‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 11 sur 391 · LE DOMINIQUIN · texte numérisé non relu

LE DOMINIQUIN

peinte a trop souvent le tort de ressembler à un jardin. Les fabriques y tiennent trop de place, les feuillages y sont trop corrects et ne connaissent qu’une saison. Mais il faut comprendre le charme qu’exerça cette rhétorique sur des hommes qui ne goûtaient guère la nature qu’animée, s’oubliaient peu devant les choses, préféraient dans le monde ce qui demeure à ce qui passe, cherchaient dans la campagne des réminiscences de Virgile et de vagues Champs-Elysées. Toutes ces choses, du reste, semblent moins mensongères en Italie qu’ailleurs. Certaines villas romaines évoquent encore l’Albane. Et ses peintures surannées durent être pour les yeux d'alors ce que sont pour les nôtres les paysages de Corot.

Le Dominiquin. — Mais le meilleur maître du temps est un homme tout différent de l’Albane, un peu plus jeune que lui, laborieux, pauvre, inégal, de son vivant fort contesté, au demeurant la figure la plus sympathique de l’école. Ce nouveau venu s’appelait Domenico Zampieri. C’était le iils d'un cordonnier. Il naquit à Bologne en 1581. Il était court et laid. Ses camarades lui donnèrent le diminutif de Menichino. 11 paraissait peu doué. On le baptisa le Bœuf. Ce tâcheron, muet, obstiné, gauche, ce candide qui avait l’audace de s’exprimer comme il sentait, qui se cherchait anxieusement et rie se trouvait pas toujours, modeste, replié, humble, en hutte à la critique, disgracié en ménage, devait se voir fatalement sacrifié aux blulfeurs, aux improvisateurs, à l’effronterie d'un Lanfranc, d'un Pietre de Cortone. Même illustre, il resta toujours le « petit Dominique », Dominiquin.

C’était une âme charmante, un vrai cœur de peintre, un original, un rêveur, un homme qui sentait vivement la beauté, là où elle se rencontre, à l’improviste, au coin d’une rue, dans une attitude vivante, une expression, un geste, et qui la recueillait toute fraîche, à la volée, dans une note furtive prise sur un calepin, sous son manteau. « H hantait, disent ses biographes, les endroits où se rassemblent des quantités de gens, afin d’observer les mouvements et les expressions par lesquelles les sentiments intérieurs se manifestent ». L’expression, coûte que coûte, est le principe et le tourment de son art. C’en est plus d’une fois la faiblesse. On raconte qu’un jour, ayant à peindre une figure de bourreau, l’artiste, pour entrer « dans la peau » de son personnage, s’excitait à la colère, grondait devant la fresque; Annibal le surprit, l’embrassa et lui dit : « Menico, quelle leçon tu nous donnes! » Cette leçon en effet, Poussin,

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