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PAYSAGE ET NATURE MORTE

Avant Ruysdael. .Ian van Goyen (1596-1656). — Un dirait que la terre ne nous attache pas en raison de ses beautés. Le Latin, pour lequel la nature a tant fait, ne songe pas à la peindre. Il se borne à en jouir dans une oisiveté intelligente. Le Hollandais a toujours eu la passion de son champ, de ses bois, de ses humides prairies : il savait ce qu'il lui en coûtait.

On a parlé plus haut des plus anciens paysagistes : Esaias van de Velde, Segers, Pieter Molyn; mais le trait spécial du paysage hollandais, son principe créateur, l'idée de traiter le pays comme un individu, une personne morale, d'en faire en un mol le portrait, apparaît pour la première fois avec Jan van Goyen

C’était bien une idée à naître dans une cervelle leydoise, dans une de ces tètes subtiles d’où sort, dans cette école, toute pensée un peu rare. Un nerveux, un inquiet, un génie impatient, simplificateur par essence, un cœur ardent et indécis, qui commence par essayer de trois à quatre maîtres, passe en France, revient à Haarlem, puis à Leyde, puis à La Haye, se lance dans les affaires, spécule sur les terrains, les maisons, les tulipes, s’y ruine et (mit par mourir insolvable, telle est cette figure étourdie et touchante d’artiste, de rêveur, de poète.

Ce n’est guère avant 1636 qu’il eut tout son talent. On ne peut s’empêcher d’observer que Rembrandt vivait encore à Leyde, qu'il y faisait du bruit, et que van Goyen quitte la ville la même année que lui.

Un vrai van Goyen est une toile neutre, vaste, incolore, incertaine. Le ciel, à l’ordinaire, en occupe plus des trois quarts. La troupe éparse des nuées la peuple de sa vie légère. Un lleuve reçoit leurs images, les répète et leur fait écho. Ainsi le tableau, formé de ces deux hémisphères, ne se compose plus que d’éther et de reflets. Du bistré à toutes les doses.

VAN (iOYEN ET LE PAYSAGE HOLLANDAIS

toutes les forces appuyées au cadre, graduellement atténuées à mesure qu’on approche du centre; à peine çà et là, dans ce monde de vapeurs, une demi-teinte plus prononcée, un bleu turquoise dilué là-haut, un coup de soleil oblique sur une voile jaunâtre, le rouge éteint d’un tricot de pêcheur : et ces notes parcimonieuses, dans l'effacement général des colorations, n'en paraissent que plus exquises.

C’est bien la Hollande, cette terre si humble qu’elle ne compte plus que par la fuite éperdue de ses perspectives, et que l’activité, le mouvement, la beauté du décor, par un renversement étrange, est dans le cieh Nul pays ne se couronne d’un charme plus immatériel. C’est, la contrée des larges fleuves aux ondes limoneuses, qui délaient et entraînent l’argile de leurs rives; la contrée où tout ce qui se voit, où tout ce qui s’élève, les frondaisons, les nuages, participe de l’air et de l’humidité, s’en dégage ou y retourne, — le pays de l’espace et de la brise, où tout est voile, haleine, souffle, où les belles tours de Flessingue, de Nimègue, de Dordrecht, semblent les mâtures de villes à l’ancre. Par ses calepins de notes, qui nous ont été conservés, on voit que van Goyen faisait de longues croisières en péniche. Yie marinière, douce et cheminante, au fil du flot, entre eau et ciel; vie paresseuse, immobile et nomade, au gré des heures, le long d’une nature en voyage, qui déroule lentement le spectacle de ses bords et le ruban de ses apparences... Cette existence est bien ce qu'il fallait à ce doux vagabond. Sa peinture même, un peu sommaire, un peu improvisée, d’une pratique blonde et floconneuse, ébauchée et charmante, exprime à merveille cette âme primesautière, aimable, vive, évaporée.

Cette reconnaissance sur les contours des choses laissait encore beaucoup à dire. Elle signalait tout, elle n’épuisait rien. Partout elle mettait les curiosités en éveil. Le branle était donné. Peaucoup suivirent ; Roeland Roghman (1597-lf>86), un maître âpre et mélancolique, montagneux, tourmenté, souvent pris pour Rembrandt, dont il était l’ami; Aert van der Neer (1608-1677), le prince des couchants et des nuits, encore un laciturne, un poète, qui a su comme personne ce qui se mêle de rousseurs, d irisations soufrées à la clarté lunaire, et comment l’eau noire d’un canal s’étame de pâleurs errantes dans les ombres. C’est encore J an Wynauts (1620-1679), un peintre des bois et de la dune, reconnaissable au hêtre mort qui signe scs premiers plans de son tronc ossifié ; Egbert van der Poel (1621-1664), un spécialiste des feux de joie et incendies nocturnes; l’aventureux Ail avl van Everdingen (1621-1675), qui alla chercher jus-

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