L F. CLASSICISME DE REMBRANDT
1’ « honnêteté » étaient une affaire publique, une sorte d’aristocratie ou de lustre national, et dont il épousa toutes les toquades à la folie.
Etait-il instruit? A-t-il eu en philosophie et même en exégèse les visées spéciales et les lumières qu’on lui prête? Est-il penseur? Voyant? Apôtre? Rien n’esl moins sûr. Mais loules ses facultés sont celles de 1' « artiste ». Il en a le signe classique, ce don de dédoublement qui fait, comme l’a écrit un romancier moderne, que les « accidents du monde », aussitôt perçus, apparaissent « transposés comme pour l’emploi d’une illusion à décrire », si bien que, pour un homme de ce tempérament « toutes les choses, y compris sa propre existence , ne semblent pas avoir d’autre utilité ». Il est le premier Hollandais qui ait conçu la gloire. A l’école, ses maîtres, les Swanenburcb et les Lastman, l’abreuvent de Renaissance, l’alcoolisent d’art. A quinze ans, son parti est pris : il monte dans sa tête et ne redescend plus. Son histoire n’est qu’un elfort pour se dépayser, s’arracher à la platitude de ce monde de philistins, et vivre quelque part. « ailleurs », en citoyen du Beau.
Et c’est ce qu’applaudit l’opinion distinguée (Cf. Huygens, Mémoires, 1631). Plus de bambochades : de l’histoire ! Assez de « bonshommes » : des hommes ! Et en elïet l’élève des Swanenburcb et des Lastman devait tenir en profond mépris le terre-à-terre cordial des peintres indigènes. Connait-on dans toute son oeuvre une page ayant le sens d’une scène de « genre » ? A-t-il peint une Visite, une Leçon de musique , une Tabagie, une Ribote? L’antiquité, le rêve, l’allégorie, la fable, Endymion, Actéon, le Rapt de Proserpine, Andromède, Danaé, Lucrèce, voilà ses sujets, son domaine. C’est encore le Serment de Claudias Civilis (Stockholm), Bélisaire, Fabius. Et c’est surtout la Bible, à ses yeux l'histoire des histoires.
Mais ce premier instinct, qui l’écarte si fort des habitudes nationales, se double d’un second, qui l’y ramène et l’y replonge. Il se brouille au bout de six mois avec Lastman. 11 se refuse insolemment au voyage d'Italie. Il se permet sur les Anciens d’énormes impertinences. Et dans ces facélies, sous la double jactance de la jeunesse et du génie, se formule déjà cette pieuse profession de foi : « Dans ta patrie même, dira-t-il à son élève Hoogstraten, tu trouveras tant de beautés, que ta vie sera trop courte pour les comprendre toutes et pour les exprimer. L Italie, si riche qu’elle soit, te sera inutile, si tu n’es pas capable de rendre la nature qui t’entoure ». De là l’innombrable série des « études » dans son œuvre. L’homme qui en 1630, huit, ans après la Ronde , gravait d’une pointe si tendre le miraculeux Coquillage, et qui exécutait encore à