LE CLAIR-OBSCUR DE RIBERA
plus de ravissement que Ribera dans son Extase de sainte Madeleine. Mais le chef-d'œuvre, en ce genre, c’est la Conception de Salamanque (1635). La Vierge couronnée d’étoiles, dans l’immense manteau bleu que gonlle un souffle surnaturel, bondit, les pieds sur le croissant, au milieu d’un tourbillon d’anges, par delà le soleil : un élan surhumain l’emporte à travers les orages, tandis que, par une trouée de l'infini, apparaît Jéhovah. L’effroi se mêle à l'amour sur la face de l’immaculée. Murillo semble vulgaire auprès de tant de grandeur.
Mais déjà, par plus cl’un côté, Ribera touche à Murillo. Sa charmante Sainte Agnès de Dresde, avec son beau regard de pudeur immolée, garde encore quelque austérité. Mais le Saint Antoine de Padoue et le Saint Stanislas Kotzka tombent dans la dévotion de séminaire et la piété de sacristie. Comme Murillo, Ribera est un peintre de la Sainte-Famille. Toutes les mièvreries troublantes, qui montent des berceaux et des chastes alcôves, sont déjà au complet dans certaines de ses œuvres.
Seulement, chez lui, ces impressions sont toujours à corriger parleurs contraires. Elles n’existent qu’en fonction de leurs antagonistes. Ce système d’oppositions, ces « jets alternés » de douceur et de sauvagerie sont, dans cette âme implacable, la condition même de la sensibilité : c’est le régime émotif d’un homme qui a voulu obtenir de la vie, à chacun de ses instants, le maximum d’exaltation.
Le clair-obscur de Ribera. Dernières oeuvres. Son génie. — Ce génielà, on le connaît : c’est le génie de l’antithèse. Telle est encore la base du mode d’expression le plus constant du peintre, et la raison de son clair-obscur.
Clair-obscur très puissant, très neuf, et presque aussi original que celui de Rembrandt. Peu enveloppant, peu perméable, jamais très lin ni très intime, il ne transforme rien, ne dissout ni n’altère la couleur et la forme : le ton, chez Ribéra, conserve toute son activité, et rien ne lui esl [tins spécial que certaines notes surexcitées de pourpre furibonde. Mais, en ajoutant de l’ombre à l’ombre et de la saillie aux saillies, en plongeant tout le reste dans une nuit compacte, il semble dilater et épaissir autour des êtres une sorte d’obscure capacité tragique. La nuit, chez lui, estreeéleuse d’angoisse et de passion. L’ombre, même en plein jour, a un aspect vulcanisé. Alors, sur ces teintes fortes, se détachent en silhouettes pâles, ciselées, consumées par une étrange ardeur, des figures douloureuses, tachant de lividités mystiques le lugubre asphalte des fonds. Peinture de