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LA TENDRESSE DE RIBERA

lu rb ans souquent gaillardement les drisses. L’écorcheur soulève déjà une des jambes du martyr; sa casaque écarlate semble rire au soleil d'une joie de cannibale.

Même dans l’antiquité, ce dur génie ne veut voir que le côté inhumain : Caton cïUtique hurlant, écartant sa plaie à deux mains (Séville), et les supplices de la fable, Sisyphe, Tantale (perdus), Ixion sur sa roue, Prome'thée dévoré (Madrid, 1632) : images infernales qui, dit-on, à les voir, faisaient avorter les femmes [Sandrart). C’est ce terrorisme artistique qui vaut à Ribera sa réputation sinistre. Mais ce tortionnaire éprouve la frénésie de vivre. Ses bacchanales, son Silène ivre (Naples), respirent le plus bestial bouillonnement de joie. U i liera est, au fond, une espèce de « néronien ». Toute son œuvre, à le bien prendre, doit être envisagée comme le programme d’une journée de l’amphithéâtre réglé par un entrepreneur de la décadence. Des « numéros » sensuels, comme son Duel ou son Match de femmes du Prado, y alternent avec des exhibitions cruelles, soit des « tableaux vivants » à sujets meurtriers, tels que Vénus et Adonis Apollon et Marsyas (Naples), soit des exécutions et des tortures toutes crues, comme les scènes de martyre énumérées plus haut. Ribera n’a rien de plus « latin » que cette tradition sanglante des jeux du cirque.

Les contrastes de Ribera. — Ces spectacles hideux dégagent, on le sait, une étrange volupté. Elle s’exhale chez Ribera dans toute une série d’œuvres parallèles aux premières. Ce contraste d’atrocités et de choses gracieuses, de réalités révoltantes et de rêves suaves, est la loi spéciale de cet, esprit singulier.

Il y a, en effet, chez ce « néronien », un artiste épris d’une beauté mignonne et virginale, la beauté d’une très jeune lille en qui s’éveille à peine la femme. Ce type d’ingénue, d’une innocence à faire rêver, dont le cœur n’a jamais battu, ignorant tout de la vie des sens, offre au milieu de ces tueries une sorte d’attrait paradoxalement pur. C’est la petite sainte aux bras grêles et au doux ovale, aux larges yeux de jeune animal étonné, une nappe de cheveux roux inondant ses épaules, qui apparaîtra désormais comme I « Eternel féminin » de l’école.

Et. comme par une sorte de méthode instinctive, on verrait alterner chez ce maître farouche une image brutale et une image tendre. Personne, dans un profil de femme, n’a su faire tenir plus d’italienne beauté, qu’il n’y en a dans le buste de songeuse accoudée, appelée la Sibylle (Madrid). Personne, dans un agenouillement, n’a mis plus d’abandon,

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