I.ES « DEUX CADAVRES » DE VALDES I.EAL
la terre et le ciel, il se jeta dans l’enfer. Son oeuvre la plus célèbre est son double tableau sous le buffet d’orgue de cette église de la Caridad, queMurillo avait illustrée de chefs -d’œuvre. Il y peignit, en une sorte de diptyque lugubre, une hideuse Vunitas et une allégorie du Triomphe de la mort. Rien n’est plus fameux en Espagne que le tableau des Deux cadavres : peinture de charnier, vision d'un pourrissoir où deux corps, tête-bêche, celui d'un gentilhomme et celui d’un évêque, grouillent de vers infects et grimacent en se décomposant, — une vue, disait Murillo, « à se boucher le nez ».
Ainsi l’art espagnol, soumis .à sa loi spéciale de la recherche de l’émotion, linit par s’y user; la sensibilité blasée et pervertie achève de se déshonorer. Francisco Ui/.i ne craint pas de célébrer, au Prado, le grand Autodafé de 1680 , une œuvre qui a son prix comme document d'histoire, d’ailleurs officielle et plate, et d'autant plus terrifiante. Mais de plus en plus c’est l’esprit de Murillo qui l'emporte. On tombe dans une espèce d’enfantillage sénile, dans la galanterie et la berquinade dévotes. 1). Miguel de Tobar 1078-1758 et German de Llorente (1685-1757) représentent cet art écœurant. La Vierge de celui-ci, au Prado, la Divine bergère, paissant de blanches ouailles qui tendent vers elle, en cercle, leur bouche lleurie d’une rose : voilà où en est venu le pavs de Zurbaran !
Du moins, cette chute est logique. D'un bout à l’autre de son histoire, l’Espagne est conséquente : elle vit et meurt d'un même principe. En effet, elle ne subsiste qu’en dévorant sa propre substance. Avec son réalisme apparent et si fort, elle ne fait aucun cas de la réalité : elle n’en veut que le pathétique. Son art ne se renouvelle pas par l’étude désintéressée du monde extérieur. C’est l’école la plus pauvre en genres secondaires. Le paysage n’existe pas : qu’est-ce qu’un Franscisco Collantès (1599- 1656), un Ignacio Iriarte 1620-1685), comparés à la foule des paysagistes hollandais? Un ne cite qu’un « mariniste » — il était de Cadix, - — et on n'a pas un tableau de lui. Juan de Tolède 161 1-1665) représente seul le genre des « batailles ». La nature morte n'a qu’un spécialiste, le puissant Antonio Pereda 1599-1669); les fleurs, qu’un Juan de Arellano (1614-1676) et un Bartolomé Perez (1634-1693).
Jusqu'à la lin, les trois ou quatre écoles dont l’ensemble forme cette école péninsulaire, persistent à s'ignorer l’une l’autre et conservent jalousement leur physionomie et leur accent local : Séville va s’affadissant avec la queue de Murillo : Valence, avec Giiarte, Conchillos et