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LA VIE DE MURILLO

Christ mort pleuré par un ange, son Christ à la colonne du Prado, seraient des œuvres émouvantes, si le style n’y portait des traces de mollesse et de débilité. Mais ces rondeurs un peu fades et un peu pommadées durent ravir un publie rebuté par le modelé plat, les arêtes dures, la sécheresse de Zurbaran. Un élément de plaisir jusque-là inconnu à cette école austère, ou avivé d'une pointe de sang', se fait jour et s’exprime ici à l’état pur. C’était le mouvement naturel d’un art fondé sur la culture exclusive du sentiment : après le surmenage, la tension de Ribera, une détente devait se produire. Bientôt après le prélude un peu froid de Cano, l’Espagne sentimentale va s’épanouir complètement dans l’œuvre la plus populaire qu’ait produite son école, celle de Murillo.

Murillo (1618-1682). — C’était un pauvre enfant du peuple, orphelin à dix ans, élevé par une tante, et dont la vraie patrie fut la rue, la délicieuse rue d’un faubourg de Séville, avec ses jeux à l’ombre, ses dîners d’épluchures, ses stations émerveillées aux fêtes des églises. Il a vécu la vie de ses muchachos et de ses va-nu-pieds. De ses premières études chez le médiocre Castillo, nous savons peu de chose. Et nous ne savons rien non plus des tableaux que le pauvre garçon tâchait de vendre à la feria , le marché en plein vent où venaient se fournir les curés de village, les paysans en quête d’images de sainteté, et les pacotilleurs qui faisaienl le commerce des Indes. Cette pauvre et poétique jeunesse fut pour lui la meilleure école. Là se forma son sentiment. Il avait vingt-quatre ans lorsqu’un camarade, Moya, revenant d’Angleterre où il avait été l’élève de van Dyck, lui montra ses cartons et lui donna le désir de connaître les maîtres. Tant bien que mal, il se rend à Madrid. Il n’alla pas plus loin. Velâzquez accueillit son jeune compatriote, lui ouvrit les musées royaux, l’Alcazar, l’Escurial. Il y demeura trois ans. En 1645, il était de retour à Séville. Ce fut son seul voyage avant celui qu’il lit, trente-cinq ans plus tard, à Cadix, où il se brisa les reins en tombant d’un échafaudage. Il mourut à Séville, le 3 avril 1682, à l’âge de soixante-quatre ans.

C’est une vie très pure et toute régulière. A partir du retour de Madrid, immédiatement suivi des peintures fameuses des Cordeliers, elle se passe tout entière dans le même horizon, où l’artiste avait reçu ses impressions d’enfance, et qu’il ne souhaita jamais de changer pour un autre. Il n’aimait que sa chère Séville. Il y vivait célèbre, presque adoré. Dans cette ville d’églises et de couvents, il est le peintre favori des couvents,

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