‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 107 sur 391 · REMBRANDT PORTRAITISTE · texte numérisé non relu

REMBRANDT PORTRAITISTE

Les portraits de Rembrandt. La Ronde de nuit (1642). — De 1627 à 1669, des premières œuvres aux dernières, dans ces quarante-trois ans de continuel labeur, quel ordre observer? A quelle date Rembrandt a-t-il été le plus maître de son métier et de ses idées? La Leçon d' anatomie (1632), la Ronde de Nuit (1642) et les Syndics (1661), ont-ils dans son histoire l'importance qu’on leur prête? Ils dessinent du moins une des faces de ce grand esprit, et comme ils sont la source d’une foule de méprises, c’est sur le portraitiste qu i! faut d’abord nous expliquer.

Ces portraits (les trois quarts au moins de l’œuvre entière) sont en effet une occasion indéfinie d’erreurs. On rapproche l’auteur de liais et de van der Helst, et on s’étonne des différences. Il faut le suivre dans ses recherches, y regarder de près, voir ce qu’il poursuivait dans ce genre du portrait, qu’au fond il n’a compris ni traité comme personne.

La preuve éclate déjà dans ces centaines de portraits qui forment l’extraordinaire iconographie de sa famille. Depuis le vieux Lippi et le grand Yeronèse jusqu’à Rubens et à Jordaens, quel peintre ne s’est un jour représenté lui-même, mêlé à quelque belle histoire, comme héros ou comparse dans une action célèbre, et n’a groupé ses affections, parents, femme ou maîtresse, dans une Sainte-Famille, une Conversation sacrée ? Durer nous a laissé, en quelques pages décisives, l’immortel abrégé des étapes de son génie. Ce qu’on n’a jamais vu, c’est ce labeur infatigable d’après les mêmes modèles, cette interrogation ardente et à buis clos, cette concentration d’efforts sur quelques visages invariables, sans distraction aucune, sans transposition ni solennel décor, sans autre mobile enfin que la fonction tyrannique d’un peintre qui s’exerce et condamne ses proches à son entraînement. Notez que le cœur n’y est pour rien, et que difficilement vous prendriez ces pages pour les épanchements d’une âme bien aimante. Il avait des enfants, et c’est à peine s’il peint l’enfance. Quant aux femmes qui remplirent sa vie, son histoire pourrait s’écrire par les portraits qu’il a faits d’elles : et cependant! Toujours la mascarade, des fourrures, des aigrettes, de la baroquerie, toute une friperie suspecte, fleurant l’Opéra, le bazar et la galanterie, jamais le monde réel et les mœurs de bon aloi. Et il se traite tout le premier comme il traitait les autres! El tout ce carnaval lui causerait un vague tort, si l’on n’y distinguait d’amusantes fantaisies, un moyen piquant de déguiser une « étude », ou même des « elfets » poursuivis pour eux-mêmes, en vertu d’un programme et d’une recherche d’art.

Il va sans dire que ces licences n’étaient plus de mise avec des modèles

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