LES CONTRASTES DE L'ART BAROQUE
La première commande obtenue à Rome par Poussin fut celle d'un Martyre de saint Erasme , le saint dont les intestins furent dévidés sur un treuil \
Le plus souvent, pour faire contraste à la scène de boucherie, le ciel s'ouvre et la toile, plongée en bas dans le carnage, s’achève là-haut dans une gloire. On a les deux extrêmes de la gamme mystique, Àle comble de la douleur et de la béatitude. Alors le détraquement des nerfs est au complet, tous les points de la machine sensible se trouvent attaqués à la fois. Dans le Martyre de sainte Aynès par le Dominiquin (Pologne), les circonstances louches, le mélodrame bestial qui se passe sur terre, s’opposent à une vision céleste de la joie, à un concert de chérubins faisant résonner toutes les harpes et toutes les violes du Paradis. Même accumulation d’effets, même mélange d'impressions dans le chef-d’œuvre du Guerchin, la Sainte Pétronille . On exhume le corps de la vierge, son aine est reçue dans le ciel. Il y a là des choses funèbres et des choses joyeuses, de la pitié, de l’allégresse, un cadavre pesant dans son suaire, des fossoyeurs, un fiancé venu en habits patriciens voir ce que la terre fait de celles que nous aimons; il y a de l’ombre et de l’éclat, (les ténèbres et du rayonnement, beaucoup de romanesque avec des détails crus, de l'horreur ici-bas, de la grâce là-haut, une foule d’intentions, un art extrêmement composite, où les coups de lumière glissant sous les remous des nuées, s’unissent aux architectures oratoires de Véronèse. Ce style fait de disparates est précisément le baroque. Le dessin même devient plus capricieux, plus ondoyant dans ses contours, plus ému et plus émouvant. Et il faut avouer que de pareils tableaux, vus à leur place, dans leurs églises à la fois étincelantes et sombres, sur leurs autels de marbres précieux, dans leurs cadres à colonnes torses et à frontons saillants, tumultueux, cabrés, font encore une des harmonies les plus complètes qu’ait trouvées la peinture. Et après tout, n’est-ce pas le stvle de Rubens ?
Extases et gloires. Plafonds, coupoles. — Enfin la peinture de gloires devient un genre à part, comme à l’autre bout de l’échelle la peinture de supplices. Et ce genre, à lui seul, est prodigieusement fécond et varié.
Le meme goût de la cruauté se l'ait sentir dans les sujets profanes : Apollon écorchant Marsyas. Sénèque s'ouvrant les veines. ■ — Par contraste, la sensualité se montre dans les innombrables Bethsabé. Suzanne au bain. Lotli et ses filles. — Cruauté et lubricité mêlées dans Lucrèce violée par Tarquin.