LES COLLECTIONS DE REMBRANDT
cette discipline, à ce minutieux apprentissage de la forme, grâce à cette attention et grâce à cet amour, que l’étonnant, barbare parvint, à lui tout seul, sur les bords de son Zuyderzée, à créer un lexique et une grammaire hollandaise pour l'expression de la plus haute et divine pensée.
Et cependant, il a imité toute sa vie. Rubens, Yan Dyck l’empêchent de dormir. Mais à travers Rubens, c’est déjà l’Italie qu’il tente de saisir. Sans doute, il est toujours dispensé du voyage : mais l’Italie, il en était imprégné de naissance. Depuis un siècle, grâce au flux et au reflux des pèlerins, le terrain est tout inondé d’alluvions cosmopolites. Lui-même est l’élève de deux Hollandais qui n’ont jamais signé que Jacopo et Pietro. Dan s ce musée qui le ruina, il avait (ou croyait avoir) deux Rapliaëls. Il avait des Guides, des Carraches, un Palma, un Giorgione. Il avait un Amour dormant de Michel-Ange. Il avait plus de cinquante moulages d’après l’antique.
Oui, Rembrandt est le plus grand des italianisants. Mais la Calverstraat n est pas le Grand Canal, et Rembrandt, avec toute sa bonne volonté, n’est pas Titien. De là les mille ambiguïtés qui font hésiter sur son œuvre.
Par exemple, il est à peu près le seul maître de son pays qui ait conçu le prix esthétique du nu. La Danaé de l’Ermitage, la Suzanne de Berlin, la Baigneuse de Londres, la Bethsabé du Louvre, sans parler des estampes, la Femme dans son poêle ou la Femme à la flèche , sont des traits essentiels de sa physionomie d’artiste. Ces pages insolites, un peu compromettantes, c’étaient ses morceaux d’amateur, ceux sur lesquels il comptait le plus dans cet éternel concours avec le Titien, le Corrège, qui est le sous-entendu perpétuel de son œuvre. Et il n’ignorait pas que le corps ainsi compris offre son maximum de signification. Mais voici qu’à cette haute idée (qui est tout l’humanisme), le Batave qui est en Rembrandt apporte les plus curieuses réserves. Le nu, dans nos climats, est toujours chose rare, furtive, solitaire. Elle n’existe qu’intermittente, et dans des conditions spéciales, qui toutes se rapportent à la toilette et à l’amour. Rembrandt ne peut pas s’empêcher d’en tenir un compte infini ; il décrit le secret du lieu, l’heure, le « poêle », l’alcôve. 11 n’a pas peint une femme nue qui ne fut une femme « déshabillée ». Et cette femme est toujours une certaine femme : et on s’en aperçoit ! Mais le nu, même sous cette forme particulière, c’est pourtant Elle, — la Nature — permanente sous le maquillage des civilisations, la comédie du monde, les déguisements du costume ; c’est, en dehors de toute gloire, de toute apothéose, avec toute ses tares, ses fatigues, sa mauvaise hygiène, avec toute l'usure de sa