SIMON VOL' ET
Claude Lorrain cinquante-quatre. Le Guaspre naît et meurt à Rome. Il y a une différence à faire entre ce petit groupe de Romains adoptifs et ceux qui, après un stage plus ou moins long, reviennent exercer leur art dans leur pays. On verra que ceux-ci sont les plus superficiels, les autres les plus sérieux; les premiers voient surtout les maîtres contemporains, les autres l’antique et la nature. Leur action sera diverse comme leur esprit, mais ce ne sont pas, on s’y attend, les plus graves qui seront les plus suivis ni les plus écoutés.
Les décorateurs : Youet, Peurier, etc. Les hôtels. — L’homme du jour, à Paris, c’est Youet (1590- 1 649) . Youet n'a rien d'un grand homme, mais c’est un hahile homme, et c'est surtout un homme représentatif. Ils sont autour de lui une demi-douzaine, le Bourguignon Perrier (1590-1650), le Tourangeau Yignon (1594-1670), le Parisien Blanchard (1600-1638), qui font à peu près les mêmes choses et décorent de pair avec lui les hôtels de la finance et de la magistrature. Ce sont des gens expéditifs, de verve facile et brillante, de moins d'imagination que d’esprit, de plus d'adresse que de souffle, et qui manient ingénieusement le dictionnaire de la Fahle dans le décor théâtral et plafonnant de Véronèse.
Cet idéal pompeux et fort impersonnel, Simon Youet a le mérite d’en être le représentant accompli. Sans être une figure, c’était un personnage. Rome l’avait fait prince de l’Académie de Saint-Luc. De retour à Paris en 1627, il allait être, pendant quinze ans, le plus en vogue des artistes du temps. Avec ses deux frères, ses deux gendres et son neveu Michel Corneille, il suffisait à tout et faisait une puissance. Tout le siècle a passé par l’atelier de Youet.
De cette œuvre considérable, il reste aujourd’hui peu de chose, mais il est facile d’en juger par les gravures de Tortebat. L ’ Aurore de Chilly, chez le marquis d’Efliat, n'est guère qu'un composé de celles du Guerchin et du Guide. L ’ Adoration des Mages de la chapelle de l’hôtel Séguier (1638), est une page à grand orchestre, pleine d’ostentation et de clinquant, avec des étendards au poing des cavaliers, des centurions et des licteurs aux attitudes ronflantes, des nègres à turbans, des écroulements d’hermine aux épaules des vieux satrapes, et des brûle-parfums fumant sur des halustres. Ce Noël est traité en « triomphe ». Il faut voir le Nubien qui. debout ;i Y avant-scène, fait rage de ses joues gonflées et s’époumonne dans une trompette. Puer na tus est nobis : 1638 ! l’année de la naissance