L IMPRESSIONNISME DE VELAZQUEZ
les plus électriques, n égalent ce pouvoir de donner à la vie un charmé d’enchantement et d’apparition.
4° Tout ceci suppose dans le langage une transformation profonde. Tout a l’air réel, et tout est imaginaire Cet amas de touches sans lien, cette houe de couleurs n évoque rien de matériel, elle n’exprime aucun objet ; elle ne représente que des sensations, c’est-à-dire un nouveau « rapport », encore plus spécial, entre l’artiste et la nature. Dès lors, tout change d'aspect et de signilication. Rien n’a plus la valeur textuelle et positive qu’on aurait cru d'abord. Chaque touche est esprit, et ne traduit autre chose que de l’émotivité. Par là, la reproduction des choses les plus humbles obtient une valeur inconnue. Partout, à la réalité, à la description des faits, se substitue on ne sait quoi de plus intime et de plus rare, .qui en est l'image abrégée dans la conscience du peintre le plus artiste qu'on ait vu. Une réalité nouvelle prend la place de l’autre. On n’a ici que le plus beau des tableaux intérieurs. De là cette peinture au rebours de toutes les autres, la plus individuelle qui fut rêvée jamais, cette sténographie qui ne dépose sur la toile que le résidu le plus exquis de la sensation pure; de là celte optique spéciale, et cette impression quasi mystérieuse qui donne à une scène réelle une puissance d'hallucination.
5Ù Mais ce qui confère enfin à cette œuvre sa portée, c’est qu elle est vraiment « infinie ». Tout autre fragment de l’univers aurait les mêmes titres à être représenté : il n’v manque qu’un Velâzquez. Ce morceau sublime n’est toujours qu’un morceau, une scène détachée du spectacle éternel, une image dans le tlot d’images qui s’écoule depuis l’origine des choses. La vie déborde île toutes parts. Aucune peinture n’est moins limitée, et ne laisse mieux sentir, sous les apparences fuyantes, le cours de l'être universel.
C’est là le sentiment que donne seul le grand art. Et par là, ce tableau de la réalité la plus particulière arrive à la plus haute des généralités. Sous cette vision de la cour d’Espagne au xvnc siècle, on aperçoit l’immense courant, le ûeuve profond de la vie.
Une fois là, Velâzquez semble réellement tout comprendre : la vie et toutes ses expressions, les faits et les symboles, personnages réels et personnages divins, lui semblent autant d’apparences qui manifestent également le fonds de la nature. Ses dernières œuvres sont toutes classiques. Comparez son Esope , son Ménippe du Prado, aux philosophes et aux géomètres, aux Diogènes et aux Pythagores de Giordano, de Ribera : au lieu de caprices sans conséquence, on y voit cette fine hvpothèse que la