‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 123 sur 391 · LE GENIE DE REMBRANDT · texte numérisé non relu

LE GENIE DE REMBRANDT

qu'à sa tète et qui, en fait d’amours et de beauté idéale, se contentait d’une servante; ce manant, cet homme des bas-fonds, ce prétendu » homme de matière », c’était, un pur « spiritualiste », un homme qui vivait d’idées, changeait tout en idées, cherchait dans les idées le remède à la vie. Songez maintenant que cette âme est si ample, que du rêve épique de la Rancir au rêve voluptueux des Bethsabés et des Suzannes , elle traverse tous les styles, qu’elle va de l'héroïsme à 1' « élévation » et à la confidence, de « ce qu’il y a de plus intime à ce qu il y a de plus superbe ». et qu’elle a su nous peindre l’Evangile « comme il semble que Jésus l’a vécu ». Et d’avoir ainsi essayé de tout dire ; d’avoir, dans ce pays médiocre, sans public éclairé, sans traditions certaines, presque sans occasions pour les chefs-d'œuvre qu’il rêvait, voulu restaurer l'idéal , l’extraire de force de la vie; et de n’y avoir sans doute pas toujours réussi, mais de n'y avoir jamais renoncé, c’est peut-être ce qui fait de Rembrandt celui de tous les peintres qui nous donne positivement la sensation la plus précise de l’aspiration de l’infini.

L’influence de Rembrandt, Fabritius, Maes, etc. — L’apparition de ce personnage extraordinaire lit une émeute dans l’école. 11 tourna un peu toutes les tètes, et la jeunesse en masse accourut dans son atelier. R se faisait payer fort cher, à ce qu’on dit, et tirait de son enseignement une source de gros revenus. Ses élèves et le public en eurent-ils pour leur argent? Non sans doute, à en croire la réaction qui suivit, et l’abandon final où s’abîma le maître. Mais si l'on veut bien y regarder de plus près, on verra que la question est double, et que l’action de Rembrandt, si elle a échoué où on la cherche d’ordinaire, n’en a pas moins eu ailleurs les conséquences les plus fécondes.

Tout d’abord, comme chef d’école (il l’était à vingt ans), depuis 1627 à Leyde, puis à Amsterdan à partir de 1632, il joua un rôle décisif. Chaque fois qu’en Hollande on rencontre une scène biblique traitée d’une certaine façon, un tableau à turbans et à pantalons turcs, il y a fort à parier que Rembrandt a passé par là. Si les Abrahams , les Echelles de Jacob, les Reines de Saba, les Juda et Tamar firent rage pendant un temps, c'était l’heure où « hors de Rembrandt, il n’y avait pas de salut »

(. Houbraken ). Il ne manquait pas de talents dans cette nuée de néophytes. Jan Lievens (1607-1674), Go vert Flinck (1615-1660) et Ferdinand Bol (1616-1680) ne sont pas les premiers venus. Leur tort (c’était, fatal) fut de subir sans critique l’ascendant du génie. Il y eut des

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