‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 13 sur 391 · LE GUERCHIN · texte numérisé non relu

LE GUERCHIN

tâche. Son remède, en ces heures sombres, était parfois un peu de musique. Il mourut brusquement, le 16 avril 1641, âgé de soixante ans. Quoiqu’il eut fait son testament, personne ne douta d’un crime. Il fut vraisemblablement empoisonné dans un verre d’eau qu'il avait coutume de boire tous les matins à sa toilette.

Le Guerchin. — Francesco Barbiéri (1590-1666), le dernier des grands noms de l’école bolonaise, était déjà célèbre lorsqu’il passa, à vingt-cinq ans, par l’atelier de Louis G arrache. Mais ce sont les œuvres de ce maître dans les églises de Cenlo, son village natal, qui firent sa première éducation d’arliste. Une frayeur qu’il avait éprouvée au berceau lui désorbita l’œil droit. De là son sobriquet, « guercino », le loucheron.

Guerchin passe pour le plus profond coloriste de l’école. Il est bien, à la vérité, praticien énergique. Mais ses tons se dégagent d’un roux des plus communs, sa touche plonge habituellement dans des matières épaisses. Son rapide passage à Venise ne suffit pas à le mettre au fait des belles manières du pinceau. Sa culture laissa toujours un peu à désirer.

Grégoire XV, créé pape en 1621, est un Ludovisi, bolonais. Guercbin, mandé à Rome en bâte, eut le temps, sous ce règne de dix-huit mois, de brosser pour le pape sa Sainte Pétronille (Capitole) et pour les neveux du pape l’immense fresque de leur vigna. Cette fresque — une Aurore — couvre une voûte et ses courbures. En douze ans, on voit le chemin parcouru depuis le Guide. En plein ciel, au-dessus de feintes architectures qui encadrent l’espace béant, le char de la déesse s’engouffre avec un grand tournoiement de draps pourpres, au galop de deux chevaux pies aperçus par le ventre. Elle jette des poignées de fleurs. Plus haut encore, une bande d’oiseaux tourbillonne dans l’azur. Devant elle, trois messagères bottant rapidement sur un nuage roussâtre, avec des gestes larges éteignent les dernières étoiles. Un rayon oblique les éclaire par-dessous, et l’ambiguïté des ombres et de la lumière neuve exprime sur leurs visages tout le mystère du matin. La cime d’un cyprès se balance au bas du ciel teint de safran. Jamais le clair-obscur n’avait si hardiment troué et dissipé une voûte, donné la sensation de la vie, du mouvement, de l’atmosphère dans l’espace.

Pendant vingt ans, l’artiste répéta le même tour de force dans les coupoles de son pays (Modène, Plaisance). Après la mort du Guide, eu 1642, il vint s’établir à Bologne et, pour un quart de siècle, hérita de l’autorité de son maître Louis Carracbe. C’est alors qu’il multiplia ces tableaux de

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demi-figures, de grandeur naturelle, coupe singulièrement heureuse inventée jadis par Giorgione, souvent reprise par Caravage, et dont les

principaux exemples, de la main du Guercliin, sont Y Incrédulité de saint Thomas (Vatican) et le Renvoi d'Agar (1657, Brera). Un modèle, d’une sublime élégance de formes, promène souvent dans ces toiles la clmle

Guercliin. — L'aurore. (Villa Ludovisi, Rome, 1621;)

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