‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 14 sur 391 · LE GENIE BAROQUE · texte numérisé non relu

LE GENIE BAROQUE

incomparable de sa nuque et de ses épaules. Mais les gestes sont nuis, le modelé s’estompe et le sentiment achève de s’évanouir. Il ne reste que l’organisation physique et le mécanisme d’un grand peintre. La reine Christine de Suède, en se rendant à Rome, voulut baiser la main qui avait créé tant de beaux ouvrages. C’est en effet tout ce qui demeurait de ce grand ouvrier. Il mourut le 22 décembre 1666, et fut enseveli dans le chœur de San Salvatore, en robe de capucin.

La Renaissance religieuse. Le style baroque. — Quoique quelquesunes de leurs peintures les plus fameuses soient des œuvres profanes, les Bolonais sont néanmoins les plus féconds des peintres religieux depuis les giottesques. Dans une foule d’églises d’Italie, la décoration est ainsi composée : dans une chapelle, des fresques pâles du xiv® siècle ; sur haute], un tableau bitumineux du xvn°. Ce sont les deux grands siècles de l’art religieux. Comme toujours, cette recrudescence correspond à l’avènement d’un grand ordre de moines. Le moyen âge avait eu les frères prêcheurs et mendiants. Le xvue siècle a les Jésuites.

Chacune de ces milices est une grande école de sensibilité religieuse. L’histoire de l’art est impossible, dans les sociétés chrétiennes, si l'on ne tient pas compte de ces merveilleux instruments d’éducation spirituelle, dont l’institution forme un des caractères les plus originaux de 1 Eglise. Les Jésuites sont le dernier des ordres monastiques qui ait laissé son empreinte sur les arts. Leur esthétique domine tout le xyii° siècle. Elle fait partie de I immense programme politique et moral issu du concile de Trente, au lendemain des désastres infligés à Rome par le protestantisme, et qui est connu sous le nom de Contre-Réforme. L’église du Gesii, sur les plans de Yignole, fut achevée en 1575, en quatre années seulement. Ce type d’architecture facile essaima en cinquante ans sur toute l’Europe, comme avait fait, quatre siècles plus tôt, l’architecture gothique avec les moines de Cîteaux. Seule une organisation de réguliers disposait du pouvoir de rendre un art universel et de faire régner sur le monde une idée générale.

Les conséquences de ce nouveau système, à l’heure où se produisait la réforme des Carraches, furent incalculables. La grande peinture nationale, la fresque, ne fut pas abandonnée. En ce genre, l’œuvre capitale est lecloîtrede San Michèle in Bosco, à Bologne, par Louis Carrache (1604) : ce n’est plus qu’une ruine. Mais Dominiquin est le seul maître de 1 époque dont toute l’existence se passa, comme celle d’un Alticltiero

ou d’un Benozzo Gozzoli, à narrer sur des murs d’églises la Légende dorée

Cliché Alinari.

Le Guerchin. — Martyre de sainte Pétronille. (Pinacothèque Capitalino, Rome.)

( Vie de saint Nil, à Grotta Ferrata 1609; Vie de sainte Cécile, à Saint- Louis des Français, Home, 1612).

Mais le fait décisif fut l’importance donnée au tableau d’autel. La

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