‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 226 sur 391 · I. B CLAIR-OBSCUR DE LORRAIN · texte numérisé non relu

I. B CLAIR-OBSCUR DE LORRAIN

de ses Tarses, de ses Tyrs et de ses Skions : peu importe le nom qu'il prête au cadre de ses rêves. Quelques éléments invariables, souvenirs de Venise, de Gênes ou de Naples, mêlés de quelques motifs romains (le Capitole, l’Arc de Titus, la villa Médicis) lui suffisent pour édifier le monde de ses mirages. Tel est le clavier, assez réduit en sa magnificence, sur lequel il n’est jamais las de voir jouer le soleil, le divin virtuose.

Quel que soit en effet le prétexte de l’ouvrage, ou le nom du décor, ou le lieu de la scène, le soleil est le grand personnage, ou plutôt le roi et le héros. La mer. les quais, les môles, les jetées et les phares, les larges perspectives qu’ennoblissent les Panthéons, ne servent pour ainsi dire que de surfaces réfléchissantes qui réverbèrent la gloire de l’astre. Son globe, suspendu comme une lampe d’or au centre même des choses, un peu au-dessus de l’horizon qu’il inonde de ses derniers feux, illumine l’univers rangé en cercle autour de lui. Le tableau irradie de ce foyer de lumière et semble l’émanation directe de sa splendeur.

De là cette composition concave, par orbes concentriques, et cet art des « valeurs » que la France n’a jamais bien connu, et que Claude a trouvé dans l’héritage d’Elsheimer. De là ce clair-obscur dont Claude est un des maîtres, cette atmosphère superbe oii baignent ses idées, et qui est le principe ou l’élément de son lyrisme. Il choisit d’habitude les heures extrêmes du jour, celles de l’aurore ou celles du soir, lorsque le soleil bas à l’orient ou au couchant, jette sur la face du monde ses flammes horizontales. Aucun nuage ne ternit, aucune vapeur ne trouble 1 immobile sérénité de la coupole céleste Pareille à un dôme de cristal où flottent capricieusement quelques buées légères, elle se reflète dans le calme harmonieux de la mer, où la vague pousse et repousse alternativement un lambeau de lumière et un lambeau de nuit. C’est l’heure où il y a dans l’air le plus de clarté diffuse et le moins d’ombres. Des vigueurs les plus fortes aux clartés les plus A'ives, l’œil parcourt rapidement la gamme des valeurs, échelle diaphane jetée entre la terre et le ciel. Cependant des galères à l’ancre se balancent sur l’azur liquide, se détachant en silhouettes tendres sur l’horizon marin, et font rêver de voyages, de réveils magiques sous d'autres cieux, là-bas, où sont les Atlantides, tandis qu’un grand rayon perpendiculaire de l’astre, frappant la nappe étale, plonge jusqu’aux abîmes comme un immense clou d’or.

Sans doute, cette majesté, ce faste de lumière, l’imperturbable splendeur du calme, ne laissent pas de causer parfois une impression de monotonie. On regrette le Buisson, les ciels inquietjÉ de Ruysdfel. Notre

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