CHAPITRE II
REMBRANDT VAN RYN 1606-1669 )
L’homme, sa vie, son caractère. — La vie de Rembrandt est toute en étrangetés et en contrastes, en incidents médiocres et en drames intérieurs.
11 naît le 15 juillet 1606, à Leyde. Son père, Harmen Gerritsz, était meunier non loin des murs. Le Rhin passait à cet endroit, d’où le nom de la famille, « van Ryn ». A dix ans, l’enfant fut placé à l’école latine. Il entra, à l’àge régulier, en apprentissage chéz un peintre de la localité, Jacob van Swanenburg.
Rien de plus ordinaire. La suite n’a rien non plus de fort inattendu. Aucun mouvement extérieur, pas d’ambassades, de voyages, rien du rythme entraînant de l’existence de Rubens. Pas de grands événements non plus, hormis une déconfiture qui laisse sur le nom du peintre, avec une pénible odeur de pauvreté, une tache suspecte de mauvaises affaires. Il n’y a pas davantage de roman dans sa vie. Il eut une femme, Saskia, et elle était charmante : elle mourut dans toute sa fleur. Il aima encore, et jamais jusqu’à son dernier jour ce coeur morne ne sut se passer de caresses. Mais ce veuf qui se remet en ménage avec une servante fera toujours triste figure parmi les Roméos. La Leçon a' Anatomie le rend illustre à vingt-six ans. Pendant une vingtaine d’années, il eut une célébrité bruyante. Tout ce qu’il y avait à Amsterdam de jeune et d’étourdi s’enrôlait d’enthousiasme derrière le grand agitateur. Ce fut un courant d’air et un émoi dans les cerveaux. Puis, l’opinion se ressaisit, et le silence se fait sur le nom de Rembrandt. Il sombre peu à peu dans une nuit profonde. Et cette fin lugubre est si bien dans sa destinée, qu elle voile à nos yeux l’éclat des commencements. On ne « voit » plus Rembrandt heureux. Chenavard lui trouvait des ressem-