‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 16 sur 391 · LE NATURALISME ET LE PATHÉTIQUE · texte numérisé non relu

LE NATURALISME ET LE PATHÉTIQUE

se figurer par une sorte de vision, un endroit matériel, par exemple un temple ou une montagne, sur laquelle nous trouvons Jésus-Clirist ou la Vierge Marie et les autres choses qui ont rapport à la méditation. » C’était pour les artistes l’obligation d’être positifs, de donner la sensation immédiate du réel. H suffit devoir au Vatican, la Communion de saint Jérôme par le Dominiquin (1614), en face delà Transfiguration de Raphaël (1519), pour mesurer la différence des temps et des langages. La touche, le dessin insistent, décrivent, spécialisent, échantillonnent les étoffes, les aubes, les crucifix, les chapes, analysent scrupuleusement les signes de la caducité chez le vieil anachorète, ses cuisses ravinées, les rides profondes de l’abdomen. L’œuvre est d’ailleurs fort belle, de beaucoup supérieure h celle de Louis Carraclie (Bologne), qui lui a servi de modèle. Rubens n’oublia pas l’exemple dans son chef-d’œuvre du musée d’Anvers, la Communion de saint François.

Mais le réalisme n’est qu’un moyen, le but est la production du pathétique. Les scènes émouvantes de la Passion, Crucifîments, Dépositions, les miracles frappants comme la Résurrection de Lazare, mais surtout les martyres de saintes et de saints, deviennent le thème ordinaire. Il y avait à cet égard des précurseurs dans les deux siècles précédents, principalement au xve siècle sous l’inlluence des Mystères. Dominiquin, dans son Martyre de saint Damien (Bologne) se borne à copier le chef-d’œuvre de Titien. Les maîtres d’autrefois s’efforçaient cependant de conserver une dignité dont leurs cadets ne se soucient plus : ils rivalisent d’horreur et de brutalité. Seul le Guide montre quelque retenue. C’est ce qui apparaît dans les fresques bien connues de saint Grégoire à Rome, sur la Légende de saint André (1608) oii l’on institua une sorte de concours entre le Guide et Dominiquin. Le Guide choisit le beau moment où le saint, conduit au supplice, aperçoit de loin la colline surmontée du gibet, et s’agenouille devant les instruments de son martyre. Le Dominiquin , au contraire, malgré son sentiment si tendre de la beauté, comme il fait le bourreau dans la fresque voisine ! Ce qu’il peint, c’est le chevalet même, la torture physique, les chairs lacérées parles cordes et volant en lambeaux. Et autour de ce hideux spectacle, il évoque un public d’enfants et de femmes ivres de sang. Cette affreuse esthétique va être pour longtemps commune à toutes les nations catholiques. On ne verra plus dans les églises, de Naples à Anvers et de Séville à Venise, qu’égorgements, langues arrachées, membres écorchés, poitrines où la place des seins se marque par deux disques sanglants. La peinture religieuse devient un jardin des supplices.

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