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LA VIEILLESSE DE REMBRANDT

heure d'agonie et tl’ahantlon suprême, exprime toute sa foi en lui-même et dans la Providence

L’idéalisme le plus complet règne sans partage dans ses œuvres. L’action est nulle, les gestes respirent une inertie, une torpeur étranges. Le décor, l'entourage, le moment disparaissent. La lumière se généralise. Tout se simplifie et s’embrase. Une passion croissante pour les ardeurs du ton s’empare du peintre sexagénaire. Ses veux malades et enflammés veulent des taches plus voyantes. De la couleur, il fait sa dernière abstraction. Sur son portrait du Louvre, sa palette n’est plus chargée que de deux tons : une laque sanglante et du jaune. Ses méthodes deviennent tout à fait inouïes. La moitié de la toile est à peine frottée. Par places, des ilôts, des caillots de matière sur de la matière agatisée et durcie à l’état de marbre. Sur ces lourdes constructions, la main agit tantôt avec emportement, tantôt avec de telles souplesses, que Je vieux enchanteur, qui touche d’un côté à Titien par l’exaltation de l'effet, rejoint de l’autre Michel-Ange par l’infini du modelé.

Ainsi s’achève l’évolution de ce génie solitaire. Au fait, a-t-il donc tant changé? Quelquefois l’artiste a eu 1 air de sortir de lui-même, de faire le portrait de son temps et de son pavs. Plus souvent encore il s’évade, demande on ne sait quel alibi à la fable, à l'histoire: ou bien, vous le diriez subjugué par les maîtres, ivre de tous les chefs-d’œuvre qu'il a dans ses cartons. En réalité, c’est un esprit qui transforme tout ce qu'il touche, les idées autant que les faits, les personnes autant que les •choses. Il n’aperçoit partout qu’un cadre à ses fictions, une scène à remplir de sa vie, à peupler de ses songes.

Son œuvre est de celles autour desquelles on bataille. Son cas est un peu le pendant de celui de Shakspeare. Ce qui nous charme dans la Tempête , dans Roméo et Juliette, le mélange de grâce italienne et de rêverie celtique, est aussi le secret de la poésie de Rembrandt. Mais la matière batave est plus rebelle qu’une autre à la vie idéale. Pour dépouiller l’accent local, pour dégager l’idée du fait, force est de recourir à des expédients plus osés Rembrandt cherche dans le clair-obscur ce que les Florentins demandent à l’arabesque, les Vénitiens à la couleur, Et il arrive alors h dessiner sans bords, à peindre presque sans couleur, à construire et à modeler sans moyens apparents, et à créer d’un souffle ces choses qui sont dans l’art ce qui tient le plus clairement de la nature morale. Tout devient sentiment, reçoit du sentiment sa valeur et son sens. Et il parvient ainsi, à force d’intimité, à retrouver en profondeur

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