‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 12 sur 391 · CARACTÈRE DE DOMINIQUIN · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE DOMINIQUIN

ne l’écouta que trop. On sait son culte pour ce maître. Dominiquin se trouva ainsi avoir contribué à égarer le peintre du côté cle la psychologie

et de la mécanique morale. Ce quasi illettré est le grand responsable de la peinture littéraire.

Son œuvre, une des plus vastes de ce temps, est presque toute reli-

Le Dominiquin. — Le bain de Diane. (Casino Borghèse, Rome, 1614,

i.V CHASSE DE DIANE

pieuse. C’est, dans ses U/r.s de saints, peintes pour les cloîtres et les églises, à Rome et dans les environs, qu’il évita le moins ces inconvénients de l’anecdote et du « sujet ». Sa conscience, son application devenaient un danger. Parfois son scrupule de penseur, sa peur de l’insignifiance arrivent, comme dans 1 1 dam et Eve ( pal ais Barberini), a des effets comiques, La pure abstraction est encore moins son fait. Son allégorie. Le temps exalte la vérité (palais Costaguli) esta tous les égards une de ses pages les moins heureuses. Mais lui arrive-t-il de se laisser vivre un moment, d’oublier le drame et le fait, de se borner, à propos d’une fable quelconque, à exhaler ses rêves, alors il est charmant. Son Triomphe de David (palais Rospigliosi) nous montre les deux hommes côte à côte : le raisonneur, qui cherche à rendre, dans la colère de Saul, la violence d’une jalousie à demi contenue, et qui n'y réussit que maladroitement; et l’artiste, naïvement épris de la beauté humaine, qui tire de son coeur, sans but, pour le plaisir de créer de la grâce, le trio délicieux des jeunes musiciennes qui dans un angle agitent leurs cymbales et leurs sistres.

Peut-être n’a-t-il eu qu’une seule fois le bonheur d’une complète liberté. C’est dans cette grande Citasse de Diane du casino Borghèse, une «ouvre qui n’a pas sa pareille en Italie à cette heure (1621) pour l'éclat de la peinture et l’accent populaire. De toutes jeunes filles , vingt peutêtre, nues ou demi-nues, rieuses, éveillées, espiègles, se baignent, jouent, tirent de l’arc. Toutes sont fraîches, rondes, accortes, un peu vulgaires. L’une, un genou en terre, suivant du torse le vol d’une flèche, cherche son carquois sur son épaule. Une, petite de douze ans, une jolie mutine ;i fossettes, barbotte accoudée à la renverse dans le bain, une jambe hors de. l’eau. Une troisième assise au bord et le dos au soleil, défait sa dernière sandale De gentilles frimousses, heureuses de vivre, très « peuple », point du tout déesses : un nuit de cocagne, au milieu, évoque une fête villageoise. On chercherait en vain, dans l’art italien, une page plus aimable et plus vive, que ce déballage de grâces vierges et de chastes jeunesses. On comprend «pie l’artiste ne s’en soit séparé qu’à regret. C’était la plus intime des confidences d’amour, faite par un homme mûr, de manières timides, et rougissant d’un tel aveu.

Depuis 1605, à l’exception d’un bref séjour dans son pays (1619-21), Dominiquin vivait à Rome. En 1631 il fut mandé à Naples pour finir, a la cathédrale, les fresques du trésor, laissées inachevées par le Guide. A son tour, il y éprouva les cabales de la maffia. Une année (1634-35) il fut obligé de fuir devant l’orage. Puis il revint de nouveau s’atteler à sa

Cliché Anderson.

Le Dominiquin. — La Communion de saint Jérôme. (Musée du Vatican. Rome, 1614.)

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