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Venise. Académie Royale — Saint-Jérômis — Jacopo Bassano.
certaines particularités de la vie réelle dont nul ne s'était soucié avant lui, il comprit que l'art pouvait éclairer de sa lumière jusqu'à la vie des humbles, la vie du peuple, préludant ainsi au pur réalisme moderne. Il ne dédaigna pas de reproduire des intérieurs de cabanes, de cuisines, d'auberges, les plaines riches de moissons, les collines verdoyantes et les animaux, dont la présence donne à la campagne un air de paix et d'aisance. Il voulut aussi mêler les humbles scènes de la vie domestique aux scènes de
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l'Evangile, donnant ainsi aux sujets sacrés eux mêmes quelque chose de l'intimité du foyer; bien différent de Paul Véronése qui réservait au Rédempteur le cadre solennel et la pompe des fêtes, il le faisait intervenir dans les pauvres demeures, dans les cuisines ornées de plats de cuivre et d'étain, avec leuis tables chargées de verres et de pots, entre le chat et le chien, les poulets, et les pigeons; il se trouvait ainsi, à l'égal de Rembrandt, le précurseur du naturalisme religieux de certains modernes. Mais parfois aussi il sait joindre à cela l'expression vigoureuse et dramatique, en particulier avec ses contrastes violents des lumières et des ombres, comme dans le Saint-Jérôme^ acquis récemment pour les Galeries de l'Académie d(» Venise. Le Saint-Jérôme appartient à la dernière manière de l'artiste, la plus parfaite, quand il est tout vérité dans des peintures aux teintes chaudes et claires, aux touches puissantes, franches et bien comprises.
Des quatre fils dont Tacopo fit l'éducation artistique comme peintres, deux, Francesco et Leandro. atteignirent une grande réputation, sans s'élever jusqu'aux sommets où dominait leur père. Mais l'art des P)assano ne laissa aucune trace dans l'école vénitienne, où l'admiration de la splendeur du monde extérieur étouffait l'intimité du sentiment.
Véronése exprima avec une incomparable réalité les ardentes sensations de la chair; il le fit avec toute la surabondance de la force et de la joie. Paolo Caliari naquit en I5'28; ses premières œuvres, à Vérone sa patrie, fiu^enl une Madone et des saints; à San Ferme Maggiore, un tableau d'autcd représentant Jésus guérissant la helle-mère de Saint-Pierre; à San Bernardino, la Trinité; à Santa Croce dei Cappuccini, une fresque du Sauveur à Santa Félicita et une autre fresque sur la façade d'une maison dans la rue délia Binastrova. Ce dernier travail éveilla l'attention de Sammicheli qui chargea le jeune artiste de peindre la Villa Soranza, qu'il venait de construire près de Castelfianco. En 1553. il alla, avec Gianibattista Zelotto, décorer la Villa Emo à Fanzolo, dans la région de Trévise, puis la Villa Porto à Thiene, dans le Vicentin; c'est là qu'il reçut de son compatriote le père iîernardo Ta-
Venise. Eglise de Sainto-Catherine — Le mariage de Sainte-Catherine — Paul Véronèse.
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liaiii, piieiir dci Gnolainiiii à San Sebasiiaiio, l'iiivilation <lo se rendre à Venise.
Lorsque, vers la lin de 1554 ou dés le drhnt de 1555, Paolo arriva pour la preinirrc fois sur les lagunes, le Titien, âgé de soixante dix ans, mais encoie en pleine viguenr [)liysiqnc cl mor'ale, y régnait en sonverain, ayant à ses côtés leTintoret et i^aris Mordon.
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Venise. Palais des Doges - E.nxéve.mij.nt li'Elroi'e - IViul N'éiuiiése.
Le souvenir de Palrna le Vieux, de Pordenone, de Bonitazio y était encore récent, et leurs exemples y étaient vivants encore. Venise, qui a le don de transformer et de faeoiuier à son image les natures d'imagination, féconda le génie du jeune peintre véronais, snr les toiles duquel brillent de tout leur éclat, connue dans une apothéose, la beauté la plus splendide et la délicatesse la plus exquise. Il n'y eut jamais d'âme mieux préparée à comprendre la divine cité, aucun génie plus apte à en reproduire l' inetTable enchan-
teiueut. Jamais dans les visions du passé l'image de Venise ne nous apparaît aussi lumineuse que dans la sublime peinture du Palais Ducal, où Paolo nous montre la Pieine de l'Adriatique, symbole d'une beauté superbe et saine, couronnée par la Gloire, célébrée par la Renommée, entourée par la Vertu, l'Honneur, la Liberté, la Paix, (lérés et Junon, admirée par des femmes d'une beauté acconqjlie, par des niagistrats et des guerriers. Paul Véronése est vraiment le lyrique de la ponipe vénitienne, celui qui a su glorifier la lumière et la couleur, l'interprète le plus varié et le plus lumineux d'un art qui exprimait la richesse, la gloire, la puissance. Il est le représentant le plus caractéristique de la peinture vénitienne dans la période de son plus grand éclat. Dans les œuvres du grand (laliari, la pensée, le sentiment, l'émotion se transforment et s'expriment par des formes d'une grâce merveilleuse, avec une perfection qui éclate et saisit ; ses œuvres font passer sous nos yeux, comme dans un spectacle animé, la joyeuse vie de Venise.
Il serait impossible de dresser un catalogue des œuvres de cet homme; on dirait la sonune des travaux de vingt hommes ardents au travail. A peine mentionnerons-nous quelques titres : les Noces de Cana au Louvre, le Banquet de Saint- Grégoire à Vicence, le Saint-Georges de Vérone, la Sainte-Justine de Padoue, le Saint-Julien de Rimini, VEulèvement d'Europe au Capitole de Rome, (on peut en voir une réplique avec quelques variations au Palais Ducal de Venise); le Saint- Antoine du Musée de la Brera, le Banquet dans la maison de Simon du Musée de Turin. Enfin à Venise ses peintures sont innombrables, et il y a de lui des fresques fameuses dans plus d'une maison de campagne du territoire de la Vénétie.
Un jour Véronése fut interrogé par le Tribunal du Saint- Office pour avoir peint, dans la. Sainte- Cène, des gens d'armes vêtus à la tudesque, des Ijouffons avec des perroijuets, des apôtres qui se nettoient les dents avec leur fourchette, toutes choses qui convenaient mal à la majesté d'un sujet religieux. Le peintre répondit, avec une aimable ingénuité, qu'il peignait des personnages et