PHILIPPE HE CHAMPAGNE
du Dauphin ! Cet appel de trompes, c’est la fanfare qui sonne le lever de rideau du siècle de Versailles.
Les peintures de Perrier à l’hôtel La Vrillière (Banque de France) sont le seul ensemble important qui subsiste de cette époque. C’est une réédition de la chambre îles Dieux au palais de Mantoue, ou de la galerie des Carraches. L’Olympe n’est plus ici qu’une féerie d’opéra. Mais que ce style de fête a encore d’agrément ! Comme ces bourgeois connaissaient leur Ovide et leur Stace ! Comme de telles peintures évoquent une société !
Sans doute, ce n’est là que de l’art de reflet. Mais le peintre est de si belle humeur ! Les réminiscences mêmes dont son œuvre est cousue, ses plagiats, comme nous dirions, le recommandaient plutôt aux yeux des .« honnêtes gens » : c’étaient d’ « heureux larcins » qui faisaient profiter la langue des richesses étrangères, de belles citations qui ornaient le discours. Il est clair que Vouet et ses émules manquent d’individualité, mais ils ont rendu des services. Leur art est vide, c’est vrai, mais ils ont assoupli la forme. Cette école française, si nulle, ils ont su réussir à lui assimiler la substance de la Renaissance. La galerie La Vrillière est de 1645 ; en 1649 Vouet meurt, et Le Brun entre en scène à 1 hôtel Lambert.
Philippe de Champagne (1602-1674). — Au milieu de ces « utilités » et de comparses de moindre rang, tels que Laurent de la Ilyre (1606- 1656), Charles Errard (1607-1689) et Louis de Boullogne (1609-1674), un homme tranche par un grand air de dignité morale, un sentiment plein de pudeur et une beauté de vie intérieure qui touche et imprime le respect : c’est Philippe de Champagne, le peintre de Port-Royal.
C’était un Flamand de haute taille et de forte santé, ayant le flegme de sa race, une charmante candeur, placide et virginale. Il vint à Paris à dix-neuf ans (1621), s’y maria et ne bougea plus guère. On l’estimait beaucoup. Jusqu’à la mort de Richelieu, il fut avec Vouet le peintre le plus occupé de l’école. Ses œuvres profanes et sacrées se distinguent d’ailleurs à peine des œuvres contemporaines. Champagne manque totalement d’imagination. Mais le portraitiste est admirable. Il n'y a pas de plus beaux portraits de l’école flamande que ceux que nous avons au Louvre : le Président de Mesmes, les Echevins, le Louis XIII ou le Richelieu. Ce n’est pas que ces figures soient d’un observateur pénétrant, encore moins d’un amoureux de la forme individuelle, comme van Dyck. Mais elles sont d’une probité, d’un sérieux, d’une vérité imposants. Il y