I. OEUVRE DE MURILLO
des églises et celui de ce peuple enfant et gracieux qui veut dans la prière l’émotion de l’amour. Là, il coule des jours aisés et laborieux, sans trouble et sans nuage, mêlant ingénument dans ses charmantes peintures la vie quotidienne aux choses surnaturelles. Ses portraits montrent un visage carré, positif, un peu gras, nullement visionnaire, qui regarde bien en face et voit bien ce qu’il voit, le visage d’un honnête homme, réfléchi, ouvert, peu profond, avec un grand charme de douceur el de simplicité. Il y a sur les traits comme une onction ecclésiastique.
Il a vécu ainsi une vie harmonieuse, enviable, entre ciel et terre, toute occupée à édifier, à contenter des âmes naïves, à raconter de belles légendes auxquelles il croyait de tout son cœur. 11 a exercé pieusement, dans une religion douce, le ministère de la foi. Ses meilleures œuvres, il les a peintes pour décorer des cloîtres. C’est là qu’il faut les voir, dans ces églises d'Espagne, si charmantes avec leurs draperies d’alcôves, leurs autels à l’air de commodes, leur ameublement de boudoir, ces églises où l’ombre est lourde de parfums, où l’on roule des caisses d’orangers, de jasmins et où, aux jours de fêtes, on lâche de petits oiseaux.
L’oeuvre de Murii.lo. — Les critiques espagnols distinguent dans son œuvre trois époques ou trois manières : la manière froide , la manière chaude et la manière vaporeuse . C'est une division pédantesque et gratuite. Qu’on prenne au Louvre la Cuisine des Anges qui est de 1646, la Naissance de la Vierge qui est de dix ans plus tard (contemporaine de la fameuse Vision de saint Antoine de la cathédrale de Séville), enfin la Sainte Famille de 1670, on n’y remarquera autre chose que 1 évolution naturelle d’un talent qui dès l’origine poursuit le même idéal, la transfiguration poétique de la vieil est déjà tout entier dans le premier de ces tableaux. C’est l’histoire d’un pauvre capucin, saint Diégo, lequel, confiné aux plus vils offices du couvent, était favorisé de consolations divines. Ici, comme ce sera souvent le cas chez Murillo, il s’agit d’associer dans la même action la vie surnaturelle et la vie familière, la réalité la plus humble et ce qui relève de la vision. Il y a un homme en extase élevé dans les airs, des anges qui font le service du réfectoire et lavent les écuelles; des spectateurs qui regardent par l’entrebâillement d'une porte, et considèrent très humainement ce mystère au-dessus de l’homme. Et cependant, entre ces éléments si divers, pas un désaccord, un hiatus. La nature morte est admirable. L’éclairage pauvre, la froide atmosphère conventuelle, la phy-