LUC A GIORDANO EN ESPAGNE
Gaspar de la Huer ta, cultive jusqu’à l’extrême décadence les ferments de l’art de Ribera. A Madrid, le petit groupe des Donoso et des Francisco de Solis, des Sébastien Munoz et des Théodore Ardemans, continue autour de Coëllo un reste des traditions de Velâzquez. Mais les genres ni les talents ne se renouvellent plus. Le trésor se vide. La longue léthargie espagnole commence. Dès 1679, Mme d’Aulnoy note dans son journal que les peintres « qui travaillent ne sont pas du pays : ce soûl des Flamands, des Italiens ou des Français qui viennent s'y établir ». L’art espagnol s’éteint. De nouveau, ce sont des étrangers qu’on appelle à Madrid. Coëllo n’est pas mort, qu’on fait venir de Naples (1692), pour conduire et exécuter les grands travaux de l’Escurial, le fà presto en personne, Luca Giordano. Encore Gionlano est-il un élève de Ribera, et d’ailleurs un magnifique tempérament. Mais en 1700, lorsqu’il part, le Bourbon, petit-fils de Louis XIV, installé sur le trône, n’a rien de plus pressé que donner la place à un Français : c’est le médiocre Antoine flouasse, auquel succède son fils, le triste Michel-Ange flouasse, remplacé lui-même par Jean Ranc, élève de Rigaud, et en second lieu par Louis Michel Vanloo, un petit-fils de Hollandais francisé, lequel reste en Espagne jusqu’en 1752. Pour ces cinquante-deux ans, le mot de Louis XIV est littéralement vrai : il n’y a plus de Pyrénées.
La fondation des Académies. Conclusion. — Qu’a fait l'Espagne pour s’opposera cet envahissement ? Quel effort a-t-elle tenté pour concentrer sa résistance? Elle fonde une Académie.
Cette Académie espagnole, ouverte à Séville le 11 janvier 1660, se composait de vingt membres, sous la présidence à vie de Murillo. Je n’ai pas à raconter ici les démêlés que le directeur eut à souffrir de la part de ses deux assesseurs, Herrera et V aidés Leal. Mais on ne peut s’empêcher de remarquer l’étrange simultanéité de ce mouvement académique à travers toute l’Europe. On dirait que toutes les écoles se sont donné le mot. L’Académie d’Anvers, sous la direction de Téniers, se crée en 1663. En 1666, Lairesse débarque à Amsterdam. La Teutsche Akademie de Sandrart date de 1675. Faut-il faire observer que partout ce mouvement coïncide à peu près avec la fin des écoles nationales? Je ne dirai pas qu’il l’explique, mais il en est au moins le signe ou le symptôme.
Dans un seul cas, la fondation d’une Académie est le prélude, la condition d’un développement important : essayée dès le début de 1648, l’Aca-