LES SALONS
Hors de lui, il n'y a place pour aucun art indépendant. Nulle voix isolée dans ce grand unisson. Quelques portraitistes honnêtes, consciencieux et ternes, Martin Lambert (1630-1699) ou Claude Lefebvre (1632-1673) travaillent à petit bruit pour la ville et les maisons bourgeoises. Mais rapidement les petits genres viennent s’absorber dans l’éclat de la peinture de cour. Parmi les bataillistes, un assez joli peintre, Jacques Courtois, dit Bourguignon (1.621-1676), s’était fait une célébrité, à Rome, à la suite de Salvator. A Versailles, il est éclipsé, comme on sait, par Van der Meulen, « Vandremeule », comme on appelait ce gazetier militaire — en dépit de ce provençal de Joseph Parrocel (1668-1704), qu irritait le flegme de ce Welche (« Il ne sait pas tuer son homme ! », disait-il), et qui, pour sa part, fricassait une mêlée avec une charmante pétulance. Mais Le Brun s’entendait mieux avec ce Flamand protocolaire, comme avec ce J. B. Monnoyer (1634-1699) — familièrement « Baptiste » — lequel, avec son gendre Blain (ou Belin) de Fontenay (1634- 1715), est le grand « fleuriste » du siècle, le compositeur de bouquets pour la Savonnerie, et le maître en gerbes savantes pour trumeaux et dessus de portes « Louis-quatorzièmes ».
Cette centralisation parut pourtant insuffisante au premier peintre. Il rêva de réaliser l’unité absolue, un seul troupeau, un seul pasteur. Un vaste réseau d’académies, affiliées à la métropole, remplacerait partout les maîtrises locales. La réorganisation accomplie à Paris s’étendrait à toute la province. Le maître, par ses délégués, ses inspecteurs, ses professeurs, tiendrait ainsi à jour la liste des bons sujets de France, qu’il ferait venir à Paris à mesure des besoins : tout le talent du royaume serait ainsi drainé régulièrement au centre. Colbert approuva. La première école, provinciale fut créée à Lyon en 1676 : la France en fut bientôt couverte.
Une dernière institution, la plus populaire de toutes, complète les précédentes : c’est celle des Salons. Le plus ancien s’ouvrit en 1667.
On sait quelle importance devait avoir jusqu’à nos jours ce genre d’expositions. Il n’est peut-être pas sans défauts : l’idée avait pourtant du bon, puisque tout le monde l’a imitée. L’art avait bien eu jusqu’alors ses marchés et ses foires. Ce qui ne s’était jamais vu, c’était l’artiste faisant appel au jugement public et s’ollrant, sans idée de marchandage, aux décisions du goût. Ce mode tout nouveau d’examen devait favoriser l'éveil de la critique. Sans le savoir, Le Brun, en instituant ce régime, introduisait dans l’art un pouvoir imprévu ; il allait avoir à compter avec l’opinion.