III. — I.K SIÈCLK It'OR
non des abstractions, et (ju'il pouvait l)irMi se jx-niirtliv lex Citernes licencex que jwennent le.^ })Oèfes et les fous, mus prendre tant de choses en considération. En fait, ries artistes comnie lui ne s'inquiétaient en aiiciiiie faeon des données de l'histoire et des mœurs; ils refraidaicut la vie, l'expression, h niouvenicrit, la disposition des gioupes, la recherche du coloris. Dans l'in vraisemblance des modes, et m dépit de cette invraisemblance mê-
\eniso. Kglise de San Sebastiano — .Mahtyhe des Saints Marco et MaH' ellia.no
Paul Véronèse.
me, on voyait resplendir l'éternelle vérité de la natiuv. Sans hésitation, sans faiblesse Paolo arriva en 1588 au t^'rme de sa laborieuse journée. Dans l'église de San Sebastiano, autour de la tomljG de l'incomparable coloriste veillent les merveilleuses créations de son génie: San Seijastiano, l'Apollon du ('hristianisme, et les beaux martyrs guerriers, Marco et Marcelliano Des hauteurs du plafond les scènes de la vie d'Esther, d'une indicible beauté, laissent tomber sur ce sépulcre une lumière de gloire.
L'art vénitien du XVI"^ siècle offre aux yeux une fête d'un charme ineffable plutôt «iiTil ne domie une émotion ii l'esprit;
au milieu de la séduction de tant de spectacles, le Tintoret, âme passionnée et véhémente, est le seul artiste qui ait, à côté d'une splendeur éclatante, des profondeurs mystérieuses. Si dans quelques uns de ses tableaux, comme dans l'Ariane et Bacchus, du Palais Ducal, la lumière diffuse se réfléchit sur l'eau de mille façons pittoresques, si la joie éclate et palpite de toutes parts; dans
d'autres, comme le Miracle (le Saint-Ma7X, l'expression dramatique et la science du peintre s'unissent en une harmonie qui n'a jamais été surpassée ; dans d'autres encore, comme le Crucifiement à la Scuola di San Rocco, une livide clarté se fait jour à travers les nuages; une profonde tristesse est dans l'air et il semble que les plus tragiques visions aient inspiré l'artiste.
Jacopo Robusti, dit le Tintoret, à cause de l'humble métier exercé par son père, né à Venise en 1512, fut le plus Imaginatif des peintres vénitiens. Dans le besoin, dans la bataille de la vie, le génie du Tintoret se trempa et prit de la solidité ; il perdit peut-être de sa sérénité, mais il gagna en expression. A vingt cinq ans, Jacopo Robusti comptait déjà au rang des maîtres; mais à je ne sais quoi de trouble, d'impétueux, d'intempérant, on sent que son art a gardé une trace de la lutte qu'il eut à soutenir à ses débuts. Il ne fut jamais heureux. La femme de ce grand artiste n'apporta dans sa vie aucun rayon de joie. En revanche, sa fille Marie, bonne, aimatile, également habile en peinture et en musique, remplissait le cœur de son père.
Florence. — Galerie des Offices Portrait du Tintoret.
LE SIÈCLE d'or
Mais à Tàge do Ireiilc ans, Marie fui lavie à riiifinio toiidresse de son père cl aux espérances .[ne son talent d'artiste avait éveillées. Le Tinloret avait dans le génie et dans sa façon de peindre quel((iie chose de Michel-Ange. Dans toutes ses heures d'amertume, c'est à l'art rin'il demandait la consolation. Kl .|iiel art puissant! Son pinceau avait une rapidité et une énergie pro-
Veniso. Palais dos Diges - Bachiius, aiuane et Vénus — Lf Tintoi-Ai.
digieuses. Avec ce don, que Taine appelle sa lerrihle fécondité, il suscite de gigantesques personnages; son Paradi.% dans la salle du Grand Conseil, au Palais Ducal, mesure soixante quatre pieds de long sur trente de haut. Pour le Tintoret, le travail était un besoin vital, et sans regarder jamais au gain, avec une inépuisable imagination, il peignit tableaux historiques, sujets sacrés et profanes, fêtes et batailles, allégories mythologiques et portraits. Dans les portraits, sublimes, palpitants de vie, comme
LA PEINTURE YP^NITIENNE
dans les vastes compositions si variées, pen d'artistes purent s'égaler au grand artiste vénitien pour la force du dessin, la vigueur du coloris, la distribution des lumières et des ombres, la finesse exquise du modelé obtenue à larges coups de pinceau.
De ce géant de la peinture, on peut dire, comme de Véronése, qu'il est impossible de le suivre dans ses œuvres innombrables, Venise en a gardé la plus grande partie; et en dehors de cette ville, on ne peut avoir la vraie mesure de ce génie fulgurant, chez le- ([uel les images rapides brillaient avec la lueur de l'éclair et se trouvaient fixées à jamais par ime main qui les suivait dans leur rapidité. La Scuola di San Rocco, le Palais Ducal, l'Académie, les églises de la Madonna deirOrto, de San Cassiano, les sacristies de la Sainte et de Santo Stefano gardent les chefs d'œuvre de ce maître, <]ue Vasari a défini le plus terrihle cerveau qui se soit jamais appliqué à la peinture. Dans l'extrait du livre journal de la Scuola (1510-1563) on lit: Per contadi al Tintorefto pitfor, ]>. me mercedi di tutti H quadri, triangoli ed altre pitture faite in detto sofitado d'accordo Ducati WO. Un peu plus de 000 francs ! Le Crucifiement fut payé 280 ducats. Les deux tableaux qui lui font face,, ce mer-
l'ahlis (l-^s Dogos — SAINT (iEORGE ET oAINT LUUOVIC Le Tiiitoret.