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LE ROMANTISME

Géricault et Ingres, malgré les dislances énormes qui les séparent, s'accordent sur ce point qu'ils prétendent consulter perpétuellement la nature et qu'ils font de son étude le principe de leurs esthétiques divergentes. Par ce principe fécond et positif, qu'ils ont d'ailleurs plus ou moins altéré, ils tranchent essentiellement, nous allons à présent le montrer, avec les peintres proprement Romantiques qui, au contraire, ont eu ce caractère commun de fuir, autant qu'ils le pouvaient, les enseignements de la réalité.

Lorsque, vers 1824, l'épithètede romantiques fut, pour la première fois, appliquée aux peintres novateurs, elle n'était point nouvelle et avait une signification antérieure assez précise qui ne fut jamais entièrement oubliée. Dans son acception ancienne on l'appliquait surtout au paysage.

On opposait au paysage classique, conçu selon les formules de Poussin, et dans lequel des lignes symétriques et des masses décoratives concourent à donner une majestueuse impression, des paysages dont le désordre voulu, les sites agrestes ou sauvages provoquaient, au contraire, un sentiment d'inquiétude ou d'angoisse.

Peindre des arbresde taille colossale aux troncs tordus, des rochers, des ravins, jeter les ombres de la nuit ou l'effroi de la tempête sur la scène, c'était faire œuvre romantique. « Salvator Rosa, Michallon et Régnier, disait Kératry (1),

(1) Du Beau, II, p. 21.

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vous jclloroni dans des terreurs rouiaiili([ues. » Il est facile, en reyardanl le Diogêtie de Salvator Rosaà Florence, la Morlde Roland de Micliallon au Louvre et la Jeanne Darc de Régnier à la Bibliothèque de Fontainebleau, d'entrer dans la pensée de Kératry et l'on reconnaîtra que, si elle a désigné primitivement les toiles qui agissaient plutôt sur les nerfs que sur l'esprit, l'épithète n'a jamais dévié tout à fait de ce sens premier.

Du moment où il a servi à désigner la pléiade révoluti(^nnaire, le terme de romanticjue a perdu toute précision cl, répété à l'envi jusqu'à nos jours, on peut dire que, jamais, l'on ne s'estaccordé surson sens et'que, très rarement même, on a essayé d'en dissiper le vague par une analyse.

Ce n'est pas aux contemporains qu'il faut demander une détinition : » On ne sait pas encore au juste ce que l'on entend à présent par peinture romantique, écrit Delécluze en 1827 (1). » Bien que passionné, il a raison. Chacun, selon ses tendances, aperçoit une partie plus ou moins complète de la réalité, à laquelle il joint, par partialité ou par inintelligence, quekjue dose d'erreur. Lui-même, Delécluze, s'est efforcé de fixer ses idées. » Par l'inspection comparative des ouvrages faits par les artistes dits romantiques » il juge que, «dans leur théorie, le coloris et l'effet sont placés en première ligne parmi les moyens d'imiter et d'agir sur les spectateurs, tandis que l'expression des formesest négligée comme un accessoire presque insignifiant. » <( On peut, ajoule-t-il, considérer les peintres romantiques comme une secte d'artistes spiritualistes qui oublient que, sans la connaissance des modifications de la matière, il est bien difficile d'exceller dans un art d'imitation. »

Paillot de Montabert (2) traite plus durement les tableaux romantiques : « Ce sont, dit-il, des tableaux traités dans le genre des romans, c'est-à-dire, où l'on vise à étonner, à surprendre, et dans les([uels on se propose moins d'atteindre au grand but moral delà peinture que d'arriver à une certaine célébrité du moment. Les admirateurs, les émerveillés en présence des tableaux romantiques sont de même espèce que les admirateurs et les émerveillés spectateurs des mélodrames d'aujourd'hui ». Même en cette satire, d'ailleurs si mal écrite, il y a quelque |iarcelle de vérité.

Aujourd'hui, que les passions sont calmées, sommes-nous arrivés à une définition plus parfaite? Nous ne le pensons pas. Si nous étions d'accord sur le Romantisme j)iclural, on ne confondrait pas Géricault parmi les précurseurs du Romantisme ; on ne dénierait pas, comme le faisaient dernièrement MM. Ary Renan et Jules Buisson, à Delacroix la qualité de romanti([ue (3).

(t) Traité de la Peinture, p. 250.

(2) Traité de ta Peinture, 1, p. 211.

(15) Gacette des Benii-c-Artx, 1805, « Le maître pcnl clétiiiitivemcnl le caraclére romaiili(iuc dont on

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