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çon gôtiiale cette adaptation à une nouvelle phase de l'histoire des élénienls artistiques antérieurs. Tiepolo, le |)liis fjrand peintre du XVITI° siècle, donne vraiment l'illusion (pie Véronèse est revenu au monde, avec un nouveau principe de flamme et de vie, riche, somptueux comme au XVI'' siècle, mais accommodé aux temps nouveaux. L'évidente par(Mité des deux artistes n'a pas fait le moindie tort à l'originalité du second; et c'est un phénomène peut-être uni(]ue dans l'histoire de l'art. Cette originalité ajoute de nouveaux rayons à la gloire de Tiepolo qui sut, après un siècle d'éclipsé, faire l'esplendir de nouveau le soleil de la peinture vénitienne.
La vie de cet artiste s'acheva dans la sérénité du travail et des triomphes. Tl mourut à soixante quatre ans, le 27 mars 1770, à IMadrid, tandis qu'il était en train de faire des peintures au palais du roi. Tiepolo, né à Venise, sortait du peuple et n'avait rien de commun avec la famille patricienne du même nom. Il épousa Gecilia Guardi, sœiu' de Francesco, le très séduisant émule de C-analetto *^'', Les deux époux trouvèrent dans ce mariage le honheur que donnent ime mutuelle affection, les succès de fortune et une joyeuse légion de neuf enfants, au nombre des quels nous citerons Domenico, peintre de grand mérite, et Lorenzo, im maître dans la gravure à l'eau forte. Domenico, né en 1726, réussit parfois à imiter la vigueur de son père, par exemple dans les quatorze tableaux du Chemin de la Croix, dans le temple San Polo à Venise. A dix-neuf ans, il peignit dans l'église Santi Faustino e Giovita :'i lîrescia le Martyre des chrétiens sons Trajari, que certains critiques attribuent toujours à Giambattista son père,
On retrouve chez Fabio Canal (1703-1767) quehpie trace du faire de Tiepolo. Canal fut l'élève et l'aide du grand maitie, qui eut encore d'autres imitateurs, tels que Francesco Fon-
(1) A la Chancellerie de la Cuiie (in Patriarcat de Venise, nou-^ avons trouvé l'acte de naissance de Maria Cecilia Gu.irdl, fille de Domenico et de Claudia Pichler, née à Venise, paroisse de San Polo, le 23 Juin i'ir2, et latte du mariage célébié le 21 novembre ni9.
LA peinti'rp: vénitienne
tebasso, Domenico Maggiollo, les deux Guarana, Giuseppe Angeli, Mingardi, etc. Mais l'éclat de cet art surprenant s'éteignit avec la mort du chef souverain de l'école ; il airive souvent, en effet, que de l'œuvre du génie se dégage une force supérieure de domination qui subjugue et réduit à l'impuissance, ou qui gâte les talents inf(''ri('urs Formés dans son entourage ou venus
après lui.
Vonise. Eglise des Fraii La descente de la Croix (11" Station du i-lieinin de Domenico Tiepolo.
Croix).
Venise — L'AcADWMit; des Beaux-Arts.
L Académie
l\[' dix-huitième siècle, Venise avait réuni tout ce qu'il y avait encore de séduisant dans l'art. La décadence et la corruption étaient comme voilées par un sentiment exquis de la beauté, et dans aucune autre région de l'Italie, l'art ne se montra plus florissant que dans ces lagunes où l'insouciance, l'oubli des fortes vertus et le désir immodt'ré d'une molle existence toute au plaisir n'avaient pas réussi à étoulTer les nobles productions de la pensée ; elles s'épanouissaient au contraire sous les aspects et les formes les plus diverses.
142 LA PKINTIUK VÉNITIKNTS'K
Gouvonieinent et simples particuliers rivalisaient à l'envi pour conserver jalousement les grandes traditions artistiqu- s. La llépultlique instituait en 1754 une Acadrmie des Beaux Arts, qui établit son siùge dans le Fondaco dolla Farina, au passage San Mo'isé; le premier président fut Giambattista Tiepolo, nommé le 5 février 1755. Au nombre des simples particuliers, il faut citer les patriciens Farsetti, qui réunirent dans leur galerie les copies des plus C(''lèbres statues antiques, et les Pisani, qui ouvrirent dans leurs salles une Académie, dont le peintre Pietro Longhi fut nommi' directeur.
Mais déjà sur le déclin du siècle, le grand mouvement d'idées inauguré par l'Encyclopédie et couronné par la Révolution, se manifestait jusqu'en Italie dans l'ordre des lettres, des sciences et des arts. Fes plus grands problèmes sociaux et économiques étaient traités et discutés par les deux Verri, Beccaria, Filangeri, Genovesi, Galiani, Coco, Pagano ; les sciences positives faisaient de merveilleuses découvertes avec A'olta, Galvani, Lagrange, Spallatizani, Morgagni ; aux fadeurs arcadiennes s'opposaient les recherches érudites d'Apostolo Zeno, de Tiraboschi, de Muratori. Dans l'ordre littéraire, en opposition aux idées du XVIII^ siècle, se dressait une école qui se rattachait aux traditions classiques avec Parini, Allleri, Monti, Foscolo ; dans les arts, après une période de fécondité incorrecte et de molles élé^-ances, on voyait triompher le classicisme régidier, qui trouva en Italie deux fervents apôtres venus de l'étranger, Mengs et Winckelmann.
A Venise, le merveilleux caractéi-e théâtral à la Tiepolo était remplacé par la tranquille sagesse de Ganova; les Grecs et les Romains, raides dans leur toge, chassaient en foule les petites dames poudrées et les aimables cavaliers à perruques. Tout ce qui avait charmé cette société si gracieuse du XVIIF siècle était l'objet du dédain du siècle nouveau. On ne vit jamais, à si faible intervalle, s'affirmer aussi crûment une antithèse, ni se déclarer un plus fier antagonisme.
Pour comj)rendre la profonde opposition des deux sociétés entre lesquelles se creuse l'abîme de la chute de la République
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de Venise, il siiflit do les observer dans leur as[)ecl extérieur, leurs usages, leuis liabituiles, leurs nnodes, leur art.
En passant d'un siècle à un autre, l'idéal artistique se transforme, parce ([ue l'air ambiant dans leijuel l'art se développe est lui-mènne changé du tout au tout.
Jetons un coup d'aùl sur les appartements à travers les(|ucls les joyeuses dames du XVIIl^ siècle, si élégantes dans leurs falbalas aux formes rebondies, avec leurs robes de soie à ramages, aux tons pâles de pastel, tontes frisure et [)arure, allaient (;t venaient, faisant résonner allègrement sur les parquets cirés les hauts talons de bois de leurs fines chaussures. Les chambres, discrètes confidentes d'amoureux propos, sont ta|)i.ssées d'étoiles frappées et de cuirs ilorés. Les voiites se recourbent en forme de pavillons, soutenues par de jeunes enfants et de petits amoius; des festons et de menues coloimes élèvent dans les airs des arceaux de lleurs et de feuillages, avec des ornements et des grâces d'architecture infiniment délicats, avec mille enroulements (iï'licieux. Au milieu des stucs d'une originale fantaisie, on voit sourire les hardies créations à la Tiepolo ; déesses et nymphes qui déroulent gracieusement les admirables lignes serpentines de leur dos, soutenues par les bras nerveux des dieux et des satyres. Dans les dessus de portes, autour d(\s plafonds, dans les ciels des alcôves dansent des proupes de petits amours roses ; aux parois s'étalent les riants tableaux de Longhi, de Canaletto, de Guardi, de Rosalba Carriera, toutes les élégances et toutes les joies de cet art de fête de la décadence vénitienne. Les grandes glaces sont encadrées de volutes d'or, contournées et enrubannées; le mobilier d'une élégance raffinée, aux couleurs harmonieuses, blanc et or, rose et or, or et pistache, se prête avec aisance aux lignes contournées et aux ornements capricieux.
Tout d'un coup, la vieille llépublique de Saint-Marc est immolée par Bonaparte. Dans les palais mystérieux, les fenêtres largement ouvertes jettent leur lumière dans la pénombre des salles, comme sous la poussée violente et soudaine d'un coup de vent; et ce tourbillon impétueux porte avec lui un nouveau principe de
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vie et d'art. Tout se transforme, tout change d'aspect, à commencer par l'intérieur des maisons, où dans l'arrangement, le mobilier, la décoration on cherche à reconstituer l'antiquité, sans arriver à autre chose qu'à la contrefaçon. Tantôt les parois accusent toute la raideur du style ionique; tantôt le dorique, grandiose dans son austérité et qui demande à développer largement son profil sévère, est réduit à de misérables proportions. Verres, bronzes, meubles, tout se met à la mode de l'hellénisme ressuscité; les canapés aux formes raides voisinent avec les petites tables soutenues par des sphynx de bronze et par de petites colonnes dorées, ornées de frises et de guirlandes de cuivre. Les vêtements s'harmonisent aves les autres objets; les modes et les costumes de l'antiquité sont remis à la mode avec une affectation théâtrale. Les robes des femmes imitées des romaines de l'antiquité, sont lâches, retenues par des bossettes au dessus de l'épaule et retombent le long du corps en menus plis, sans ceinture, découvrant les bras et la gorge. Sur les cheveux, peignés simplement, comme on le voit par l'Hébé et la Terpsychore de Canova, on pose de petits bonnets à la grecque. Pour les hommes, d'amples redingotes ;\ larges pans, aux collets très-hauts, une énorme cocarde à la boutonnière, un gros ceps de vigne en guise de canne, des culottes en étoiïe brochée serrées à la jambe, des escarpins vernis ou de longues bottes, avec des nœuds des deux côtés de la jambe et des boufîettes sur le cou de pied; cheveux coupés ras à la Brutus, ciiapeaux hauts et larges avec de gros nœuds de velours et une énorme cravate blanche au cou.
Ce ferment qui paraissait devoir changer l'aspect du monde ne produisit autre chose qu'un retour insignifiant aux formes extérieures du passé; et dans la vie comme dans le domaine de l'art, l'imitation servile des Grecs et des Romains finit par une mesquine contrefaçon. Ce qui faisait défaut, c'était le sérieux d'une pensée, fruit de méditation profonde et de sentiments vrais, nourris à l'étude des formes antiques; et cette résurrection de l'hellénisme, réaction contre l'enflure baroque et les frivolités du XVIIl^ siècle, conduisit à une autre exagération, au style décoloré, sec, engourdi.