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LA VIEILLESSE DE REMBRANDT

phar (Berlin), pleine aux yeux de promesses et de délices troublantes. Qu’est-ce à dire, sinon que de la couleur, comme de la lumière et du dessin, cet idéologue se sert selon ses pensées de derrière la tête, et qu’en cela comme en toute chose, la raison de son langage dérive du sentiment et de ce que, faute de mieux, nous appelons son intimité ?

Dernières oeuvres. Les syndics (1661). — Les Syndics des drapiers (Amsterdam) sont la page classique de Rembrandt. Pour beaucoup de critiques, elle résume, au terme de cette carrière tourmentée, la somme des expériences du maître et l’ensemble des certitudes.

Pensez à cinq ou six de ses portraits supérieurs, et figurez-vous-en la réunion savante et ingénieuse dans un même cadré. Le résultat est si parfait, qu’on le dirait tout naturel ; si limpide, que l’œuvre paraît sage, et qu’on ne reconnaît pas d’abord combien elle est impétueuse. Ce sont quelques bourgeois discutant leurs affaires, assis ou demi-levés autour d’une table à tapis rouge. Ils vivent sans gesticuler, ne parlent pas et sont parlants. Atmosphère incolore, souple, fluide, égale, et si exactement dosée qu’elle semble continuer dans la toile le jour extérieur. Habits noirs, feutres noirs, nuis frais apparents de pensée ou d’imagination. On se demande où réside l’art dans un morceau de données si communes et si peu frappantes. On ne sent qu’à la réflexion ce qu’il fallait de cœur et de génie pour s’intéresser plastiquement à cette séance de bureaucrates, et faire d’un tel sujet la matière d’un chef-d'œuvre. On découvre que tout est créé dans cette scène sans fiction, que tout y est fait d’emportement, que pas une couleur n’y est réellement ce qu’elle paraît être : les blancs sont inondés de bistre, les noirs brûlent de transparences rousses, et la clef de toutes ces ardeurs est au centre, ce prodigieux tapis fait de vermillons purs, écrasés au couteau, et dont l’écarlate irradie à travers toute la toile, et mesure la fièvre du cerveau à l lieure où l’œuvre fut conçue, et le pouls de la main pendant l’exécution.

Le Portrait de famille de Brunswig (1667) résout le même problème avec plus de feu encore et. de simplicité. Jusqu’à son dernier jour l’artiste poursuivait son éternel objet, d’être à la fois, dans la même œuvre, imaginaire et vrai, réel et idéal. Il n’interrompt pas davantage le journal historié de ses confidences, le roman de sa vie sous forme biblique et antique. La douleur et l’orgueil alternent dans ce De profundis. Il en multiplie les images. La délivrance d’Israël, le salut d’un peuple par une femme, le triomphe du juste opprimé, ce beau roman messianique, à cette

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