LES EXERCICES DE SAINT IGNACE
fresque était un genre nécessairement local, un idiotisme italien. Le tableau religieux permit au style des G arraches de devenir dans ses grands traits un style international.
L'église jésuite, en effet, avec ses pilastres appliqués, ses chapelles sans profondeur, réduites à l’état de niches? ne laisse presque aucune place pour la décoration murale. Il n’y a plus pour la peinture qu’un emplacement possible : sur l’autel. C’était mettre l’art de peindre dans les seules conditions qui pouvaient être européennes, celles de la peinture à l’huile. Et ce fait à lui seul est une révolution. La muraille a ses lois et ses convenances tyranniques. La fresque, lorsqu’elle n’est |pas une simple enluminure (comme au Campo-Santo de Pise, à la capella Riccardi, etc.), est par nature un succédané du bas-relief. Nulle différence essentielle entre la peinture ainsi comprise, et la sculpture. Et celui qui avait le plus intimement confondu les deux arts passa, pour cette raison, pour le plus grand des artistes. Michel-Ange appelait la peinture la « lune » de la sculpture (il voulait dire, le satellite). Et s’il dédaignait particulièrement la peinture à l’huile, « bonne pour les femmes », disait-il, c’est qu’elle est plus que l’autre éloignée de la statuaire, c’est-à-dire plus sensualiste, plus colorée, moins idéale, plus voisine en un mot de la nature et de la vie. Arracher la peinture au despotisme des sculpteurs, la décoller de la paroi, la constituer en tableau, c’était donc lui donner une existence propre, en faire un art indépendant. La peinture moderne date de là.
Caractères généraux. Martyres et Visions. — Les deux traits généraux du nouvel art religieux sont le naturalisme et le pathétique. Ils se tiennent. Ce sont les conditions d’un art qui se propose d’émouvoir à tout prix L’émotion, généralement absente des œuvres de la Renaissance, envahit celles du xvif siècle. C’en est fait pour longtemps de la sérénité et de la beauté pures. La culture méthodique du sentiment, tel fut en effet le système opposé par la compagnie de Jésus au rationalisme de la Réforme. Ces psychologues éminents créèrent une thérapeutique savante de la suggestion. Ils comprirent que l’homme se détermine, non par les idées, mais par les images. La peinture devenait ainsi un puissant auxiliaire. Leurs Exercices spirituels (1548) n’eurent pas moins d’importance sur celle du xvne siècle, que n’en avaient eu au xmc les Méditations de saint Bonaventure. « Le premier point, disent ces maîtres, c’est de construire le lieu en imagination, c’est-à-dire de se figurer qu’on voit les synagogues, les fermes et les villes que le Christ parcourait dans ses prédications... Il faut