LA. SCIENCE DES « VALEURS
neuse inversement très importante, et qu'on finit par ne plus sauver dans le clair-obscur que les rapports abstraits des couleurs évanouies. Ce langage a un nom, c’est la science des valeurs. Il va de soi qu’une telle pratique laisse beaucoup à faire à l’interprétation et au goût personnels, et que, dans la manière de doser, de choisir, de mêler le clair et l’obscur, de conserver le ton ou de le noyer dans le gris, d’étendre et de diluer la teinture dans la pénombre, il y a place pour une infinité de tempéraments et de sensibilités diverses.
La seconde conséquence dérive de la première. Désormais, et grâce à Rembrandt, il existe en peinture, pour le rendu de la vie, un principe spirituel, un système d’ellipses et de sous-entendus, un art du demi-mot permettant de tout v oir et de ne pas tout dire, de ne rien corriger et de tout embellir, une atmosphère émue qui vient baigner les choses et leur donner du prix. Il se mêle à l imitation un élément imaginé, une part d’originalité qui en fait tout le charme. Cette part de fiction, de goût, n’enlève rien d’ailleurs à la rigueur de l’observation. Elle n’est guère qu’une forme pittoresque d’attention et de bienveillance à l'égard de la vie. A côté de telles images, presque toutes les autres semblent manquer de fonds, légères, superficielles, quelquefois mensongères. Ce charme d’un Yermeer ou d’un Pieter de Hooch, analysez-le bien : c’est comme une vapeur de l’Évangile de Rembrandt, sa vision de la vie, son sentiment profond de la dignité humaine, transposés dans le train ordinaire îles choses, et devenus le trésor des plus humbles esprits.