‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 183 sur 391 · LES INFANTES DE VELAZQUEZ · texte numérisé non relu

LES INFANTES DE VELAZQUEZ

d’une mule? Que reste-l-il de la femme dans ces petites créatures pyramidales et baroques, sans jambes, enterrées dans les cerceaux de leurs « garde-infantes », pareilles à des idoles raffinées et sauvages, à peine moins monstrueuses que les tristes hombres de placer qui rampent autour d’elles dans l’ombre des aleazars ? Il faut les avoir vues, à Vienne et à Madrid, pour savoir ce qu elles sont devenues, grâce au magicien, ces inconcevables poupées. Par la vertu de quelques accords, argent et rose, noir et or, par la délicatesse de quelques nuances encore plus simples, des blancs, des gris, par l'aérienne subtilité et la caresse de l’atmosphère, la légèreté des tulles, la transparence des gazes, le miroitement des satins, — les voilà transformées en princesses de féerie, en apparitions d’une chinoiserie hiératique et exquise, telles qu’on en voit peintes sur les kakémonos de Mitsunori, d’Harunobou. C’est quelque chose d’impossible et d’obsédant, de fol et de délicieux. Nulle part, mieux que dans ces peintures absurdes et merveilleuses, on ne comprend ce culte effréné de la femme (Notre-Dame des Espagnols!), cette tentative désespérée pour la diviniser et en faire une espèce de spectre surnaturel, objet de désirs frénétiques et source de torturants plaisirs.

Les Pileuses et les Ménines. Dernières oeuvres (1651-1660). — Cette poétique, restait à l’appliquer à la reproduction, au « portrait » de la vie dans toute son étendue et sa diversité.

Depuis longtemps, sans reparler de ses premières peintures, Velâzquez s’exerçait à de petits sujets, à de légers tableaux de genre ou de sentiment, comme il en avait vu peindre à Home dans l’atelier d’Elsbeimer ou du Bamboche. C’est ainsi que de son séjour à la Villa Médicis, il rapporte les deux études exquises du Prado (1630), études de jardins et d’ifs encadrant un portique vermoulu, et qu’on prendrait déjà pour deux pages de Corot. Ce sont deux « notes », deux feuillets de journal intime, où l'artiste, sans y penser, s’est laissé aller à l’ivresse d’une matinée romaine. Et à plus d’une reprise il continua ce « journal », tantôt nous laissant le spectacle d’une Chasse royale (Londres), tantôt séduit par un beau dimanche d’Espagne, avec sa foule d'oisifs prenant le frais au bord d’un fleuve (E ue de Salamanque, Madrid, 16£7). Toutes ces pages se ressemblent par un cachet de spontanéité et de dilettantisme. Leur technique est fort en avance sur celle des œuvres contemporaines. Et ce sont les jalons qui mènent aux Fileuses et aux Ménines.

On ne sait rien de l’origine de ces deux œuvres incomparables (vers

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