‹ La peinture vénitienneChapitre 41 sur 55 · VI. — l'acai.émiI · texte numérisé non relu

VI. — l'acai.émiI

mais aussi les arts figuratifs; en France, se révélaient des artistes à l'imag-ination novatrice, Géricault, Delacroix. Aiy-Schefîer, Veinet, Delaroche, Rolx'rt-Fleury, Léopoid Robert; tandis que l'Allennagne flottait indécise entre le mysticisme nazaréen d'Overbeck, le romantisme IrouharJouresque de Sclinorr et l'idéalisme pîûlosophi(/w' de Cornélius et de Kaulbach.

Cet esprit, qui rajeunissait les formes et renouvelait le développement artistique, donna un élan iiardi au vol de la pensée jusqu'en Italie; toutefois il se manifesta avec plus de vii^ueur en poésie et en musique que dans les arts du dessin.

Les premiers pai'tisans des idées nouvelles furent d'Azeglio, qui essaya de donner au paysage, avec une observation superficielle de la réalité, un aspect poétique, et Francesco Hayez, auquel l'art moderne doit tant; car c'est lui qui sut mettre dans les scènes «[u'il reproduisait une expression vive et diamatique, aussi bien dans les sujets bibliques comme Jacob et Emu, Ta- 7n((f, EzécJiias, Réherea, Rcfhsabrf, que dans les scènes historiques ou légendaires empiuntées au moyen-àge: Le baiser dp Juliette et lie Bornéo, îm f^oif îles Croisés, Marie Siiiarl, Va/enzia Gradenigo, Marin. Faliera, Vellor J'isani, Francesco Carniaf/HoIa, etc. Après Ilayez, viennent, suivant leur préparation, leur caractère, Massacra, Gornienti, Malatesta, les deux Induiio. liertini, Pollastrini, Ciseri, ('assioîi, Gaml)a, Gastaldi, Focosi, Ussi, Altamura, Pagliano, Barabino et beaucoup d'auti'es; enfin, avec des tendances plus libres, plus larges et plus modernes, Celentano et Faruffini. Le premier interpréta l'épisode historique en un sens large et philosophique; il fit preuve d'une intelligence très déliée dans la pénétration du réel; le second, mit tant de talent et de vérité dans l'invention, la composition, le coloris (pi'on peut le regarder aujourd'hui comme l'artiste qui, rom|)ant avec les flisciplines consacrées, a su plus heureusement que tout autre, se placer au premier rang des novateurs. Par une étrange et douloureuse coïncidence, ces deux peintres moururent l'un et l'autie vers trente ans.

Avec les nobles essais de ces deux jeunes précurseurs, il y eut

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telle ou telle autre protestation solitaire; mais, en dépit de ces révoltes, le romantisme italien en peinture tinit par se cristalliser dans des formes creuses. À la convention des péplum et des toges, aux attitudes héroïques et au nu imité de la Grèce succéda une autre convention: celle des armures, des hallebardes, des justaucorps, des luths. L'une et l'autre étaient en conflit avec les idées modernes. Mais de même que la poésie et l'érudition allaient s'alîranchissant de toute servitude vis-à-vis de la rliétorique et se retrempaient à la source de la vérité scientifique, en peinture également les travestissements de l'histoire devaient prendre fin; et la claire lueur d'un jour nouveau devait mettre en fuite les fantômes du passé. On voyait déjà poindre à l'horizon un art tout plein de sève, qui aspirait ardemment à se délivrer des liens du double pédantisme classi(pie et romantique. En s'insurgeant contre les instincts d'un conservantisme ombrageux, les artistes respiraient plus librement et avaient un sentiment plus juste des choses; ils comprenaient qu'il était désormais plus utile, plus pratique de regarder la vérité avec ses propres yeux plutôt qu'avec les yeux des maîtres.

La France se préparait à saisir dans le domaine de l'art cette primauté que l'Italie avait eue un jour; elle invitait les esprits à des idées plus libres, plus chaudes, plus vigoureuses, avec cette glorieuse phalange d'artistes qui va de Corot et de Dupré à Daubigny, de Meissonnier et de Rousseau à Regnault, de Fromentin à Courbet et à Constant, de Millet à Breton, de Huet aux deux apôtres de Vimpresfiionisme moderne, Manet et Degas.

Un soufié de révolte passait aussi sur les autres pays; en Allemagne, Adolphe Menzel; en Hollande, Joseph Israël; en Belgique, Alfred Stevens; en Espagne, Pradilla et Fortuny, cherchaient des voies nouvelles et des procédés nouveaux, tandis qu'en Angleterre une innovation radicale s'était déjà produite avec le mouvement préraphaélite.

En Italie, deux artistes d'un haut talent, recueillant l'héritage de Faruffmi et de Celentano, descendaient dans le vieux royaume académique et jetaient leur cri de guerre: c'étaient Filippo Palizzi

l/.\(;.\DÉM[E

et Domeiiico Morelli, tous «leiix napolitains. L'inapulsion ('lait donnée; malgiv de nombreux obstacles, des esprits hardis rompaient en visière aux traditions funestes. Citons le napolitain Vertunni, (|iii faisait ;i llonit' une propagande de vôritr; Mosè Bianclii, Cremona, Carcano. ([ni donnaient en l.onibardie le signal de r(''tnde de la r(''alit(\ et, en Toscane, les macrhialKoli, qui.

Vonisi-'. f^nliTi.' Tiwes — Vkm.s - X. S.lii.ivoui.

après 1855, envahirent le domaine de la peinture avec une façon de clair-obscur violent sans doute, mais utile pour combattre les méthodes de recelé académi([ue.

Venise resta en dehors de ce grand mouvement, qui avait commencé avec les fantaisies romantiques de Francesco Hayez, pleines de hardiesse pour son temps, et qui aboutissait aux audaces d'hier; elle n'en ressentit pas une influence réelle et durable. Tel était ralfaiblissement de pens(''es et de productions qui avait suivi la déplorable chut»' de la ir'pnlili(|iii' vénitienne, (|n"nii

LA TKINTT'IiK VÉNITIENNE

artiste très médiocre réussit à se faire une réputation que rien ne justifiait; le jagement du public, désormais faussé, le plaça à côté des peintres les plus glorieux du passé; c'était Giovanni Demin, né à Bellune en 1785. 11 couvrit quelques églises du territoire de Venise de fresques dans lesquelles une certaine vivacité

Wniso. Armlihuic dps lîoniix Arts — Porthait du caimtain'i-: C.raulietta Placiilo Fabris.

d'imagination ne saurait racheter les extravagances du coloris et la honteuse faiblesse du dessin. Une de ses fres(|ues repiésentant une scène de Lufle de jeunes filles spariiales, dans la villa Patt, pi'és de Bellune, parut en son temps une merveille artistique et fut célébrée dans des vers qui ne valent pas mieux que la peinture.

Vf. — 1. A(:AliK>rTE

Dans la même villa Patt, en face de la fresque de Dpmin, Pietro Paoletti, n('' lui aussi à Bellune eu 1801 et mort à l'âge de quarante-six ans, pciguit h^sope contant srs fables. Moins ardent que Demin, mais avec un dessin plus correct, Paolelti exécuta d'honnêtes fresques daus l'église Santa M.iri;i l-'iirmosii

Vonis.-'. Oiilprlr^ Trf'VPs

=;or:n.vTE ET Alcibia:.e - L. Lii iiarini.

à Venise et dans les salles du Café Pedrocchi et du Théâtre de Padoue.

D'autres artistes eurent leur heure de céléhrité à cette même époque; ils sont aujourd'hui presque oubliés: Giambattista Canal, Libérale Cozza, Giovanni Servi, Tranquillo Orsi, Cosroe Dusi, Carlo Bevilacqua, Gaetano Astolfoni, Francesco Bagnara, .Michèle Fanolli, Sei)astiano Santi, Giuseppe Borsato, etc. Il v.mt mieux rappeler Natale Schiavoni, l'habile coloriste de la nudilt' féminine, app(dé par d'anciens critiques VAnacrron de la peinture; et Placido Fabris du Frioul, auteur de (juelques portraits léchés et d'un liiii minutieux, mais si saisissants qu'on les dirait vivants et en relief.

LA'PEINTI'RE VÉNCriENNE

Vpnise. Galprip Trcvps - Hkhecca au I'iiits - r,. Binas.

Venisr. Galorii' Tirvo^. — i.i: ni/iunH UK L l-.NKAXT PiiODiGUE — M. GresfoleUi.

VT. — i.'A(;.\i)h':.Mii-:

Odorico Polili, mort en 1857, eut pour successeur dans la chaire de pointure à rAcadrrnie le bolonais Lodovico Lippariiii. Après sa mort, qui survint en 1 8r)6, cet artiste laissa de longs regrets à cause de sa boulr et de ses charmantes rpialitrs; mais il ne sut pas donner la vie à son enseignement avec une de ces idées où l'on met son àuie et qui font tout vibrer autour d'elles. Au uiilieu

La VEuvr; du [)or,E Foscaiu REr-usE À i.a Hepubi.ique le cokp.s de son matu Alliaiio Tomaselli.

de cette foule de compositions sacrées, mythologiques, histori({ues, les tableaux à sujets grecs, inspirés par cette insurrection qui, de Souli à ( '.rionéros, parut avoir réveillé les héroïsmes d'autrefois, obtinrent un grand succès. Les insurf/cs de Culavritta, La mort de Marc Botzaris, Les Grecs fugitifs. Le serment de Lord Byron, etc., fournirent à Lippariui un thème pour développer, au milieu d'éblouissants effets de limiiére, une [loinpe toute arlifi-

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cielle, avec des altitudes de ballet ou de théâtre el une exactilude minutieuse dans la peinture des vêtements, des pourpoints, des fnManel1e>i, les arabes((ues des chaussures, les fusils incrustés de nacre.

En France, avec d'autres visées et nu talent bien supérieur, Marilhal et Decamps, contemporains de Lipparini, sentaient et rendaient la nature, la lumière, les costumes de l'Orient!

Au m(^ment où les nouveauté de l'école romantique s'insurgeaient contre l'absolutisme classi<(ue, l'Académie parut troublée dans son pesant sommeil par de hardies réformes et la toute puissanle vertu de nouvelles méthodes; c'était l'œuvre du marquis Pielro Estense Selvatico, nommé en 1850 secrétaire et professeur d'esthéti(|iie, i|ui les introduisit et les enseigna. Jusque dans l'enseignement de la peiuha*e et du dessin, certains artistes suivaient des voies pins libres; le viennois Cliarles Blaas, fidèle encore à un genre d'ail maniéré et éloigné du vrai, mais doué d'une riche imagination et fort de ses études; Michelangelo Gregolelti, passionné pour la grande école vénitienne, auteur de gigantesques tableaux d'autel traités dans une manière aisée, large, décidée; enfin Pompeo Marino Molmenti, qui réfractaire aux vieilles mt'thodes, invitait les jeunes gens à observer le vrai dans la forme, dans la couleur, dans l'expression.

Il y eut encore plus d'un porte-drapeau des théories nouvelles; Albano Toinaselli, par exemple, se serait hardiment affranchi de la servitude et de l'étroitesse de l'école, si, au mois de décembre 1856, à l'âge de vingt-trois ans, une déplorable fatalité n'eût tranché une existence qui eût donné à l'art et à la patrie l'éclat de nobles productions. Et sans doute Tran([uillo (Iremona erit ouvert à l'art vénitien un champ plus libre, s'il n'avait de trop bonne heure abandoniK'' les lagunes pour s'établir à Milan. Très jeune, il fut élève de l'Académie de Venise, et dès lors il accusait une intelligence vive et témoignait d'une main admirablement préparée aux finesses du crayon. Dans un des petits ateliers qui sont autour de la cour intérieure de l'Académie, il s'exerceait du matin au soir à dessiner d'après nature, à peindre à l'acquarelle des étu-

vr. —

AC.AIlK.MII-:

des surprenantes par la pure (''Irgance du dessin et une certaine grâce spontanée <|U0 personne ne peut enseignei-. Quand la fatigue avait raison de lui, il courait dans les salles du Musre et s'arrêtait devant les tableaux de Carpaccio, qui mettaient dans son âme une joie suave.

^[ais sous le régime oppresseur d'un gouvernement étranger l'art ne pouvait pas fleurir; les talent se desséchaient dnns un milieu social dont des préoccupations tout autres absorbaient la pensée, à une heure où les âmes étaient toutes au désir de la liberté. L'art lui même s'absorbait dans des pensées patriotiques; la musique éveillait dans les âmes des sentiments de révolte et d'enthousiasme; !a peinture à son tour voulait rendre à l'esprit national la vie et la confiance, en empruntant i\ l'histoire pour les mettre en lumière les faits glorieux et les grandes figures de l'Italie. On regardait moins à la ligne et à la couleur qu'à l'intention patriotique et à la mission que l'artiste s'attribuait; et l'œuvre d'art était subordonnée à l'action politique.

Toutefois, jusque dans ces années de dépression et de découragement, il y eut à Venise des artistes à qui il ne manqua ni le (aient ni l'étude ; ils furent victimes d'une époque peu favorable à l'art, sur la(|uelle ])esait la tristesse de la servitude politique. Élevés dans une autre atmosphère, ils auraient sans

.Milan. Galorio privée — I.K PAiiK A.MnunELX — T. Croniona.

aucun doute donné à leur àme un plus libre essor, des hommes tels que Felice et Giovanni Schiavoni, Giovanni Busato, Giuseppe Ghedina, Giulio Caiiini, Eugenio Moretti Larese, Giovanni Squarcina, Ratîaele Giannetti, Ermolao et Antonio Paoletti, Giovanni Simonetli, Gianfrancesco Locatello, Jacopo d'Andréa, Pietro Pioi,

Federigo Mo] a, Luigi Querena, Giacomo Casa, Bernardo Gavagnin, Vincenzo Giacomelii, Napoleone Nani, Luigi da Bios, etc.

Deux peintres sortis de l'Académie de Venise, quittèrent plus tard cette ville, vécurent loin d'elle l't firent preuve dans leurs œuvres de plus d'indépendance dans leur développement: Gesare dell'Acqua de Trieste, qui se fixa à Bruxelles, et Ippolito Gaffi de Bellune. ('e dernier, peintre d'une grande habileté, s'appliqua d'abord à peindre avec facilité et grâce des vues de Venise, de Florence, de Bome, de Naples ; puis obéissant à sa passion pour l'art., aussi ardente chez lui que l'amour de la patrie, il espéra pouvoir retrouver et reproduire les triomphes maritimes de l'Italie, combattant pour sa liberté; il périt dans les flots de l'Adriatique, à la fatale journée de Lissa.

Des nombreux travaux des peintres vénitiens, dont les œuvres se placent dans la première moitié du dix-neuvième siècle, ou peu après, deux méritent une mention spéciale: La rencontre de Titien et de Paul Véronèse, d'Antonio Zona, et Y Arrestation de Filippo Calendario, de Pompeo Molmenti.

Venise. Galerie' Trêves Église de la Trinité dei Monti

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