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des portes et, dans le haut, une bande hoi'izontale d'envi ion vini^t centinaétres. Aujourd'hui, on a suppi-imé toutes ces parties rapportées et apocryphes; le tableau occupe toute la paroi; en épousant la forme des portes, en reprenant sa forme primitive, il a recouvré son charme original.
Jamais chez aucun artiste la peinture n'eut la lichesse et la vigueur qu'elle a chez le Titien. Mais il s'inteidit toute émotion intérieui-e produite par le sentiment; il ne sent vibrer en lui que l'ai'dcnt amoui- de la beauté. Les mouvements du Cd-ui-, les agitations de la pensée, les mystères douloineux de l'àme, rien de tout cela ne l'arrête; il lui suffit de représenter, avec une technique merveilleuse, la vie des sens qui domine la vie de l'âme. Il a la tranquillité de sa force; c'est un esprit qui ne s'écoute pas, ne s'interroge pas; il accepte la vie telle qu'elle est, sans en sonder les mystères.
Son existence fut, comme son art lui-même, joyeuse et sereine. Il eut des empereurs poiu' protecteurs, il fut l'ami de i-ois et de princes; mais jusqu'à son exti-éme vieillesse il n'eut d'autres maîtres que les yeux des belles femmes, en particuliei' ceux de cette Flora, dont Palma lit aussi le portrait sous le nom de Violante; admirable créature, que IJoschini et d'autres avec lui ont présentée à tort comme la fille de Palma. Paluia ne se maria pas, et on ne saurait supposer que cet homme de grande dévotion et de mreurs pures ait eu des enfants naturels, ou que s'il en avait eu, il les eût oubliés dans son testament, où il fait largement des libéralités à tous ses parents.
En 1525, le Titien épousa une certaine C.ecilia, sa compatriote, qui, depuis qucdqui's années, tenait sa maison en qualité de gouvernante. C(4te ft>mme mourut jeune encore, en 1530, après lui avoir donné trois enfants, Pomponio, Orazio, qui mania avec honneur le pinceau, l't Lavinia, dont le poitrait a ri^ lait par son père de dillérentes manières, et qui épousa, vn 1555, C.ornelio Sarcinelli de Serravalle, dans la région de Trévise. Le Titien eut aussi un frère, Francesco, qui montra dès sa jeunesse une grande vivacité d'imagination et une certaine habileté à manier
le pinceau; mais le grand artiste, craignant d'avoir dans sa propre famille im rival en matière d'art, le décida à s'adonner au commerce.
Vicence. Eglisp iIp St-Ktienijc - I.a Vœrgc sur le trône et Saints Paliiia il V'eccliio.
La gracieuse maison du Titien était située dans le hameau peidu doi Biri, paroisse de San Canciano. Du jardin agréablement tenu, par une série de marches, on arrivait à une terrasse à portique ; de là, la vue s'étendait sur la lagune, et, dans le
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lointain, jusqu'aux Alpes. I.cs pièces s'ouvraient souvent pour des réunions de fête, auxquelles prenaient part Giulio Carnillo, Priscianesc, le savant latiniste, l'Arétin, Marcolini, Zuceato, Sansovino, Jacopo Nanli, Donato Giannotti et souvent des fdles de ]ow qui en étaient quelquefois éloignées pour faire place à quelques femmes distinguées, telles que Paola Sansovino, Giulia da Ponte et r(''léve préféi-ée du Titien, Tréne de Spiliinbeigo, ravi<' à l'ai't à la lleur de l'âge. Peu à [)eu le grand peintre vit mourir ses amis les plus cliers, ses parents, Lavinia, sa fille eliéric; il resta seul, comme un vieux chêne qui a résisté à la tempélr. En 1576, lors de la peste qui enleva à Venise prés de 70,000 personnes, le Titien, atteint de ce mal terrible, mourut le 27 août. Malgré les règlements qui interdisaient toute manifestation à l'o'casion des obsèques, il eut les hounems de finiiMailles snleunellfs et il fut enseveli dans l'église des Frari.
Il travailla jusqu'à sa dernière heure, et la mort seul fit tomber le pinceau de ses mains, tandis qu'il peignait une D/'scente de croix, qui devait être achevée par son élève Palma le jeune.
Jacopo Xigreti, né a Serina, près de l'.ergame, vers 1480, et connu dans l'histoire de l'art sous le nom de Palma le vieux, est un des plus grands artistes de l'école vénitienne; à certains égards, en particulier pour le dessin, il est peut-être supérieur au Titien. Ses œuvi-es les plus connues sont dans l'église Santo Stefano à Vicence, et dans celles de Fontanelle, de /erman, dans la Marche de Trévise, de Serina, de Dossena, de l'aghera dans le val lîrembnna près de Pergaine, dans les musées de Vienne, de Naples, au Louvre et dans la galerie lîenson à I>ondres. I>e musée de Dresde possède le célèbre tableau des Troi.< Sœurs. On peut admirer dans l'église Santa Maria Formosa à Venise sa Sainte- liarbe, la i)lus saine, la plus vigoureuse de toutes les créations de femmes dues au génie d'un artiste. Les Galeries de l'Académie qui possèdent le Rédempteur et la Chananéenne, Saint- Pierre et des Saints et une Assomption, se sont enrichies récemment, grâce au goût éclairé du directeur M. Cantalamessa, d'un
tableau de Palma, jusqu'ici inconnu, la Conversation sacrée. La Vierge assise, enveloppée dans un manteau bleu, porte sur ses genoux le Divin Enfant nu. A sa gauche Saint-Joseph plie le genou; à droite Sainte-Catherine est assise ; près d'elle Saint-Jean r)aptiste fait la génuflexion. Dans le fond un riant paysage. La poésie de la composition, rendue avec un sentiment extraordinaire, la vigueur do pinceau, le souci scrupuleux du dessin nous montrent ici le peintre de Serina dans toute sa grandeur. M. Cantalamessa veut y voir, suivant toute probal)ilité, la dernière œuvre de Palma, peinte à un moment où tous les artistes subissaient l'infhience du Titien.
En elTet, entre la Conver mit on sacrée de Palma et la Vierge de la Casa Pesaro du Titien, on peut découvrii- tant de traits de lessemblance qu'il semble que la pi'funiére de ces deux œuvres procède directement de l'autre. Dans cette hypothèse, il convient de reporter le tableau de Palma après lô'ii), date à laquelle le tableau des Pesaro fut mis en place. La Conversation sacrée nous monti'e la mimiére de Palma dans toute sa perfection, chaude encore des rellets du Titien; il faut donc classer ce tableau au nombre des dernières œnivres de ce peintre, qui ne cessa d'être en progrès, et qui, étant mort à quarante ans, ne connut pas le déclin, ("/est peut-être vers ce tableau que le grand artiste tourna ses regards, comme pour un adieu mélancolique, lorsque dans sa maison située dans la paroisse San Dasso, vaincu par le mal, le ^1^ iuillet 1528 il
\'iMiisi'. Iv-ilisi' lie S;iiit:i M;iri;i Foriilosa SaiN'TK-Bauise — l'aliiui il Verchio.
m. — [.!•: siÈcij-: n'oit
dicta son testament à Alvise Nadal, curé de San J3oldo et notaire public.
Palma avait un neveu, fils de son frère Bai'lolomeo; il s'appelait Antonio Palma, et api'és la mort de son oncle, il se rendit à Venise, où il épousa la nièce du peintre llonifazio de Pitati, de Vérone; il hérita non seulement du patrimoine, mais encore des procédés artistiques de son oncle par alliance. Parmi les nombreuses œuvres de lîonifazio de Pitati, que recommandent la richesse et l'intensité du coloris, on doit citer spécialement le Riche Épuloji, qui est aujourd'hui à l'Académie de Venise. Mais l'Académie en possède beaucoup d'autres, parmi lesquels nous mentionnerons le Massacre des Innocents, le Jugement de Salomon, le Christ sur son trône au milieu de Saints et béfiïssant. Dans l'église de Santa Maria Mater Domini, on voit de lui une Cène qui 1(^ place presque à côté de Palma le Vieux; il y a vraiment enire ces deux artistes une fraternité d'inspiration. Bonifazio fut un peintre d'une grande fécondité; aussi n'est-il pas rare de trouver de ses a3uvres dans les musées italiens ou étrangers ; mais on ne peut vraiment se llatter de connaître cet artiste si on ne l'étudié à Venise; c'est là que son talent paraît toujours plus éclatant et que sa maîtrise de coloriste nous remplit aujourd'hui encore de cette admiration qui nous saisit en présence d'une œuvre du Titien. Les historiens de l'ait ont cru jusqu'à aujourd'hui à l'existence de trois peintres du nom de JJonifazio qui auraient brillé à Venise. De nos jours, un critique allemand très-infoimé et très-clairvoyant, Gustave Ludwig, a démontré, preuves en mains, qu'un [)eintre médiocre, Bonifazio Pasini de Vérone, ne quitta jamais sa ville natale; que l)Onifazio de Pitati, de Vérone lui aussi, mais sans aucun lien de parenté avec le précèdent, fut un noble artiste qui, entre autres œuvres, décora de peintures les palais des C.amerlenghi à Rialto ; et qu'enfin Antonio Palma, héritier, imitateur et neveu de Bonifazio de Pitati et pfh-e de Jacopo Palma le Jeune, fut l'artiste médiocre que l'on a confondu avec le Iroisiéme Bonifazio.
Palma eut pour élève et pour aide Giovanni de Busi, dit Ca-