L'ART CAROLINGIEN A ROME
Au 9" siècle nous remarquons plus ({ue jamais la répercussion des événements politiques sur le progrès de Tari. Au début du siècle de Charlemague il semblait que la ville eût retrouvé toute l'importance des temps passés et le grand souverain prenait le titre d'empereur des Romains. La ville de Rome était la capitale idéale de son empire et Cliarlemagne lui donna une sorte de conslitulion pour ses babitants. En 806 l'empereur nomme son fils Pépin roi d'Italie et quand celui-ci meurt en 810, Bernard, fils naturel de Gbarlemagne, lui succède. A la mort de Gbarlemagne en 814 les romains se révoltent contre le pape Léon, privé de l'appui impérial; ce Pontife meurt en 816. Il avait été un constructeur infatigable et Gregorovius remarque que l'époque carolingienne fut pour Rome la deuxième période monumentale, si l'on considère celle de Constantin comme la première '. La liste des œuvres dues au Pape Léon III, est tellement longue que je ne la reproduirai pas; il n'y eut presque pas un édifice religieux à Rome qui ne fût restauré ou embelli par lui el on lit que beaucoup de ses constructions furent ornées de «piclura» et par ce mot il faut sans doute comprendre fresques et mosaïques^. Le «Liber pontificalis» ' mentionne spécialement qu'il fît faire quelques peintures à Ste. Marie Antique.
Par rénumération des œuvres du pape nous savons que de son temps il existait à Rome vingt-quatre églises paroissiales, vingt de moindre im-
ï Gregorovius, op. cit. III, p. 25.
2 Idem p. 29 est d'avis que le mot «pictura» ne désigne ici que la mosaïque; je ne vois pas de raison pour exclure la peinture.
3 éd. D u c h e s n e, II, p. 158.
portance desservies par des diacres et plus de quarante monastères ou couvents. Des mosaïques faites pendant son pontificat nous connaissons encore celles qui ornaient le Triclinium du Latran et Tabside de l'église de Ste. Suzanne.
Etienne IV (816 — 17) couronnait à Reims l'empereur Louis; son successeur Pascal (817 — 24) remettait en 823 la couronne d'Italie à Lothaire, mais la conduite énergique de ce dernier amena quelquefois des heurts avec le pouvoir pontifical. Pascal fît construire les églises de Ste. Cécile en Trastevere, de Ste. Praxède et de Ste. Marie in Domnica ; ces deux dernières sont encore ornées de leurs mosaïques originales.
Les difficultés entre le pape et l'empereur continuèrent au lemps d'Eugène Il (824 — 27). La question soulevée fut celle de l'autorité judiciaire pontificale et touchait donc plus ou moins au pouvoir temporel du Saint Siège. Ce pouvoir fut cependant confirmé par Lolhaire quand celui-ci vint à Rome en 824, où il instituait un code de loi et de règles pour la vie civique comme l'avait fait Gharlemagne.
Les pontificats d'Eugène II, de Valentin (827) et de Grégoire IV (827' — 44) furent pacifiques ; les empereurs dont le pouvoir commençait à chanceler ne firent pas sentir leur suzerainité ; en même lemps Rome, comme centre de la dévotion chrétienne, recevait l'hommage d'un nombre de pèlerins toujours croissant, portant avec eux des reliques et des objets de piété qui contribuèrent à la divulgation de certaines formes artistiques.
Grégoire IV fit construire la basilique de St. Marc qui possède encore sa mosaïque, et réinstalla les antiques conduites d'eau.
Cependant un danger commençait à faire sentir sa menace; à savoir les Sarrasins qui s'attaquèrent aux côtés de la Méditerranée et avaient déjà occupé définitivement la Sicile. Les Sarrasins firent leur apparition à Rome pendant le pontifical de Serge II (844 — 47) en 846. Ils saccagèrent la ville et emportèrent tous les trésors qui s'étaient accumulés dans les basiliques de St. Pierre et St. Paul. Ils furent cependant chassés avec l'aide du duc de Spolète, mais le danger durait et à cette catastrophe venait se joindre au temps de Léon IV (847 — 55) encore celle de l'incendie de tout un quartier de la ville, le feu s'étendit jusqu'au portique de St. Pierre et détruisit l'atrium. Le Pape le reconstruisit et bâtit en même temps une enceinte fortifiée avec des nombreuses tours, autour du quartier du Vatican. En 852 cette manifestation de pouvoir temporel fut inaugurée avec grande pompe. L'énergique Pontife restaura les églises incendiées, fit des travaux importantes à d'autres temples, parmi lesquels Ste. Marie Antique et non seulement remplaça les trésors enlevés par
eux. mais fit en sorte que les richesses des églises tant en ville qu'en province, dép;issèrenL de beaucoup ce qu'elles avaient jamais atteint. On lui doit beaucoup de construclions parmi lesquelles l'église de Sts. Quatre Couronnés que le l'eu détruisit de nouveau en grande partie au 11" siècle. Il répara aussi les porls maritimes détruits par les Sarrasins. L'autorité papale fut plus jurande que jamais puisque non seulement l'empereur Louis II se fit couronner à Si. Pierre, mais Elhelwolf, roi des Bretons demanda la même consécration de son pouvoir.
Après un moment de trouble, Benoît III (855 — 58) fut désigné comme successeur do Léon IV ; son pontificat se distingua par d'excellents rapports avec Byzance dont l'empereur lui envoya un manuscrit magnifiquement enluminé. Ces bonnes dispositions se changèrent, au temps de Nicolas I (858—67) à cause des hérésies de Pholius, en une animosité extrême et le Pape et le patriarche de Constant inople se lancèrent des anathèmes réciproques. Le dernier lien qui unissait Rome et Byzance fut dès lors rompu. Très important pour la politique pontificale fut l'accord avec la Bulgarie convertie par les Sis. Cyrille et Méthode. Les émissaires bulgares portèrent en 866 des présents à Rome et l'intelligent Pontife envoya à la nation, qui, en s'alliant avec Rome, avait intligé une grosse déception à Byzance, un code de lois adaptées à son usage. Par l'attitude énergique qu'il adopta contre Lolbaii'e frère de l'empereur, qui avait scandaleusement renvoyé son épouse légitime, le pape se montra un champion de la morale et les menaces que l'empereur vint lui faire à Rome, ne le firent pas dévier. Par son action énergique et sa détermination inébranlable Nicolas IV contribua beaucoup à imposer l'autorité papale à ses contemporains.
[1 s'occupa d'améliorer les conduites d'eau mais nous ne savons pas qu'il ait construit d'églises et il semble douteux que la culture intellectuelle romaine ait atteint le même niveau que dans le reste de l'Ilalie où Lolhaire avait rendu l'instruction obligatoire.
Au temps de Hadrien II (867 — 72) Lambert, duc de Spolète envahit Rome sans raison apparente; ses troupes saccagèrent la ville, où s'était formé un parti antipapal et une certaine décadence commença. Elle ne fui pas due à un manque de mérite individuel chez les papes, mais à la faiblesse de leurs alliés; les empereurs et rois d'Italie de la dynastie carolingienne qui avaient d'abord favorisé la politique du Saint Siège devenaient la cause de son isolement. Ainsi Louis II fut battu et même fait prisonnier par les Sarrasins devant Bénévent. 11 est vrai que quand l'empereur vint en 872 à Rome il souleva un enthousiasme au(iuel se mêlait une fierté, fondée sur les souvenirs des temps antiques, mais le
sort de la maison impériale était décidé et ce fut là le commencement de la décadence. A la mort de Louis II (875) Gharles-le-Chauve de France et Louis-le-Germanique se disputèrent le trône italien; le premier réussissait à force de cadeaux somptueux à se faire couronner par Jean VIII (872 — 82) qui fut peut-être d'origine lombarde et sans doute, le plus fin diplomate de son temps. Le succès de Gharles-le-Cbauve eut comme résultat à Rome la création d'un parti allemand formé par des adhérents de Louis. Le manque d'appui énergique se fît surtout sentir quand les Sarrasins s'approchèrent de nouveau de Rome. Jean VIII obtenait une victoire contre eux mais se voyait aussitôt trahi par ses alliés de l'Italie méridionale où la confusion des partis et des intérêts, politiques et autres, était indescriptible, tandis que le pouvoir sarrasin s'y développait de jour en jour. Malgré ces préoccupations, l'infatigable Pontife trouva moyen de faire construire à Rome un mur qui entoura le quartier St. Paul, comme il avait été fait pour celui du Vatican.
Après la mort de Gharles-le-Ghauve en 877, le duc Lambert de Spolète vint à Rome pour y réclamer la succession pour Garloman, fils de Louis, et retint à cette occassion le Pape prisonnier pendant une semaine au Latran, Gelui-ci se rendit en France où il couronna Louis mais le trouva incapable d'assumer la lourde tâche du protecteur du pontificat.
Si à ce moment l'Italie n'avait pas contenu le danger des Sarrasins sur ses frontières, il est fort probable qu'elle aurait été enlevée aux faibles princes carolingiens pour être de nouveau réunie à Byzance gouvernée par les puissants empereurs macédoniens. Au lieu de cela Gharles-le- Gros devenait en 879 roi d'Italie et Jean VIII le couronnait en 881 à Rome. L'habile et énergique Pape mourût l'année d'après et pour le pontificat commença également une période sombre. L'élection de Marins I (882—4) fut l'effet de la victoire du parti allemand au temps d'Hadrien III (884) et d'Etienne V (885 — 91), qui fit construire l'église des Apôtres; on constate le progrès de luxe et de la ruine morale, tant chez les papes que chez les évêques. Gharles-le-Gros fut détrôné et l'Italie s'éparpille à la suite des querelles et des guerres qui divisèrent les prétendants. Guido, duc de Spolète sut se faire couronner roi et c'est la première fois depuis des siècles que le chef de l'état était au moins un prince italien, bien que d'origine allemande. Guido fut consacré par le Pape Formosus (891) qui restaura les mosaïques de St. Pierre et fit exécuter quelques autres travaux perdus. Après sa mort Arnulf, fils de Charles-le-Gros, accapara le trône (896). Du bas niveau moral auquel la papauté était descendu nous peut donner une idée l'ignoble procès que le successeur
de Formosus intenta contre celui-ci après sa mort et pour lequel on exhuma le cadavre auquel on fit toute sorte d'outrages. En 897 le Pape Etienne VII fut étranglé en prison. L'elFondrement de l'église du Latran semblait un signe miraculeux du courroux divin. Théodore II et Jean IX rétablissaient un peu la dignité pontificale tandis que Lambert, fils de Guide, par sa conduite énergique, obtenait le trône et savait le défendre contre Déranger duc des Lombards dont les Hongrois envahissaient le territoire. Jean IX, dont nous savons qu'il restaura l'église de St. Valentin mourut avant 900.
Si je me suis permis d'insister sur les faits historiques c'est pour montrer les nombreux éléments étrangers avec lesquels les Romains entrèrent en contact. Il serait puéril de vouloir les retrouver tous dans les œuvres produites pendant cette période, mais les événements nous expliquent comment les formes d'art les plus hétéroclites s'introduisaient à Rome, qui d'autre part perdait sans doute, par les pillages du duc de Spolète et des Sarrasins, les œuvres les plus importantes, créés pendant la domination byzantine.
La mosaïque, que le Pape Léon III fit faire en honneur de Charlemagne dans le Triclinium du Latran*, est assez significative de l'importance qu'on attribuait à la portection de l'empereur, puisqu'il y est représenté s'agenouillant aux pieds de St. Pierre qui remet le palmier au Pontife Léon et le drapeau à l'empereur^ ; tous deux ont la tête encadrée de nimbes carrés. Près de l'empereur qui porte un bonnet et a de longues moustaches on lit: DN. Garulo Régi, en bas une inscription montre les paroles Béate. Petre Donas Vita Léon P. P. e Bictoria Garulo Régi Douas. Dans la conque le Christ est représenté bénissant et tenant un volume ouvert ; il est placé sur une petite hauteur d'où sortent quatre courants. A droite se tiennent six apôtres; cinq se trouvent de l'autre côté. St. Pierre, qui est le plus rapproché du centre, semble s'en éloigner; les autres sont immcibiles. D'après l'inscription au bas c'est le moment où le Christ envoie ses fidèles avec la mission de pêcher et de baptiser. En haut un demi-cercle contient des nuages stylisés ; une guirlande encadre la conque.
Or ce que nous trouvons ici n'est qu'une reproduction de l'œuvre originale, pourtant nous avons toute raison de croire qu'on a suivi le
1 Seton Mgr. Duchesne en 799. v. l.ibei- Pontificalis II. p. 3.5. •2 E. Berteaux. Rome, II Paris 1905 p. 58 croit que ce soit là le drapeau de la ville de Rome que le Pape avait envoyé en 795 à l'empereur.
modèle très fidèlement. Du reste plusieurs dessins et gravures nous le certifient ^.
Les peripécies par lesquelles la mosaïque a passé sont bien connues*. Déjà au 16^ siècle elle était fort détériorée et quand en 1625 le cardinal Barbarini la fit restauré il ajouta tout le groupe à gauche de la conque qui manquait depuis fort longtemps déjà. Il est vrai qu'Alemanni pértend que cela fut fait d'après un vieux dessin se trouvant au Vatican mais lui-même bien que préfet de la bibliothèque pontificale ne le connaissait pas. La composition forme une réplique à celle qui se trouve à droite; ici c'est le Sauveur qui donne les clefs du Pape Sylvestre et une bannière à Constantin. D'après des images conlemporaines nous voyons qu'à ce moment manquaient déjà dans le groupe de Charlemagne la partie inférieure du corps du Pape, et une grande partie de l'inscription en bas, la mosaïque de la conque était privée des lêtes du Sauveur et de deux figures à droite dont on ne voyait pas non plus les pieds; des parties de l'inscription manquaient aussi.
Quand au temps de Clément XII (1730—40) toute la mosaïque dut être transportée à l'extérieur de la Scala Santa, elle s'effondra complètement et c'est alors qu'on en fit la fidèle reproduction que nous y voyons maintenant.
L'effet que produit la mosaïque centrale est à peu près égale à celui que nous fait celle de Sta Maria in Domenica (817 — 24), le manteau de St. Pierre montre le même mouvement qu'y ont les robes des anges, et l'on devine les mêmes proportions allongées des figures que nous trouverons dans la mosaïque des Sts. Nérée et Achillée datant également du temps du Pape Léon III.
Pourtant sans se laisser emporter par le désir de découvrir des signes d'une influence du Nord, auxquels d'ailleurs on ne s'attend encore aucunement, il nous semble que la figure de Charlemagne même ne correspond pas du tout à l'art romain des environs de l'année 800, ni à une reproduction soit du 17® soit du 18® siècle, époques auxquelles on n'avait aucun goût pour les styles primitifs. La mosaïque de Ste. Marie in Domnica nous fournit un exemple presque contemporain d'une
' Il en existe des dessins coloriés à la Bibliothèque du Vatican fonds Lat. N<' 5407, fol. 186 et de la Barberini XLIX. 32 fol. 13; un dessin perdu a été reproduit dans Gretser, De Sancti Croce, Iiigolstadt 1616 p. 452, on en trouve des gravures e. a. dans C i a c o n i o, Vitae Pontificum, seulement dans l'édition 1677. Aleraanni, De Lateranensibus parientinis, Koma 1625 pi. II publié l'année que la restauration fut faite; la reproduction que ce volume nous donne est donc probablement assez exacte.
' E. M ii n t z. Notes sur les mosaïques chrétiennes de l'Italie, VII Revue archéol. 1884, série III vol. III p. 3.
fif^iiro ageiionillée, celle tlu donateur, Pascal I el en la comparant avec celle (le Charleina^ne nous Irouvons une dillerence de style très i)rononcée; l'image du Pape ne montre (|ue la stylisation décadente qui caractérise les œuvres purement romaines de cette période; le portrait de Charlemagne, par contre, a cette désinvolture dans l'attitude et ces formes peu soignées, grossières même, typiques des produits de l'Europe septentrionale avant les formules carolingiennes. Le mosaïste aurait-il travaillé d'après une image de l'empereur faite dans son propre pays? On ne retrouve pas ces mêmes caractères dans les figures de la mosaïque centrale et pour ma part j'inclinerais à admettre deux mains diverses pour les mosaïques de la conque et le groupe à côté ; je les croirais à peu près contemporaines mais tandis que la composition principale parait romaine, la mosaïque latérale semble plutôt faite sous une inspiration septentrionale. Cependant comme nous n'avons plus les œuvres originales sous les yeux, il ne nous est pas possible d'en venir à une certitude et nous abandonnerons sans insister ce terrain d'hypothèses infructueuses.
Par fortune il nous reste deux débris de la mosaïque centrale, ce sont deux têtes d'apôtres conservées au musée du Latran; elles se font face. Ces deux morceaux attestent que l'œuvre perdue avait de grandes qualités et dépassait en valeur artistique toutes ies mosaïques contemporaines encore existantes. Les deux tètes ont des formes robustes, les visages sont bien modelés presqu'avec un peu trop de force, le regard est animé et l'ensemble, bien que d'une technique quelque peu grossière, démontre des conceptions individuelles et une valeur artistique assez développée.
Il existait encore une autre mosaïque montrant le portrait de Charlemagne; elle fut également exécutée sur l'ordre de Léon IIP. Celle-ci qui se trouvait dans la conque de l'église de Ste. Suzanne, fut complètement détruite quand on fit subir des modifications à l'église. Ici le Pape et l'empereur faisaient partie de la composition qui consistait en la figure du Sauveur ayant à gauche la Vierge, St. Pierre, Ste. Suzanne et le Pape Léon III ; à droite St. Paul, St. Gains, St. Gabinius, — dont la maison se trouvait à proximité de l'église, — et Charlemagne. Le Pontife et l'empereur sont vus debout avec des nimbes carrés. Le premier lieit le modèle de l'église sur ses mains couvertes. Charles, la tète couverle d'une toque, porte un long manteau au-dessous duquel dépasse un sabre. Comme sur l'autre mosaïque il a des moustaches, en plus ici une petite
' Duchesne, éd. Liber Pontificalis II. p. H. une reproduction en est donnée par A 1 e m a n n i, De parientinis. p. 10, C i a ra p i n i, Vet. Monum. I p. 138.
barbe qu'on voyait, selon de vieilles descriptions et reproductions, également dans la mosaïque du Latran quand celle-ci avait encore son aspect original.
L'arc de l'église des Sts. Nérée et Achillée nous montre une mosaïque du pontificat de Léon III, qui parconlre a conservé son aspect original. Le milieu est occupé par la Transfiguration; au centre dans une mandorla le Sauveur est vu debout bénissant et tenant un rouleau; des deux côtés se tiennent Moïse et Elle qui selon le récit évangélique apparaissent au moment solennel et, d'accord avec la vieille iconographie, l'épouvante a terrassé trois disciples qui se couvrent le visage. Le haut de la composition montre des nuages stylisés; la Vierge est représentée aux deux extrémités, à gauche, assise sur un troue et levaut une main, elle écoute le messager augélique qui s'approche de gauche eu faisant le geste de bénédiction; à droite la Madone est également assise tenant l'Enfant, l'ange se trouve à côté d'elle.
L'aspect de la mosaïque ne laisse subsister aucun doute à ce que cette mosaïque soit une œuvre de pleine décadence. L'effet linéaire est prédominant, tout le dessin consiste en plis et contours rendus par des lignes droites et raides ne produisant aucun relief et aucun effet gracieux, comme nous le remarquons surtout chez la Madone qui tient des deux mains l'Enfant au milieu de ses genoux; Jésus et la Vierge regardent le spectateur droit en face. Les visages n'ont aucun charme, les yeux sont trop grands et sans expression, les pom nielles indiquées par des taches rouges, enfin la longueur des personnages varie selon l'espace disponible, ceux des côtés sont démesurément grands en comparaison avec eux les deux prophètes à côté de Jésus semblent des nains. Par ces derniers détails on constate le rôle modeste que l'artiste s'était imposé ; il se limitait entièrement à la décoration de l'espace disponible sans viser à de belles formes et sans aucune préoccupation de fidéhlé à la nature.
Aucune différence de style ne distingue cette mosaïque de celles qui nous sont parvenues du temps du Pape Pascal I (817 — 24) c'est-à-dire celles de Ste. Marie in Domnica, Ste. Cécile in Trastevere et la riche décoration de Ste. Praxède. L'abside de la première de ces églises contient au centre la Madone sur les genoux de laquelle se trouve l'Enfant; elle est assise sur un trône monumental, tenant la «Mappa» et tendant une main ouverte vers le Pontife qui s'agenouille en bas et qui touche le pied de la Vierge'(fig. 36). Dans un pré fleuri autour du trône il y a un groupe très nombreux d'anges; l'artiste ne nous en montre que les'; deux premières rangées, des autres il n'indique que le haut des tètes et des'^nimbes. La composition dont la mosaïque nous fournit le premier exemple connu est
d'une idée si gracieuse qu'il no semble pas probable que le faible artiste
à qui nous devons cette œuvre l'ait inventée, sans doute il suit un type
déjà existant, qui a été d'ailleurs en grande faveur cbez les Florentins
à partir de l'école de Giolto jusqu'à Angelico. En bas do la mosaïque
so trouve une longue inscription, une guirlande qui contient en haut un
P S monogramme du nom du pape p-i T se trouve à l'extrémité de la conque.
Sur l'arc on voit en haut au centre dans une «mandorla» le Sauveur assis sur un arc-en-ciel, des deux côtés se tionl un auge dans des champs fleuris, suivi de six saints vêtus de toges blanches portant sur leurs mains couvertes des livres et des rouleaux. Probablement ce sont des apôtres. Plus bas de chaque côté un saint lève une main en bénédiction vers la Vierge, ce sont peut-être les deux saints Jean.
Le but du mosaïste de Sle. Marie in Domnica fut également l'ornementation symétrique et de ce point de vue l'œuvre qu'il produisit n'est pas sans mérite; le coloris est assez riche et les lignes sont harmonieusement stylisées mais les figures de sa composition prises séparément sont laides et inexpressives.
A Ste. Cécile en Trastevere nous trouvons une composition plus traditionelle répétant celle des Sts. Côme et Damien. Sur un fond à nuages le Sauveur — au-dessus duquel apparaît la main de Dieu — bénit et porte un rouleau; à ses côtés se tiennent St. Pierre à droite et St. Paul à gauche, ils semblent présenter St. Valérien et une sainte qui se trouvent à côté du premier et Ste. Cécile touchant l'épaule du pape qui porte le modèle de son église. Un palmier de chaque côté forment les extrémités. En bas les agneaux mystiques, venant des deux villes célestes qui semblent ornées de bijoux, s'avancent vers l'Agneau central situé sur une petite hauteur. Une guirlande en haut de laquelle un médaillon contient le monogramme de Pascal, forme un cadre autour de la conque.
Par la gravure de Ciampini^ tious apprenons que la mosaïque était bien plus grande. Gomme aux Sts. Côme et Damien on trouvait les vieillards de l'Apocalypse qui ornaient l'arc au-dessus de l'abside; là on voyait aussi douze colombes, six de chaque côté et plus haut la Vierge sur un trône tenant l'Enfant entre les dix vierges sages et une autre représentation des deux cités mystiques. Les figures de ces mosaïques sont un peu plus allongées mais ne diffèrent pas comme style des œuvres "jntemporaines.
L'église de Sle. Praxède a mieux conservé les mosaïques dont le Pape Pascal l'avait ornée. La mosaïque de la conque est identique à
1 Vetera Monumenta, II, pis. 51 et 52.
celle de Ste. Cécile sauf qu'ici à gauche Ste. Pudentienne se trouve entre St. Paul et le Pontife, tenant le modèle de l'église et qu'à côté de St. Pierre on trouve Ste. Praxède et un saint diacre. Les gestes sont un peu différents, de même que les arbres aux deux bouts; le mot Jordan es aux pieds du Christ manquait dans l'autre mosaïque.
L'inscription en bas nous permet de dater l'œuvre après la translation dans l'église des reliques de nombreux saints qui eut lieu en 818.
Sur le mur de l'abside plus haut que la conque on voit au centre l'agneau mystique sur un trône entre sept candélabres et plus loin quatre anges et les symboles des Evangélistes ; plus bas de chaque côté douze vieillards tiennent leur couronne dans leurs mains étendues. Sur l'arc triomphal qui se trouve un peu distant de cette paroi un sujet iconographique assez curieux est représentée A l'intérieur d'une enceinte dont les deux portes sont gardées par des anges, on voit les douze apôtres portant des couronnes tous sur une rangée; au centre le Sauveur entre deux figures qui ont été interprétées comme les chrétiens venus de la Synagogue et ceux sortis du Temple païen suivis du Baptiste ; les autres figures vues plus haut semblent être Moïse avec le livre de la loi, Elie et l'ange qui proclame l'Evangile, toutes figures de la Révélation. Des groupes considérables de personnes se présentent à chaque porte. On retrouve les nuages et les fleurs comme dans toutes les mosaïques commandées par le même Pontife.
Sans doute l'image représente le Paradis et les saints dont les reliques ont été portées ici et qui y seront admis. Plus bas de chaque côté se trouve un groupe compact de martyrs avec leurs couronnes.
Dans la chapelle de St. Zenon, dans la même église, nous avons un
spécimen complet d'un décors à mosaïque du temps de Pascal P. Sur
l'architrave de l'entrée les paroles suivantes sont gravées: Paschalis
praesulis opus décor fulget inAula, quod pia optulit
P S vota studuit reddere Do ^ , ^ • Plus haut sur le mur extérieur