LA. PEINTURE A VALENCE
pseudo-florentins, « hispanisent » indomptablement. Il faut voir, à Cuenca, quel terrible patois les Llanos, les Valiez font parler à leur maître, le divin Léonard (v. 1530). Mais c’est Francisco Ribalta (155?- 1628) qui réussit le premier à rendre dans toute son énergie le tempérament du pays. En Italie, il s'amalgama tout de suite au mouvement d'esprits d’où allaient sortir les Carrache. Le flot portait à Corrège, à Parmesan, à Schidone : il le suivit; ce Valencien se sent de plain-pied avec ces Lombards. Il cherche le modelé saillant, Y « effet » par l'éclairage. Le praticien est sans charme, fort d'aspect, un peu rude; les idées sont parfois très belles. Le Saint François d’ Assise est une chose admirable (Valence). Voyez encore, au Prado, Y Ame bienheureuse et Y Ame en peine, ce double infini, si étrange, île douleur, de béatitude : voilà déjà les éléments de ce tragique africain, à grands contrastes de jour et d’ombre, de sauvagerie et de tendresse, qui va faire les frais de l’art de Ribera.
Jusepe de Ribera (1588-1652). — Le premier Espagnol à renommée universelle naquit à Jativa, le pays des Rorgia (12 janvier 1588). C’était un caractère éruptif et bilieux, d’une furieuse énergie : élève de Ribalta, il s’enfuit brusquement, à seize ou dix-huit ans et, seul, sur le pavé de Rome, mendie pour vivre, se fait laquais. Un taldeau de Caravage le frappe d’admiration : il part d enthousiasme à la recherche de l’auteur. Mais Caravage meurt (1609). Lejeune homme n’avait que vingt ans.
La période qui suit haigne dans une nuit profonde. On croit qu’il passa ce temps dans la Haute-Italie. On le retrouve à Naples, marié, en 1626. Quatre ans après, il est illustre. Il a quarante-deux ans. C'est un gentilhomme, menant grand train de valetaille, noble, fastueux, imprévoyant, au mieux avec les Vice-Rois, d’une piété exacte, hôte accompli pour tous les artistes de passage, très jaloux de son titre de chevalier du Christ et d’académicien romain. Tel il est déjà lorsque Velâzquez le visite en 1629. 11 conserva cette situation jusqu’à sa mort, survenue en 1652. Un malheur, l'enlèvement de sa tille par don Juan d Autriche, assombrit la fin de ses jours ; mais son suicide est une fable.
En somme, c’est une grande vie d’artiste. Vingt ans, Ribera fut le maître le plus couru de l'Italie entière. Par lui l’art espagnol, jusqu'alors ignoré, un peu provincial, entre dans la circulation : à Naples, il devient un fait européen. Tel est l’immense service que rend à son pays ce transfuge, ce déraciné, de taille si exiguë, de passions si grandes. Spagnolelto, f « Espagnole t ».
l’esthétique de ribera
Son art. L’esthétique du martyre. - — Le nom de Ribera est resté synonyme d’un art épouvantable de belluaire et de bourreau. En réalité, les témoignages contraires ne manquent pas dans son œuvre. Pas un de ses contemporains, fùt-ce Rubens ou le Guide, n’a été plus sensible à un certain idéal de grâce corrégienne. Mais le fait est que Ribera ne recherche
Cliché Auderson.
Ribera. — Le martyre de saint Barthélemy. (Musée du Prado, 1630.)
pour elles-mêmes ni la laideur, ni la beauté; son art sous ces deux formes, n’est que l’expression de la plus magnifique vie nerveuse qui ait été vécue.
Ce besoin d’émotions qui est toute l’Espagne, c’était surtout Valence, la Numidie d’Europe, la patrie des bandoleros, engeance de sicaires toujours prêts à un mauvais coup. Toutes ces féroces ardeurs, ces goûts de Borgias, cet appétit de tauromachies, d’autodafés, ce démon de drame et de carnage, passions d’une humanité très vieille, 1res blasée (ou toute