‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 213 sur 391 · POUSSIN ET L’ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

POUSSIN ET L’ANTIQUITÉ

La doctrine de Poussin. - — On oublie trop que Poussin est en son temps un novateur. Qu’on se rappelle la situation : on est en plein baroque. Avec les Josépin, les Lanfranc, les Maratte, la préciosité règne sur toute la ligne, à moins que ce ne soit le romantisme à rebours, l’école brutale de Caravage. Ce sont là, aux yeux de Poussin, deux charlatanismes également malhonnêtes, également éloignés de la réalité, et procédant tous deux d’un même libertinage, la soumission de l’art au caprice de l’individu. Il est temps de le soustraire à l’anarchie des goûts et des tempéraments, de le prémunir contre le désordre et l’arbitraire du « Moi », et de lui rendre le sens salutaire d’une discipline : à quoi Poussin pourvoit par sa doctrine de 1’ « imitation »

Il y a eu un peuple d’artistes, un peuple qui tout entier fut un public de connaisseurs, et dont la grande affaire fut de créer le beau. Seule au monde, la Grèce fit de la vie une oeuvre d’art. Pendant mille ans, elle eut des poètes, des penseurs, des sculpteurs, des peintres occupés à perfectionner quelques types exquis, et à les rendre de jour en jour plus accomplis et plus aimables. Leur Olympe est le plus parfait des abrégés du monde, le plus beau répertoire des formes de l’existence. Grâce à une étude constante et de plus en plus réfléchie de certains attributs de proportion et de nombre, il n’est aucune des qualités de jeunesse, de force, de puissance, de vénusté, que ces maîtres incomparables ne fussent arrivés à rendre par des formes appropriées et des mesures définies. Ils avaient constitué ainsi un trésor d’observations, un vocabulaire merveilleux, auquel il n’est permis d’ajouter quelques traits qu’en commençant d’abord par en comprendre la profondeur et par en pénétrer les lois.

Se mettre à l’école de l’antique, ce n’est donc nullement s’écarter de la nature, mais c’est y revenir ; c’est apprendre à se conformera la réalité 11 est vrai que Poussin n'a guère eu sous les yeux que des antiques de troisième ordre. Mais la merveille, c’est qu’à travers des modèles inférieurs il ait su retrouver dans sa fraîcheur originelle le véritable esprit antique.

C’est là le prix de l’œuvre de Poussin, mais c’est aussi la part d’illusion que comporte son système. Ce qu'il donne pour une règle objective ettoute rationnelle, repose au fond sur le sentiment le plus particulier, et même sur une physiologie tout individuelle. Rappelez-vous ces yeux débiles, aux bords endoloris, ces yeux que blesse l’éclat et le chatoiement des apparences, peu aptes à en saisir le détail et le fourmillement, ce regard de presbyte, impuissant et trouble de près, et qui se pose à l’horizon, où les lignes s’apaisent, et oii le contour des choses atteint au calme et au

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