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VELAZQUEZ ET LA PEINTURE CONTEMPORAINE

La vérité y est. Mais où est la magie du maître ? On trouve encore un reflet de lui chez Claudio Coelio (1625 ?-l694). Son tableau de la Santa Forma (Escurial), une Messe de Bolsène espagnole, est une de ces pages rituelles où font merveille la pompe et l’ordre catholiques, et où de beaux portraits ajoutent de la vie à la solennité. C’est une œuvre solide et curieuse. Qu’en eût. fait cependant la main qui a peint les Ménines ?

On s’explique mal cette faillite de l’école de Velâzquez. Sans doute les temps n’étaient pas mûrs. Le pays, qu’allait enivrer le charme de Murillo, ne pouvait suivre l’exemple de cette extraordinaire liberté intellectuelle.

Ce n’est qu’au dernier siècle que Velâzquez devait avoir une véritable école. Goya reconnut en lui le duca e maestro ; il s’empara de son admirable sentiment de la vie, en y mêlant son romantisme, son « volcanisme », et en y ajoutant sa foudroyante exécution, son frénétique « impressionnisme ». On aperçoit en Velâzquez le glorieux initiateur de la peinture moderne. « II est des nôtres! », s'écrie Wilkie, et il voit en lui Reynolds, Romney, Raeburn, Lawrence même anticipés. Mais c’est en France que le grand ancêtre prend un rôle prépondérant. A mesure que les idées modernes se précisent, et que reculent inversement les traditions gréco-romaines, Velâzquez grandit en quelque sorte de tout ce qu’on voit perdreaux maîtres du passé. A dater de 1860, il occupe dans l’art une situation sans rivale. C’est, du Prado que sort la génération nouvelle, les Bonnat, les Henri Régnault, les Garolus Duran, les Edouard Manet. C’est la vraie « école de Madrid » !

Vers 1880, enfin, la mode du Japon et la formation d’une nouvelle école (les Claude Monet, les Sisley, les Renoir) permirent de nommer ce qui restait à l’état de sentiment confus. Velâzquez fut salué le père de 1’ « impressionnisme ». Cela dit, notre « impressionnisme » ressemble-t-il au sien ? Ce qui fait le fond du nôtre, la « division du ton », le système du papillotage et du « choc nerveux », lui reste complètement étranger. Velâzquez n’analyse rien, ne décompose pas plus que ne le fait la nature. Et depuis cinquante ans qu’il est le maître de l’art moderne, a-t-on réellement ajouté à ce qu’il a dit ? Et toutes les œuvres réunies de ses nouveaux disciples égalent-elles la prodigieuse commotion de vie que dégagent les soixante Velâzquez du Prado?

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