‹ La peinture vénitienneChapitre 44 sur 55 · VII. — i;.\iiT .\(irvi;.\n · texte numérisé non relu

VII. — i;.\iiT .\(irvi;.\n

fut une fiére lutte, une lutte de la beauté et de la jeunesse con tre la laideur décrépite. La victoire resta à ceux qui s'étaient in surgés contre la tradition; une vie nouvelle commença dans le monde de la pensée et des œuvres.

Un critique pénétrant, (lamillo Boito, considérant la pauvreté de l'art vénitien de la première moitié du siècle, avait dit (|ue la grandeur passée était \m empêchement pour l'art nouveau; qu'à Venise la vie moderne se fondait dans les vieux souvenirs et que les antiques gloires éblouissaient les yeux de leur éternelle splendeur. II disait vrai. Venise, au milieu des désastres et des hontes de la servitude politique, était en dehors de cette mer agitée de l'art itahen; elle ne ressentait pas le mouvement de ses vagues; elle était vraiment dans la lagune.

Mais quel chemin parcouru en peu d'années! La peinture historique agonisait, l'effet théâtral ne suffisait plus ; et les jeunes artistes, fatigués de perdre leurs forces à la ])oursuite d'un idéalisme énervant et sléi'ile, n'avaient plus que du dédain pour tout ce (|ui était scénographie, repr(''sentation théâtrale et conventionnelle; ils appliquaient à de hardies conceptions leur patiente recherche du vrai, s'etïorçant d'arracher à la n;iture tous .ses secrets. On cherchait les qualités cachées des choses ; sur les ponts, dans les ruelles, aux angles mystérieux de quelque bras de canal, devant ces eaux vertes de la lagune, les peintres mettaient leur esprit à la torture pour saisir et fixer ce cliarme de la couleur propre à V^enise. Pour se reposer, ils tournaient

i;i() .Mahin à Veni

\'. C.abiani-a.

LA l'KLXTri'.K V!:.\H IK.N.XK

leurs regards vers Carpaccio et Tiepolo, deux talents de nature bien différente, associés toutefois dans le culte de la beauté dans son immuai )le sérénité. Les variétés du costume, les admirables

types des femmes du peuple dignes du Titien, les monuments singuliers, la couleur du ciel et des eaux, l'harmonie de la lumière et des teintes, tout était pour eux une source inépuisable d'études. C'était une observation savante, détaillée, un souci anxieux pour reproduire avec sincérité la fête joyeuse d'un rayon de soleil sur les briques rouges des murailles, les étranges et puissants effets de lumière des couchers de soleil, les ombres vigoureuses d'un portique, les reflets livides des eaux.

Quelques peintres vénitiens, qui avaient vécu un certain temps à Florence et à Naples, avaient vu de pi'és la manifestation artistique née du réveil du sentiment national; de retour dans leur patrie, ils y portèrent un soufile fécond de jeunesse et déclarèrent la guerre à cette odieuse espèce de tyrans que sont les pédants. Vincenzo Cabianca, né à Vérone en 1827, quitta Venise pour Florence et Fiome, et s'appliqua passionnément ù l'étude des rapports, dans la société de libres esprits, comme Signorini, Cecioni, Banti, Nino Costa, qui mirent la llamme de la vie dans le vieil art italien, paresseux et lent. Il y avait aussi dans le groupe amical de ces artistes Federico Zandomeneghi, fils d'un sculpteur renommé et Guglielmo

Rio :\Iarin à Vems^e — V. Cabianca.

VIT. — L ART NorVKAT'

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Ciardi, qui voulut oublier, en présence du gai soleil et des vertes campagnes, tout ce qu'il avait appris entn^ les quatre nnirs de l'Académie vénitienne avec Domenico Bresolin, paysagiste exact, mais inaiii<''ré.

A Venise se donnaient rendez-vous quelques peintres éli;iiigers: Ludwig Passini, Cliaries Van Ilaanen, pour ne rien dire des autres. Ils faisaient connaître les tendances et les progrés de l'art

Miliin. Pinn.olIii'v(uo do la Brpra — La Soriiis — (1. FavrPtto.

en dehors de l'Italie. Passini et Van Haanen devinrent vénitiens par leur long séjour, et, des choses de Venise ils surent goûter l'esprit et reproduire l'empreinte.

Le talent des artistes brisait violemment les cadres du vide formalisme académique, et un nouvel idéal se dégageait de la réalité, étudiée sous toutes ses formes d'une façon minutieuse et en toute libert(''.

Cet art jeune, qui commençait déjà à jeter des ramifications vigoureuses, eut un magnifique représentant, Giacomo Favretto, qui tomba à trente huit ans comme foudroyé sur le chemin de la gloire. Il apprit les premiers éléments de la peinture près de

Molmenti, qui l'aima comme un fils. À sa sortie de l'Académie, il n'atteudlL pas le succès ainsi qu'une aumône du hasard, mais il sut le conqu(''rir de haute lutte par un travail assidu; et il atteignit les sommets de la renommée avec une partaite simplicité, comme inconscient de sa propre valeur.

L'intluence de Favretto sur l'art de nos jours a été très efficace; c'est lui en effet qui a réaUsé celte harmonie du vrai étudié en plein air avec la tradition des coloristes du dix-septième siècle, qui ajoute

Lk Passage he i,a .Maddale.na — G. Favi-otto.

à son prix. À l'heure où le jeune artiste fit son apparition à Venise — chose étrange! — la couleur était précisément l'élément artistique qui faisait le plus complètement défaut. Peut-être l'éclat des artistes du seizième siècle aveuglait-il les peintres modernes, qui s'appliquaient avec un amour intelligent à atteindre une perfection compassée ou, qui cherchaient patiemment à découvrir les recettes de la teclmique ancienne. La vie pleine de joie, d'entrain, de couleur, se développant sous le ciel hleu si doux de Venise, révéla tous ses trésors à Favretto ; et il trouva sur sa palette des teintes d'un éclat inusité. Ses tableaux les plus célèbres, sont : Un modèle femme, En attendant les mariés, Le monteur de para-

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pluies, Vandalisme, Le rat, L'amour entre poulets. Estampes et livres, Suzanne, Seuls, Le pont de Bialto, La porta délia Caria, /anze, Le passage. Le Liston. Ils joignent à la transparence et à la splendeur du coloris la grâce des impressions.

Gomme Gallina ;"i la scène, Favi'etto faisait revivre sur ses toiles la Venise d'aujourd'hui. Giacomo Favretto et Giacinto Gallina furent les deux frères jumeaux de l'art vénitien; ils se ressemblaient par le caractère de leur talent, la bonté de leur àme, l'air de modestie de leur personne; leur mort fut également pr(''inaturée; l'un et l'autre ils entrèrent sans eifort, par l'etfet d'une intuition naturelle, dans la vie intime du peuple. L'art de Gallina est plus profond, plus pénétré parle sentiment; mais ce qu'il y a de superficiel dans les impressions de Favretto est racliet('' pai' la vivacité entraînante de l'observation.

Il mourut au moment où son esprit faisait mine de se tourner vers Liue méditation plus intime et de suivre le courant nouveau de pensées et de sentiments. Son dernier tableau, complètement fini, fat Le IJston en 1700, ou Une promenade sur la place Saint-Marc an XVLIL siècle, qui rayonnait à l'Exposition de Venise de 1887, et qui, le 12 juin, jour fatal, parut entouré de voiles noirs, message funèbre! Dans ce tableau il rendait avec une singulière évidence la mollesse efféminée de la décadence de Venise; il sentit et comprit la grâce, la fascination, l'indolence de cette société au plus haut degré séduisante. L'évolution de son esprit, attiré par les tendances modernes, apparaît mieux dans son Liston d'anjourd'Jiui, qu'il l.iissa inaclievé.

Les jeunes amis et les camarades d'atelier de Favretto euxmêmes, à travers les séductions lumineuses de sa palette et de son réalisme plein d'esprit et de clarté, sentirent (|ue c'est l'observation de la V(''rité qui doit donner la vie à l'idéal intérieur et servir de guide vers les hauteurs de la pensée et du sentiment. Ils comprirent ({ue l'art n'est pas seulement une question d'habilité technique, et qu'il ne saurait se contenter des motifs brillants du détail de la vie de tous les jours; par les yeux il doit aller au cœur, et chercher cette haute signification, qui verse ;'i tout un

LA PKl^'TrRH VEMIIKNM-:

monde la joie, la tristesse, la consolation, qui donne une vie nouvelle à tous les sentiments humains. Ces aspirations vers l'idéal, ce désir anxieux d'élever l'art à la dignit('' de la pensée s'affirmèrent avec éclat dans le Refugium Peccatorum, exposé à Rome en 1883 par Luigi Nono, condisciple de Favretto. En face des eaux vertes de la lagune de Chioggia, avec un petit coin de ciel, une femme accroupie sur le sol, aux pieds d'une statue de la Vierge et absorbée dans une douleur profonde, cherche une consolation dans

Rome. Galerie Xationalé - .Marché au Poisson — E. Tito.

la foi, dans la prière et dans les larmes. Les ombres se détachent nettement, fermes et incisives. Sous le ciel nuageux tacheté çà et là des reflets de safran du soleil couchant, avec les voiles éparses sur les eaux au dessus de la ligne de la balustrade, avec les feuilles détachées des arbres et tourbillonnant dans l'air, il y a cette poésie solennelle que les choses disent dans le silence au cœur de l'artiste.

A l'Exposition de Venise de 1887, la jeune école vénitienne s'affirma unie, riche de force et d'espérance.

Outre le Liston, le Pont du Rialto, le Traghetto de Favretto,

vil. — i/aUT NdlVKAU 173

Luigi Nono exposait ButJi, et Guglielmo Ciardi, Messidor, deux toiles puissamment inspirées par la nature champcti'e; Silvio Rotta, les Forçais^, pensés avec vigueur et exécutés de même; Ettore Tito, sa très-belle Prcherie; Vittorio Bressanin, le Dernier Sénat, œuvre d'un pinceau libre et sincère; Egisto Lancerotto, ses scènes vénitiennes esquissées d'un air de bravoure; Pietro Fragiacomo, ses admirables marines. D'autres artistes, Cesaie Laurenti, Alessandro Zezzos, Alessandro Milesi, Angelo Dall'Oca, Liiigi Mion, Giuseppe Vizzotto-Alberti (et nous en oublions), firent admirer des œuvres d'un très-grand prix, remarquables par l'étude de la forme et de la couleur et la recherche passionnée du vrai.

Tous ces artistes, mieux préparés, mieux aguerris, plus sûrs d'eux-mêmes, se présentèrent aux Expositions internationales, inaugurées en 1895, et renouvelées tous les deux ans avec un plein succès, grâce au talent et à l'activité de rinoublial)le Piiccardo Selvatico et d'Antonio Fradeletto, deux hommes à qui la patrie et l'art doivent tant. Après avoir renouvelé les tentatives et sui'm()iit('' des difficultés nombreuses, au prix de mille émotions et de mille tourments intellectuels, l'ait vénitien triomphait; et les nouvelles gloires n'étaient indignes ni de Venise, ni des splendeurs des époques antérieures.

C'est à ces fêtes solennelles de l'art qu'on vit paraître un jour, avec leur air de joyeuse jeunesse, les œuvres de Favretto, du maître ravi si tôt à l'art et à la gloire. Lorsqu'en vue de l'Exposition internationale de 1890, on pensa aux Expositions individuelles collectives et qu'on réunit dans une salle plus de quarante tableaux de Favretto, ce fut un cri d'admiration. On voyait sans doute, même après un temps si court, se produire sur quelques-unes de ses toiles des teintes louches et sombres, des lumières voilées, comme dans le Liston en 1700 ; mais de l'ensemble de cette exposition se dégageait une splendeur joyeuse qui était pour les yeux et pour l'esprit une incomparable douceur. A vrai dire, sa gloire n'est pas exposée au danger d'être noyée dans le (lot des idées nouvelles; les changements du goût ne sauraient atïailjhr cette grâce de l'art de Favretto, et l'œil se repose encore avec volupté sur cett(3 harmonie

LA PEINTrRE VÉMTIRNNK;

de teintes, expression vivante de l'àme d'un artiste plein de sérénité, qui versa sur la peinture vénitienne l'ivresse du soleil, de l'air, de la vie.

Les œuvres de Luigi Nono, rassemblées à l'I'.xposition internationale de 1001, ont assigné aussi à ce noble et austère talent un rang élevé dans l'art italien contemporain. Si Favretto représente d'une façon incomparable le côté joyeux et humoristique de la vie.

Rome. Galerie Nationale — Refugiu.m Peccatorum — Luic;! Nono.

Nono en révèle l'esprit sentimental, la poésie de l'amour et de la douleur. Né a Fusina, prés de Venise en 1850, Nono entra très-jeune à l'Académie et il fut guidé tout d'abord dans les voies de l'art par l'atfectueuse sollicitude de Moiinenti. Dans ses premières œuvres on remarquait un souci de reproduire les minuties et le détail le plus léger qui était poussé à l'excès. Mais quand, à la fleur de ses vingt ans, il alla à Polcenigo, dans la campagne du Frioul, d'une beauté si triste, sur les bords du Livenza, il ne tarda pas à se faire une manière plus large, avec plus de grandeur et d'aisance. Les fruits de ses entretiens intimes et continuels avec cette nature furent les tableaux suivants: L'Ave Maria, Les sources du Gorgazzo, Retour des

LAI'.T NOLVEAU

champ.% Sur le soir. Ces toiles respirent un profond sentiment de la nature; les eaux tranquilles, les crépuscules, la mélancolie de la solitude sont rendus avec une réalité si puissante qu'ils fixent en nous le souvenir de ces paysages avec lesquels Nono se fit connaître. Mais on retrouve aussi dans les tableaux à personnages un coloris plein, large, nourri, la science du dessin, la franchise d'allures, la vérité de la composition: Les premiers pas, L'Automne, Le mar-

Chioggia - t:. Tito.

mot, La pauvre m.ère, Vice-maman, Le moulin, Refugium peccatonim, Les boucles d'oreilles de fête, Ruth, La revendeuse de fi^its, UAve Maria, Le convoi du petit enfant, Abandonnées, etc., œuvres dues à l'aetivitt'' [V'conde de cet artiste vigoureux et plein de pensée.

Ettore Tito est un artiste très séduisant. Né en 1850 à Castellammare di Stabia, mais venu à Venise tout enfant, il est vénitien par le tempérament et par le cœur. Il y a peu d'artistes en Italie qui dessinent avec plus de goût, [)eu qui sachent reproduire la beauté

avec un sentiment plus fin, avec plus d'élégance, et cela, sans le moindre soupçon de mièvrerie À travers sa peinture distinguée, délicate, on découvre Fàme sereine d'un artiste tout entier occupé à suivre sa belle idée lumineuse et riante. De ses œuvres pleines de vie et de mouvement, savoureuses par la science aristocratique de la forme et par le fondu et l'admirable éclat de la couleur, nous citerons: Le modèle femme, Les lavandières du lac de Garde, La pê-

MURS ABANDONNÉS — Silvio Rotta.

chérie, Le lac d'Alleghe, La houle de savon, La Fortune, La processioiî, Les 0)idines, Saint-Marc, Stir la digue, En lagune, Chioggia, La naissance de Vénus, etc.

À la fine élégance d'Ettore Tito, s'oppose comme une contrepartie, la mélancolie pensive de Silvio Rotta, vénitien, fils du peintre Antonio, Une toile signée Silvio Rotta, représentant une fuite de spectres à travers des maisons abandonnées, le long de murs en ruines, est à nos yeux une des œuvres les plus suggestives de l'art moderne. Voici encore des œuvres profondement méditées et senties : Les forçais, L'hcjpital, Le vieux château, La lecture des fables, etc. Ce peintre qui inclinait son front vers de lugubres pensées vibrait aux plus joyeuses inspirations. Quel(jues-unes de ses aquarelles

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sont riantes; nuo d'cutic elles surtout éveille les souvenirs joyeux du vieux temps. Une compagnie de vénitiens du dix-huitième siècle est allée faire une partie de campagne dans une vigne rlu Lido. L'eau verte de la lagime lèche les fondations disjointes; le ciel est serein. Au premier plan deux jeunes et él(''ganls per-

Floraison nouvklle — Gcsaro Laurenti.

sonnages murmurent l'éternel dialogue de l'auioiir; \)\u> loin, d'autres jeunes femmes, avec l(>urs cavaliers rient, plaisantent, courent après les papillons. On voit aussi dans ces groupes jusqu'au rusfcf/o de Goldoni <|ui, regardant en dessous les couples des amoureux, a l'air 'de grommeler entre dents: « 7'ii altre donc volé i chiasseti, i pasHceti, b' mode, Je hufonerie, i putelezi ». On a un autre exemple des ressources de talent de ce peintre, quand il s'abandomie à la gaieté de son inspiration, dans le tableau intitulé

Un coup de vent, c'est-à-dire un sauve-qui-peut de femmes surprises par une raft'ale soudaine, au moment où elles travaillaient assises en plein air dans une île de la lagune.

Un profond sentiment poéti(|ue se dégage des œuvres de Cesare Laurent! de Ferrare, artiste d'une culture intense, et

recueilli Les aspirations vers un amour infini et une infinie beauté, exprimées par des symboles el des allégories, avec des retours à une idéalité virginale et naïve trouvent en Laurent! un apôtre fervent. Toute son œuvre est comme une protestation contre cet art mercantile, qui n'a d'autre objet que de témoigner d'une certaine habileté de main, sans tenir compte du sentiment et de l'idée. De ses tableaux se dégage une pensée profonde : Le premier doute, Conscience, Frons animi ii/terpres, Paroles mysté-

LAllI Noi VKAi;

rieuses, Le péché, Les Parques, Points, Le cauchemar^ Sentinelle de viiit. Ame malade, Uarmonu'S vertes, Parabole, Nyrnphée, llo- 7'aison nouvelle, Parallèle, etc. Peut être est-il urrivé parfois à J^aurenti de s'égarer avec une certaine complaisance dans les nuages du symbolisme et d'avoir encouru, non sans raison, le reproche d'exagération; dans le Sonije d'une nuit d'hiver par exemple.

I'oie: - A. Milesi.

Mieux vaut d'ailleurs cette originalité pleine de fantaisie que l'art mesquin et rabougri, qui apporte le même soin à reproduire un jeu de lumière sur un chaudron de cuivre et le scintillement des larmes sur un visage de douleur: mieux vaut ce sentiment même maladif d'idéalité que l'art courtisan uniquement appliqué à reproduire exactement l'aïeule, l'enfant, le chat, la corbeille d'osier; mieux vaut cet art étrange, dédaigneux du vulgaire que certains tableaux léchés et licencieux, tentation et objets d'envie pour les parvenus ! L'habileté de la main et la maîtrise du pin-

ceau ne sMuraient justifier l'absence de pensée ; Michel-Ange disait que l'on peint avec le cerveau, non avec les mains.

Les scènes élcgiaques de Laurenti, Ijaignées d'une tristesse harmonieuse de teintes exercèrent une grande influence sur le

talent d'Alessandro Milesi, peintre vigoureux, qui semble avoir eu en héritage l'esprit du pinceau de Favretto dans certains de ses tableaux: Le grand père souffre, La marchande de semence, Les enfileuses de perles, Le Tragheito, Les épousailles, etc. L'éclat d'émail et la joyeuse harmonie du coloris se montrent comme voilés dans quelques-unes de ses toiles, où le dessin et la peinture gardent toute leur vigueur:

Soupirs, Pope! À la bénédiction, etc. Aujourd'hui, chez Milesi, le tempérament d'artiste naturel, vigoureux, s'est dégagé de nouveau de toute idée préconçue; et il a repris cette haute situation à laquelle il a droit.

Milesi a appris les premit>rs principes de l'art d'un bon peintre vénitien, Napoleone Nani, qui enseignait à l'Académie de Vérone ; Nani eut aussi pour élèves Angelo Dall'Oca Bianca et Vincenzo De Stefani, deux artistes véronais, qui, par la couleur, la forme, les tendances appartiennent à la jeune école vénitienne. Nous ne saurions oublier du premier, heureuse nature d'artiste, les tableaux suivants: Première lumière, Le feu à la cheminée, Sur

V'^ Exposition de Venise Portrait de Higcardo Salvatico — A. Milesi.

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