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LE REALISME DE ZURBARAN

dans le jour souffrant de sa cellule, du fond de l’entonnoir plein d’ombre de sa cagoule, lève au ciel ses regards dilatés et sa face phtisique. C’était, dans une gamine triste, sévère jusqu’à l’austérité, sans nulle mise en scène, sans l’ombre d’un ornement, une apparition d’un autre âge et d’un autre monde. Du jour au lendemain, Zurbaran fut célèbre.

Sa vie est simple et sans histoire. C’était le fils de pauvres paysans de l’Estramadure. 11 naquit, le 7 novembre 1598, à Fuente de Cantos, petit bourg montagnard, aux confins de l’Andalousie. On y conserve encore une Immaculée Conception d’une raideur enfantine et d’une laideur touchante, qu'il peignit âgé de dix-sepl ans. Il entra ensuite à. Séville dans l’atelier du bon prêtre Juan de las Roëlas. Ce fut toute son éducation; jamais il ne sortit d’Espagne et ne parut tenté de faire le voyage d’Italie. C'était un homme modeste, d’une grande simplicité de mœurs, très pieux et très droit. On voit, par une signature, qu’en 1033 il avait le titre de « peintre du roi ». En 1650, à l’instigation de Velâzquez, il fut appelé à Madrid pour les travaux du Buen-Retiro. Mais il était moins à son aise à la cour que dans les églises. Sa dernière œuvre est un Expolio (Christ dépouillé de ses vêtements) dans l’humble paroisse de Jadraque, village perdu de l’Estramadure. On ignore le lieu exact et la date de sa mort (1662 ou 63). Une de ses filles prit le voile au couvent de la Mère de Dieu.

Son art. Réalisme et mysticisme. — L'œuvre de Zurbaran est exclusivement religieuse. Elle fut peinte tout entière pour des chartreuses, des carmels, des couvents, des églises. Il fallut un ordre du roi pour l’engager à entreprendre ses seules peintures profanes, les douze Travaux (T Hercule (Madrid, 1650), ouvrage malheureux, qu’il n’acheva même pas. Même comme portraitiste, il ne veut pour modèles que des moines. 11 n’est pas seulement ecclésiastique, il est proprement monacal. Sa peinture a endossé le ci lice et ceint la corde. Elle est pour lui bien moins un art qu’une œuvre pie, un moyen de sanctification.

Il suit de là que les trois quarts de son œuvre, depuis le retable de Saint-Pierre à Séville (1624) jusqu’à la Conception de Pestli (1661), ont pour objet de peindre la vie surnaturelle. Or, Zurbaran est peut-être le cerveau le plus strictement « objectif » qui ait jamais été. On a dit qu'il semblait avoir résolu de se passer entièrement d’imagination : et ce parti pris, ou plutôt cette incapacité absolue d’inventer, ressemble en effet à une gageure. Est-il vrai que son maître Roëlas le mit, pour tout ensei-

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