LA LEÇON D ANATOMIE
ordinaires, peu soucieux de servir de thème à de pareils caprices. El toutefois, prenez les plus beaux de ces portraits, presque sans distinction d’époque : le ménage Daey, le Gentilhomme au gant , la Dame à l’Éventail, le Dessinateur ou le Bourgmestre Six : vous reconnaîtrez toujours, môme lorsque le peintre a l’air de s'effacer, quelque chose de libre, d’original, une attitude, un trait, une combinaison qui révèlent l'esprit qui dispose au-dessus de la main qui obéit. Chacun de ces portraits est une conception, à savoir une image formée, à parts au moins égales, d’observation précise et d’interprétation, de données réelles et d’une idée. Cette idée va selon les cas, de l’apparat au « genre » et du ton de cérémonie au ton de l’intimité. Figure entière ou demi-figure, parfois même figure équestre, familiarité ou noblesse du motif, choix du cadre, de l’instant, du jour et de l'habit, aucun peintre n’a mis au service de ses impressions des ressources plus souples et plus appropriées. Cet art d’inventer ce qu’on voit ou la façon de l’exprimer, et de faire concourir l’imagination au portrait, c’esl tout le génie de Rembrandt dans une vingtaine de chefs-d’œuvre, qui lui valent de compter entre les trois ou quatre maîtres dont s’honore l’art de peindre l’homme. Encore la tâche, on l’avouera, était-elle plus malaisée avec sa clientèle qu’avec celle de van Dyck ou celle de Velâzquez. Mais sa supériorité la plus incontestable, c’était d’aborder ces problèmes avec la force et la hauteur de vues, le généreux entrain d’une âme rompue aux grandes entreprises et aux questions profondes.
Ce qui le montre, c’est le succès de la Leçon d'anatomie 1632). C’était le début du jeune maître en ce genre national de portraits collectifs et de tableaux de corps. Devant cette page arehi-célèbre, il est toutefois difficile de n’être pas déçu; la critique de Fromentin semble à peine sévère. 11 faut voir ce qui existait en fait d ’ Anatomies avant celle de Rembrandt; cette comparaison lui rend sa vraie valeur, et on ne la trouve plus indigne de sa réputation. C’était la première fois qu’une collection de portraits se changeait en « tableau », el qu'un procès-verbal d’Académie de médecine s’élevait à la vie de l’art. Chose toute nouvelle en Hollande, la forme était conçue comme la langue de l’universel. D’un simple procédé de reproduction, elle devenait l’instrument qui débrouille, coordonne, synthétise, et du particulier extrait une idée générale. C’était, sur une donnée et en un genre tout hollandais, une magnifique leçon de « style ».
Dix ans plus tard, elle éclatait dans la Ronde de nuit (1642), avec un