CHAPITRE II
RUBÉNISTES ET POUSSINISTES
Controverses sur la couleur. — Tel est le puissant organisme donné par Le Brun aux Beaux-Arts. Des tissures pourtant s’y déclarèrent de bonne heure. On observe des signes de crise. Les attaques, cette fois, ne vinrent pas du dehors : elles partirent de l’Académie.
L'origine delà querelle fut un dissentiment de goût. Le vieux Philippe de Champagne avait porté un jour un jugement sévère sur le dessin de Titien. Le gant fui vivement relevé par un jeune peintre du nom de Blanchard Champagne le neveu prit fait et cause pour son oncle, et le différend parut réglé par une sentence de Le Brun, qui définissait nettement par des conclusions en forme, les sentiments de la Compagnie (juin 1671-jan vier 1672).
La querelle, en réalité, ne faisait que commencer. Périodiquement reprise jusqu’à la fin du siècle, portée devant le public par les pamphlets et les libelles, notée au jour le jour par la Gazette de Hollande, cette controverse académique devait agiter pendant trente ans la république des arts. Pendant trente ans On s’injuria entre « Ruhénistes » et « Poussinistes », entre champions de la couleur et apôtres de la ligne, entre fanatiques de la Vie de Marie de Médicis et fidèles des Sept Sacrements ; finalement, la victoire demeura aux premiers. Je n’entre pas ici dans le détail de la polémique. Mais, dégagée des invectives et de la scolastique, des arguties et du fatras qui ne cessent de l’obscurcir, cette affaire, qui n'est au fond qu’un épisode de la grande querelle des Anciens et des Modernes, apparaît comme la plus grave des batailles artistiques avant le romantisme ; et les questions qu’elle enveloppe sont encore actuelles, si ce sont celle du style, celle du réalisme ou de la modernité de T art, et enfin celle des races, c’est-à-dire de la relativité du beau.
1° « Ce fameux Beau que les uns voient dans la ligne serpentine, les autres dans la ligne droite, ils ne le voient tous que dans les lignes. Je