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LA PEINTURE A SEVILLE

lion naïve et primitive, sauvage, prompt, caressant, cruel comme les jeux de l’enfant. Dès que les circonstances, le bien-être le permirent, dès que l’éducation technique fut terminée, l’éclosion se fit : nul printemps si rapide que sur ce terrain presque vierge. C’est sans doute qu'un tel art n’exigeait pas une longue élaboration d’idées. On va le voir se réaliser presque simultanément, avec quelques nuances, à Séville, à Valence. Mais la grandeur suprême ne sera réservée qu’à celui qui saura corriger Séville par Madrid, opérer la synthèse du Midi et du Nord. Toute l’Espagne aboutit en Velâzquez et s’y dépasse.

Les précurseurs : Roelas, Herrera le vieux, Ribalta. — A Séville, après de jolies lueurs (Alejo Demandés, Pedro Guadelupe), vite éteintes dans le maniérisme des Vargas et des Cespédès, la vie nationale, au début du xvne siècle, se réveille. L’aurore se lève dans les œuvres du prêtre Juan de las Roëlas Î1560 ?-1625), appelé El Clerigo.

On ne sait rien de lui avant la quarantaine. On présume qu’il a étudié à Venise. Mais son vrai charme, c’est d’avoir exprimé le premier ce caractère vainqueur de vie et de liberté, qui est la vocation du génie andalous. Son grand Saint-Jacques de 1609 (cathédrale de Séville), sur son glorieux cheval blanc, chargeant les Maures à Clavijo, culbute sans retour les bonzes de l’Ecole. Roëlas est déjà un grand peintre de sentiment. Son Saint Isidore mourant, sous un tlot de rayons, sous une pluie de roses, son Saint Herménégilde défaillant en extase devant les cieux ouverts, au milieu de son peuple en prières, sont des scènes d’église profondément espagnoles : tout bon Andalou devait rêver une telle fin. Ce prêtre aimable et pur a déjà l’âme de Murillo.

Mais Roëlas est inconnu en dehors de Séville, et c’est Francisco Herrera, dit Herrera le Vieux 1576-1656), qui usurpe sa réputation. C’était un génie à bourrasques, bizarre, colérique, insociable, suspect il eut une affaire de fausse monnaie) ; sa femme, sa fille, n’y tenant plus, se firent religieuses ; son fils s’enfuit en It alie, en emportant la caisse . Ces types tumultueux sont toujours populaires. Aussi les Espagnols tiennentils Herrera, comme les Flamands Van Noort, pour le créateur de leur style national. En réalité, ce bourru ajoute peu à son maître. Dans ses premiers tableaux, encore consciencieux, tels que le Jugement dernier (San Bernardo, Séville), célèbre comme étude de nus, il n’est guère qu’un disciple énergique de Roëlas. Mais bientôt l’énergie, la passion de la fougue et de la véhémence, dégénèrent en un style boursouflé et purement

ROELAS ET H ERRERA

décoratif. Son tableau le plus fameux, le Saint Basile du Louvre, au milieu

d’un concile d’évêques, de moines, de docteurs, figures épiques, préhistoriques, est au fond plus impressionnant que sérieux. Tout est sacrifié à une furie de brosse, à une affectation de rudesse superficielle.

Velâzquez a eu son Veenius en Paeheco (1571- 1664). C’est le dernier, et le meilleur, des italianisants. Mais le monument de sa vie n’est, pas un tableau, c’est un livre, cet Arte de la pvntura (Séville,

1649), qui est, pour éclairer l'âme du peintre espagnol, ce que le livre de Cenninc» est pour les Giottesques. D’ailleurs, ce théoricien poli, de belle éducation, de manières excellentes, eut le mérite rare de savoir deviner le génie le plus différent. L’art doit beaucoup à l’homme de cœur et de haute culture qui s’est, fait un honneur de la paternité spirituelle de Velâzquez.

A Valence, l’évolution esL plus rapide encore.

Cette terre est déjà une Libye, un brûlant Maroc d’aloès, de palmiers. Ici, nul intervalle de scolastiques, de

Cliché Lacoste.

Ribalta. — Saint Bruno. (Musée de Valence.) raisonneurs. Même les imitateurs, les

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