III. — r.K siÈCLK d'où
riani, de Val l'rembaiia, qui fU un i^rarul ii()ml)iv d'ouvrages à IJergame. Dans les tableaux à sujets profanes dus au pinceau de Cariani, on reconnaît la survivance d'éléments procédant de Giorgione; mais ils n'ont plus les mêmes caractères entre les mains d'un artiste qui, dans son amour pour les carnations roses et opulentes, rabaisse parfois son idéal.
C est pourtant de Palma que se rappi-ochent Rocco Marconi, dont on connaît surtout V Adultère au Palazzo Reale à Venise, le Saint - Pierre et deux Saints dans le temple des Santi Giovanni e Paolo ; et Martino d'Udine, connu sous les noms de Pellegrino, à cause de son
singulier génie, et de San Daniele, à cause de son altaclicment à ce riant village du Frioul, où il se maria en 1497.
Mais il y eut de bien plus grandes ressemblances, au double point de vue des tendances artistiques et de la conduite de la vie, entre Palma et un autre artiste qui put vraiment l'ivaliser avec lui: Lorenzo Lotto nt\ non pas à Trévise ou à l!ergame, comme on l'a cru, mais à Venise, vers 1480, et mort à Loreto entre 1555 et 1556. On a conseivé en Italie et à l'étranger un grand nombre d'œuvres de cet éminent artiste qui, au lieu de suivre le goût de son temps, cherchait dans ses personnages l'expression du sentiment. II suffira de citer de lui le Saint Jérôme du Louvre, un tableau dans l'église d'Asolo, les peintures de Bergame, qui sont de la plus belle époque de sa cai riére, de 1513 à 1524; les fresques de Trescore Balneario, les tableaux
npr.ijaine. Galerii* (^irraiM
l'OUTRAIT DL'.N l'HIl.OSOl'IlK — ( i. Ciliaili.
d'au tel au Carminé, aux Santi Giovanni e Paolo et à San Giacomo deirOrio à Venise, les tfois tableaux de la Brera, l'admirable triptyque de Recanati, le Calvaire de Monte San Giusto (^lacerata), les Scènes de la vie de Sainte-Lucie à Jesi, le tableau d'autel de Santa (<ristina del Tiverone à Trévise, et un grand nombre d'autres œuvres; car Lotto fut un artiste d'une grande fécondité. Il
Venise. Académie Royale — LAdultèue — Uocco .Marconi.
eut plus d'une manière; et il n'est pas rare de le prendre sur le fait de négligence et de travail hâtif; mais il eut, à n'en pas douter, une grâce, un tour aimable et joyeux, un art admirable dans la disposition des détails du clair obscur. Giovanni Morelli a eu raison d'écrire que -Lotto fut un (^orrège avant le Corrége. Il fat aussi portraitiste remarquable, et le portrait de l'évêque Bernardo de Rossi au Musée de Naples, est une de ces peintures dont on peut dire qu'elles tiennent du prodige. C'est aussi d'une grande beauté que YHomme à la barbe rousse de la Galerie de la Brera. Récemment un critique d'art de Trévise, Girolamo Biscaro, a justement revendiqué pour Lotto les deux célèbres pages peints à fresque à San Nicolô de Trévise, des deux côtés du monu-
m. ~ i.i: siKci.K i)t)i',
ment Onigo; ce sont les pages que Morelli avail alli'iburs à J;icopo (le'lîarbari.
Trescore Balneario. Oratoire Suardi - Vision de Sainte-Claire - Lorenzo I.olto.
A la nalure mystique et sentimentale de Lotto, molto inquielo délia mente, comme il l'écrivait liii-nième, on peut opposer comme
contre partie un artiste au tempérament vigoureux, Pordenone, du nom de la ville du Frioul, où il était né en 1484. Le père de Giovanni Antonio di Pordenone était un maître maçon dans l'aisance, Angelo de Lodesanis, appelé aussi de CorLicellis, du villages de Corticelle, prés de Brescia, d'où il était originaire. Dans
les actes de notaire, le peintre Giovanni Antonio est appelé aussi Sachiense, ou de Sachis, et Regillo; (0 dérider nom passa à ses descendants. Sans parler des œuvri s de Pordenone, fresques ou peintures à l'huile, admirables par la magie puissante du coloris, la pureté et la plénitude des formes, exécutées dans divers lieux du Frioul, au château de (<ollalto prés de Gonegliano, à Trévise, à Grémone, à Plai-
Milan. 'ialerie do la Brora — Portrait — Lorenzo Lotto.
sauce, à Rome, etc., nous mentionuei-ons parmi les tableaux de lui conservés à Venise, un portrait de femme, la Vierge du Carniel, San Lorenzo Giustinkwi et d'untres saints, dans les Galeries de l'Académie; le tableau d'aulel de San Giovanni Elemosiuario, ijuelques peintures à San Rocco, iui lableau d'autel dans l'église degli Angeli à Murano et les frescpies du cloître de Santo Stefano, déshonorées par une récente restauration. Une mort prématurée l'empêcha de peindre le grand tableau qui devait orner la Scuola délia Garità ^^\
Vasari donne à Pordenone les épithétes d'affabile et de cortese, et Lanzi affirme (pi'on troiivei-ait difficilement dans toute
(1) Archives d'État de Venise. Nolatorio. mars 1538, c. 86. — Nous rappelons ce fait tout particulièrement, parce qu'on n'en trouve aucune mention chez les biographes de. Pordenone.
HT. — LE SIÈCLE d'oR
l'école véintieniie une ànie phts fi.i're, plu.^ rémliie, plus grarif/c. En vérité le litre iVaff'abile ne lui convient pas, car son caraclére était aisémeni porté à la violence. En lôOr), il se prit de (liierelle dans la rue de Pordcuone avec ini ccriaiii Maroslica;
Berguiue. É.ulise ilu Sl-Kspnl — La N'iEiuiE SUR LK mo.Nt, 1. 1 àAi.\i> — Lorenzo LoUo.
et en 1534, il eut d'autres démêlés sanglants pour des (pieslions d'intérêt avec son frère lîaldassarre. En septembre 1538, il fut appelé par le duc Hercule II pour peindre certaines perspectives à Ferrare; mais il était à peine arrivé dans cette ville qu'il y
tomba malade et (jn'il moiirul à l'auberge de VAngelo,le 14 janvier 1539. On soupçonne qu'il avait succombé au poison, à la suite d'une veni^eance de quelques envieux. Il fut enseveli dans l'église San Paolo à Ferrare.
Plaisance. Église de la JM.hlnniia di r.ami avna - A I m iiiATiOiX jiKS MAGES - Pordenone.
Les crili(|ues les mieux informés n'hésitent pas à présenter comme imitateur, successeur et parent de Giovanni Antonio ce Bernardino Licinio da Poi'deiionef qui, dans, un beau
i,K sik(;i;k d oh
tableau de la Galerie florghéso, a peini son frère, avec sa femme, blonde et {^lissante créature, et une riche couronne de sepl enfants. En réalité, Giovanni Antonio ne s'esl jamais appelé Licinio, et les peinlres Bcrnardino et Giiilio Licini, l'oncle et le neveu, n'apparlicMncnl pas an Fi-ioid, mais à une famille de la région de lîergame, de Poscante, dans le Val lîrembana. On n'a que peu de lablenux d'autel de i3ernardino Licinio; le
lîijino. Gal( rii' lîurgliè.sc - I.a famille d'Aurigo Licimo. i HKiii; du ii;iMuii HoniariJino Licinio.
plus beau est à Venise dans l'église des Frari. On voit de lui dans les Musées de nombreux portraits d'un certain inérile, représentant toujonrs des persoiniages à mi-corps.
Un imitateur de Pordenone fut son gendre, Pomponio Amalteo, né à Motta di Liven/.a en 1505. (iet artiste, aidé de son frère Girolamo, fit un grand nombre de fresques et de peintures à l'buile dans le Frioul et dans les provinces de Trévise et de Venise.
Vieiirié. Musé.' Iiriperl'ii — ^^inte-JL'stine — Moretto Da Brescia.
m. — IJ-: siÈcLK d'uu «7
Nous ne saurions oublier un artiste qui fut un coloriste excellent, bien que son dessin ne soit pas toujours heureux: Andréa Meldola, dit le Schiavone, parce qu'il était né à Sebenico, de parents de condition trés-humble, en 1552. Ses fresques sur les façades des palais de Venise sont malheureusement perdues ; mais ses tableaux, presque toujours de petites dimensions, sont épars dans maint musée; ils sont reconnaissables à leur tonalité intense et harmonieuse, à la touche qui s'enlève avec infiniment de goût sur une pâte riche et nourrie. Jacopo Tintoretto avait coutume de dire que chaque peintre devrait avoir dans son atelier un tableau de Schiavone, pour y chercher d'utiles conseils relativement au coloris.
Dans le grand triomphe de l'art sur les l)ords de la lagune, on voit briller aussi le nom de deux artistes de Brescia: Alessandro Bonvicino, dit le Moretto, et Girolamo Romanino.
Le Moretto a laissé de ses œuvres dans l(^s églises et les musées de fJergame, de Côme, de Venise, de Naples, de Gênes, de Lonigo, de Turin, de Trente, etc.; on admire aussi des tableaux de lui à Paris, à Londres, à iJerlin, à Dresde, à Francfort, à ('assel, à Pétersbourg, à Vienne. Le Musée impérial de cette dernière ville possède une Sainte-Justine, attribuée longtemps à Pordenone, jusqu'au jour où Ransonnet l'a revendiquée pour Bonvicino. Cet artiste si expéditif, et malgré tout soigneux et minutieux, quelquefois monotone, a laissé à Brescia seulemeut environ cinquante cinq grandes peintures, telles que le Saint-Nicolas, les Pèlerins d'Emails, {'Annonciation, Hérodiade,\e Massacre des Innocents, Sainte- Ursule, le Couronnement tir la Vierge, etc. Aussi est-ce seulement à Brescia et dans la région que l'on peut vraiment comprendre ce que furent la pensée de ce peintre et son intluence sur le mouvement artistique de son temps En présence des tableaux de Bonvicino, on se sent pris du désir de connaître aussi l'àme de cet artiste si attirant et l'action des causes qui tout d'abord le dirigèrent dans les voies de l'art. Mais les biographes ne disent rien ou presque rien sur son compte. La famille Bonvicino, originaire d'Ardesio, dans le Bergamasque,
Brescla. Gnlorio Miirliiioigo — La Vierge dans une gloire et Saints — iMurotto da Biescia.