REMBRANDT ET LA BIBLE
gieuses, il ne suit pas du tout qu’il admirât les livres saints autrement qu’en artiste, et y vît autre chose que la plus excitante et la plus belle des fables. La Bible, en pays protestant, devenait en quelque façon le poème national, la grande source du merveilleux. On frémit de penser dans quel esprit il la lisait.
Oui, pour ce sédentaire, pour ce demi-lettré avide de poésie, la Bible devait être le plus vif aiguillon de l'imagination. Il se retrouvait tout entier dans ce livre immense et confus. Si l’Histoire Sainte, dans son ensemble, est celle de la chute et du relèvement, si le drame du salut consiste dans les conflits de la chair et de l’esprit, quels symboles, pour cette trouble conscience, Mans la vie du peuple de Dieu ! Et c’est cette expérience vivante de la matière de son œuvre, qui donne aux « histoires » de Rembrandt leur caractère unique.
D’ailleurs, je le répète, artiste, rien qu’artiste ! Ce n’était pas un saint. Son credo même paraît d’essence plus qu’indécise. La sincérité d’un poète n’est pas celle qu’on exige du théologien. Une fois l’œuvre produite, l’émotion extériorisée et fixée sous forme parfaite, l'artiste est satisfait, sa tâche essentielle est remplie. L’homme peut se croire quitte du reste, si même il ne voit dans ses fautes la condition de son art et comme la rançon naturelle de son génie. Il finissait par se croire, du fait de ses malheurs, investi d’une fonction et comme marqué d’un signe. Et en effet il inaugure une race et une « psychologie » nouvelles, d’autant plus imprévues dans ce milieu bourgeois et platement pratique. Vivre, jouir, souffrir en vue de la beauté, n’exister, ne sentir que pour une œuvre à faire et pour une fin esthétique, tel est le phénomène, la « monstruosité » dont il offre le premier cas bien défini. C’est même ce qui explique qu’il ait supporté sans se plaindre, et peut-être sans trop souffrir, ses étonnants revers. In imaginera per transit homo : c’est bien d’un tel homme qu’on peut dire que « la vie est de la même étoffe que les songes ».
Il ne conçut pas tout d’abord cette méthode hardie ; ses premières œuvres n’en laissent rien voir.
Chemin faisant, il vit... il sent... il rêve... Les femmes le préoccupent. Il est Endymion que Diane visite en songe, Platon qui, sur un quadrige emporté, ravit Proserpine dans l’Erèbe. Et puis il se marie. Une fille lui naît, et c’est la jubilante Annonciation aux bergers. L’enfant meurt, et voici le Sacrifice d' Abraham. Et déjà, par moments, apparaissent des lueurs intermittentes qui semblent, dans des faits île la vie lamilière, comme une phosphorescence lointaine et idéale. Les Philosophes du