IV. — F.A DÉCADHNCr
suivirent leurs traces: Giovanni Muttoni, dit Vecchia, les deux Litterini, Pietro Damini de Castelfranco, les Bombeili du Frioul, Lugaro, Griffoni, Petreolo, Fini et Carnio ; en outre, quelques (Hrangei's qui firent un long séjour à Venise, comme Jean Charles Loth de ^lunich, un oldenbourgeois Jean Lys, un belge Valentin Le Févre, etc.
Tandis que cet art vénitien, comme un souverain détrôné, allait s'effaçant de jour en jour dans la cité qui avait vu sa gloir*' et ses triomphes, çà et là dans la région de Venise on pouvait remarquer un mouvement artistique plus vif et de plus nobles tendances.
Un bon peintre véronais, qui avait étudié passionnément le grand Paolo, Dario Varotari, né en 1539, s'établit à Padoue et laissa dans cette ville et en d'autres lieux des œuvres, qui se distinguent par l'élégance des lignes et par une certaine aisance du pinceau: comme on peut voir dans un tableau d'autel de l'église !San Barnaba ;'i Venise et dans la Visite de Sainte-Élixabcfli ;"i l'Académie. Il eut comme élèves Giovanni Battista Bissoni et Apollodoro di Porcia, et il mourut en 1596, laissant un enfant de six ans à peine, nommé Alexandre.
C'est cet enfant, ijui, devenu peintre à son tour, fut vraiment en ce siècle, on peut le dire, le maître de l'école vénitienne, et qui éleva sa propre renommée :\ une haut(Mir leniarquable. Il se rendit à Venise, où on l'appela Padovanino en souv<'nir de son origine; il fit quelques copies magistrales du Titien, et plus tard il imita toujours le faire de ce maître dans le groupement de ses personnages, dans leur attitude et dans le coloris. A force d'étudier les peintres vénitiens, d'imiter leurs œuvres dans quelqu'une de leurs parties, d'essayer aujourd'hui un style, demain un autre, il en vint à se faire un style propre. La hardiesse de sa main s'accuse dans certains raccourcis très-heureux, comme dans les scènes de la vie de Saint-Antoine à Bergame; il olitint un coloris large et nourri, comme on peut le voir dans le tableau d'autel de la Vierge à la Sainte, dans le Martyre de Saint-Jean Evangéliste à San Pietro di Castello, dans le Saint-L/'béral aux
LA l'EIN'irUE VENITIENNE
Carmini, et dans la toile qui est regardée comme son chef d'œuvre, les Noces de Cana à l'Académie, peinte pour le couvent de San Giovanni à Verdara, dans la région de Padoue.
Avec leurs contours délicats, leurs larges plis, ses tableaux laissent au spectateur une impression pleine de charme par la noblesse des attitudes et le caractère d'une beauté que ne gâte aucune mièvrerie. Parfois on croirait voir n'-unis et fondus dans
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le Padovaniiio quelques uns des mérites et des beautés des peintres du seizième siècle; par exemple, dans le tableau conservé au Palais Communal de Pordenone. Dans ce renoncement à tout ce qui avait fait la grande originalité des peintres de la divine cité, il y a quelque chose de saissant à retrouver en plein W\¥ siècle cette lumière à la Titien; l'éclat en est bien éteint, il faut en convenir; mais quelle douceur encore dans cette protestation suprême contre les envahisseurs! Padovanino mourut à l'âge de soixante ans, en 1650, laissant derrière lui quelques artistes qui prirent sa manière, tels que Giovanni liattista Rossi, de Rovigo, Giulio Carpioni, Bartolomeo Cittadella, Nicola Miozzi, Giovanni Paradisi, Costantino Pasqualotto, Giovanni Bitonte, dit le Ballerino, parce qu'il alternait l'enseignement de la peinture et de la danse, Antonio de' Pieri, et le plus célèbre de tous, Bartolomeo Scaligero, de Padoue.
Padoue donna le jour, en 1605, à un autre coloriste harmonieux, émule de Padovanino, du nom de Pietro. On ne sait rien