et naviguer! des bâtiments à voiles et des barques. Dans cette partie de la mosaïque l'artiste a été clairement inspiré par un modèle antique mais comme je l'ai remarqué déjà en parlant de l'ornemenlalion de cette haute
1 V. À rm e 1 1 i n i, op, cit.
époque, il est impossible que cette partie de la décoration en ait fait partie: d'abord parce que l'abside est d'une date bien plus récente, puis à cause de la différence de style, qui saute aux yeux, si l'on compare par exemple les guirlandes de Torriti avec celles qui ornent l'entrée du Baptistère de Latran. Probablement existait-il une mosaïque du 5® ou bien même du 4* siècle, que le Pape Nicolas avait ordonné de reproduire* tout en y faisant quelques modifications de façon que les deux grands saints de l'ordre franciscain, dont il avait été général, y figuraient. Comme le Pontife mourut en 1292 dans son palais à côté de la basilique, il n'a pas eu la satisfaction de voir terminée cette œuvre splendide dont il avait sans doute chargé l'artiste, s'il est vrai que la mosaïque fut achevée en 1296, comme on l'admet généralement.
Au-dessous de la voûte absidiale se trouvent cinq tableaux plus petits, séparés l'un de l'autre par des fenêtres. Ce sont l'Annonciation, la Nativité (fig. 103), la Mort de la Vierge, l'Adoration des Mages et la Présentation au Temple (fig. 104). Dans l'exécution de ceux-ci Torriti se montre encore plus familier avec l'art byzantin que dans la composition située au-dessus. Le dessin en général, surtout celui des draperies, est plus schématique, les attitudes ont des éléments de maniérisme rigide (v. la figure de St. Joseph dans la Nativité, les rois de l'Adoration, Siméon de la Présentation) et les rangées de personnages en des attitudes à peu près identiques, formant procession, si chères aux byzantins, s'y retrouvent plusieurs fois (Adoration des Mages, Mort de la Vierge). Aussi des figures du Couronnement de la Vierge et celles représentées autour sont de beaucoup les plus italiennes des deux mosaïques.
Le tempérament artistique de Torriti s'approche assez de celui de Cimabue; l'un et l'autre avaient compris la valeur de l'art de Byzance qui formait la base de leur manière, mais l'un et l'autre y avaient apporté des éléments italiens et Cimabue y ajoutait en plus des traits purement individuels fort significatifs. Aussi l'art de Torriti est-il bien moins personnel que celui de Cimabue mais il a su rendre magistralement la grandiose majesté et la finesse de l'art byzantin, tandis que la nationalité italienne de l'artiste adoucissait les formes et donnait de l'animation et du sentiment aux traits des visages el aux gestes.
Je suis d'avis qu'il faut attribuer à Torriti la voûte qui dans l'église supérieure d'Assise nous montre dans ses quatre triangles : le Sauveur (fig. 105), la Vierge, le Baptiste et St. François. En tenant compte des différences
1 De ce point de vue il est intéressant de constater que la forme courbée du dossier du trône est la même que nous avons vue dans une fresque du 6*' siècle à Ste. Marie Antique et dans la figure de St. Augustin au Sancto Sanctorum. Il est vrai que cette forme apparaît également dans d'autres tableaux du 13« siècle.
matérielles, je crois que c'est exacleinenl ainsi que doit avoir peint le maître dont nous venons d'admirer les mosaïques. On retrouve le même degré de Bjzanlinisme, les types des figures sont identiques sauf celui de St. François qui porte ici une petite barbe; par contre les anges n'oflrenl aucune diflérence. Dans les ricbes bordures ornementales on rencontre les mêmes détails que dans le fleuve à Ste. Marie Majeure et le coloris clair et chaud de la fresque imite l'etret de la mosaïque; mais je ne veux pas entrer dans une exposition minutieuse de toutes les ressemblances qui me font admettre que cette fresque soit une œuvre de Torriti.
Bien entendu le maître n'était pas venu à Assise pour décorer une seule voûte et nous retrouvons sa main dans quelques-unes des fresques de l'Ancien Testament sur la paroi gauche en venant du chœur, malheureusement celles-ci sont en grande partie très endommagées.
La peinture la plus convaincante pour l'attribution à Torriti est un ragmeul de la scène d'Abraham visité par les anges — qui est le 4' tableau de la deuxième rangée — dont il ne reste que les deux visiteurs célestes. Non seulement il saute aux yeux que les deux belles figures sont d'une facture très supérieure à celle des trois scènes précédentes et différentes de celles qui suivent, mais les deux anges sont très représentatifs du maître dont nous connaissons maintenant bien la conception de ces êtres célestes. On le reconnaît aisément dans cinq premières scènes de la rangée supérieure où se trouvent des vestiges de la Création de l'Univers (figs. 107, 110), d'Adam et Eve, le péché original et Adam et Eve chassés du Paradis, tandis que la scène suivante, l'Ange gardant l'Entrée du Paradis, est désormais trop endommagée pour pouvoir la juger, mais est, selon toute probabilité, due au même pinceau.
Dans la première de ces fresques — la Création de l'Univers — on retrouve les anges caractéristiques formant un cadre autour de l'Eternel et la petite figure nue, qui semble devoir figurer le prototype de l'homme, ressemble beaucoup par ses proportions un peu spéciales aux petits personnages également dévêtus, qui peuplaient le Jourdain dans 1;; mosaïque de Ste. Marie Majeure. Enfin le cadre circulaire, avec son curieux dessin ornemental qui entoure le buste de Dieu le Père, est le même qu'on retrouve quatre fois dans la voûte située devant ces fresques.
Si ces attributions que d'autres avant moi ont déjà faites avec 'juelques variantes, sont exactes, Torriti commence à prendre une assez grande importance, non seulement pour la qualité de ses œuvres mais aussi à cause du nombre qui nous en est parvenu. D'ailleurs à ce qu'il me semble il fut le véritable chef d'une portion considérable du mouvement
artistique romain; c'est-à-dire de la portion qui resta plus fidèle à la tradition byzantine.
Un de ses élèves directs qui, peut-être, collabora un peu à la fresque de la création de l'univers, fut l'auteur des peintures qui se trouvaient au-dessous représentant Dieu ordonnant à Noë de construire l'arche et la construction (fig. 107), le sacrifice d'Abraham et sans doute aussi celle qui sépare ces deux tableaux et qui montrait l'arche naviguant sur l'eau; il n'en reste que des traces. C'est un artiste tout inspiré des formes byzantines, mais d'un talent bien inférieur à celui de son maître. Son dessin tant des draperies que des traits est plus schématique ce qui s'accorde mal avec la liberté, la brusquerie même, des mouvements. A côté d'une certaine grandeur dans le traitement des personnages principaux on découvre des maladresses dans les figures secondaires. Ce sont surtout les visages qui manquent de beauté et je crois que nous pouvons résumer cette personnalité artistique en la déclarant douée de capacités limitées mais exercée à une excellente école.
A Assise même on ne rencontre pas d'autres œuvres inspirées par l'art de Torriti mais sans doute c'est à la présence du maître dans la ville de St. François que sont dus les produits de son école aux portes de Pérouse où dans l'église de S. Bevignale on trouve douze belles figures d'apôtres isolées répandues sur les parois dont chacune tient une croix de consécration (fig. 106)*. Le mélange de byzantin et d'italien caractéristique de Torriti se manifeste de nouveau ici où les visages sont pleins de vie et de douceur; parfois ayant un aspect antique, tandis que les plis montrent un schématisme tout à fait oriental.
Encore à Pérouse il y a d'autres peintures de l'école de Torriti, celles-ci sous le toit de l'ancien monastère de Sta. Giuliana, maintenant les greniers de l'hôpital militaire^. D'un côté il reste un fragment de la Cène ou on distingue St. Jean appuyant la tête sur la poitrine du Christ et la belle et vénérable tête de St. Pierre, et en face le Couronnement de la Vierge assise comme dans la mosaïque de Ste. Marie Majeure sur le même large trône que le Sauveur, mais dans une attitude plus affectueuse identique à celle que nous rencontrons dans la mosaïque du 12® siècle à Ste. Marie in Trastevere. Un ovale porté par des anges encadre ce groupe, d'autres se trouvent sur les côtés et sans doute la composition était une fois bien plus considérable. L'auteur de cette fresque se distingue surtout de Torriti par des proportions plus larges et des draperies assez lourdes.
1 U. Gnoli, La storia délia pittura Perugina, Rassegna d'Arte 1914, p. 246.
2 Ces fresques ont été découvertes par le comte Gnoli qui en a promis une publication illustrée. Eassegna d'Arte idem.
Le plus connu mais non pas le plus méritoire des élèves de "îorriti fui Filippo Rusuli et il suflit de comparer la figure de l'Eternel dans la scène de la Création à Assise avec celle du Christ de la mosaïque que Rusuti exécuta sur la façade de Ste. Marie Majeure à Rome (fig. 111) pour nous convaincre de la relation qui existe entre l'un et l'autre.
Celte mosaïque est l'unique œuvre certaine que nous avons de ce maître'. Entre deux frises ornementales elle représente au centre dans un cercle le Sauveur assis sur un large trône tenant un livre ouvert et bénissant. Autour de lui sont groupés quatre anges dont deux agilent des encensoirs tandis que les autres portent des chandeliers. De chaque côté ont voit quatre figures, ce sont à gauche la Vierge, St. Paul et encore deux saints, à droite Sts. Jean, Pierre, André suivi d'un autre. Audessus se trouvent de chaque côté deux des symboles des Evangélistes. Au-dessous des pieds du Sauveur on lit l'inscription: «Philipp' Rusuti fecit hoc opus».
Plus bas on voit la légende de la fondation de l'église (fig, 112), illustrée en quatre tableaux ; la Vierge apparaissant dans un rêve au Pape Libère lui disant que de la neige tombée miraculeusement indiquera l'endroit où une église doit être construite, la Madone commande de la même façon au patricien Giovanni de faire bâtir une église; le Patricien agenouillé devant le Pape à qui il parle de l'ordre reçu et la neige tombant du ciel indiquant le lieu et la forme de la construction à dresser.
Vasari nous raconte dans sa vie de Gaddo Gaddi', pour laquelle il a trouvé selon son dire les matériaux dans un petit livret antique, que Gaddo, peu après l'année 1308 aida à terminer «certaines histoires» sur la façade de Ste. Marie Majeure. On a généralement cru que cela est une des fantaisies dont ce biographe des artistes est si prodigue quand il s'agit d'artistes ayant vécu bien avant son temps. Je dois dire cependant que la forme des têtes fort large qui est très caractéristique dans les figures de la rangée supérieure ne se trouve pas dans celles en bas où les personnages ont des formes bien plus élancées et sont drapés d'une façon diverse et assez supérieure à ce que nous montrent les figures rigides et lourdes en haut. Une différence assez marquée peut également s'observer dans les formes des lettres des inscriptions dans les deux parties. J'admets donc la présence de deux mains différentes dans la décoration de la façade et la signature nous indique certaini ment quel morceau est dû à Rusuti; selon Vasari Gaddo Gaddi n'aurait qu'assister dans la facture des autres.
1 A. Aubert, op. cit., p. 129, I. Excurs.
2 Vasari, éd. Milanesi I, p. 347.
je ne crois pas qu*aucune autre œuvre de Rusuti nous soit parvenue bien qu'on lui ait souvent attribué — à mon avis sans fondement — des parties de la décoration de l'église supérieure à Assise. Cependant quelques moments assez glorieux de la vie de l'artiste nous sont encore connus, c'est qu'il fut appelé par Philippe le Bel pour travailler dans le palais de Poitiers où il est mentionné en 1308 avec son fils Giovanni et Nicolas Desmarz, l'un et l'autre romains, recevant 30 livres tournois comme peintres du roi. L'année après ou les retrouve encore ensemble travaillant à la restauration du palais et recevant 20 livres. Les trois artistes sont de nouveau mentionnés comme peintres du roi en 1317 mais en 1322 ce n'est que Giovanni à qui on paye la pension; sans doute son père était mort ou s'en était retourné à Rome^.
De tous les mosaïstes romains Rusuti est un des plus faibles et le moins plaisant. Les figures de la façade de Ste. Marie Majeure ont de la solennité mais aucun charme, elles sont surtout lourdes, manquant de grâce et de vie. D'ailleurs les dates que nous connaissons pour Filippo Rusuti nous feraient croire qu'il fut un des derniers du groupe.
Quant à Gaddo Gaddi le renseignement fourni par Vasari qu'il serai venu en 1308 ou peu après pour finir les tableaux sur la façade de Ste. Marie Majeure, s'accorde assez bien avec l'apparition de Rusuti celte même année en France; selon Vasari Gaddi était florentin, d'ailleurs il apparaît en 1312 dans le livre de la corporation florentine des «médecins et specialistis» dont les peintres faisaient partie; il vivait encore en 1333».
Il est bien possible qu'au moment où il exécuta les quatre scènes légendaires sur la façade de la basilique il avait déjà vu dans des œuvres de Giotto des éléments de la représentation naturelle de l'action. Le récit prend un aspect réaliste et intime qui dérive d'une compréhension de l'esthétique des émotions humaines. Cependant certaines figures — comme par exemple le personnage accroupi derrière le trône du Pape quand celui-ci reçoit le patricien qui est en comparaison très archaïque — démontrent la possibilité pour Gaddi d'avoir reçu son premier enseignement des mosaïstes comme ceux qui travaillèrent au Baptistère de Florence et à la basilique de S. Miniato.
Vasari mentionne parmi les œuvres de Gaddi la mosaïque représentant le Couronnement de la Vierge dans une lunette à la cathédrale de
1 H. M 0 r a n V i 1 1 é, Peintres romains pensionnaires de Pliilippe le Bel. Bibliot. de l'Ec. des Cliartes XLIII, 1887, p. 631. B. Prost, Quelques documents sur l'histoire des arts en France. Gazette des Beaux- Arts XXXV, p. 358.
i2 Vasari, p. 345, note 2 de Milanesi. Vasari nous dit que Gaddo mourut en
î**lorence. îl est assez déconcertant de constater que ces figures ressemblent bien plus à la partie de la décoration de la façade de St. Marie Majeure liguée par Rusuli qu'aux tableaux situées au-dessous. 11 est vrai que ces derniers sont fort restaurés, surtout les Madones dans les deux apparitions semblent sortir de l'école de Pintoriccbio. Ce fut selon Vasari la mosaïque de la cathédrale de Florence qui procura à Gaddi une renommée tel que le Pontife Clément V l'appela en 1308 à Rome où il acheva des œuvres entreprises par Torriti. Peut-être ce furent des travaux de restauration du palais et à la basilique du Vatican où un incendie avait eu lieu l'année auparavant. La même source nous informe qu'avant de travailler à Ste. Marie Majeure, Gaddi exécuta des mosaïques dans la chapelle majeure de St. Pierre et sur la façade de cette église une grande image de Dieu le Père entouré de beaucoup de figures.
Le reste de l'aclivité de Gaddo Gaddi s'exerça selon Vasari en dehors de Rome et presque exclusivement à Florence, de façon que nous n'essaierons pas de suivre la carrière de cet artiste. Comme je l'ai déjà dit les vieilles biographies de Gimabue rapportent que Gaddo Gaddi fut «compagnon» de celui-ci.