‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 242 sur 391 · LA RÉACTION CONTRE LE BRUN · texte numérisé non relu

LA RÉACTION CONTRE LE BRUN

suis à ma fenêtre et je vois le plus beau paysage. L’idée d’une ligne ne me vient pas à l’esprit. L’alouette chante, la rivière réfléchit mille diamants, le feuillage murmure. . . » Ces lignes d’Eugène Delacroix posent toute la question. L’Académie, en effet, écrivait sur sa porte : Ecole de dessin, et elle voulait former des peintres. Or, l’école française commençait à s’apercevoir que peindre signifie se servir de couleurs. Pourquoi le dessin serait-il plus noble que le coloris, et Raphaël, a priori, plus « vertueux » que Titien? Pourquoi serait-il plus moral de mal peindre que bien, comme s’il y avait là une sorte d’abstinence honorable ? Ils sont agaçants à la fin, ces airs d’austérité !

2° Car personne, à cette date, ne se soucie plus des idées. Après l’immense effort de la raison classique, l’art fourbu se repose. L’école, surmenée d’idéal, prend un temps de détente. La pensée se dissipant et se dépréciant, le réel gagne en intérêt ce que perd le monde moral. On aura de moins en moins le goût des études désintéressées, de l’antique ; on perdra le courage de s’aliéner soi-même pour un idéal difficile : on se sent peu d’humeur à se remettre à l’école. « Les anciens sont les anciens, et nous sommes les gens de maintenant ! » On se mettra moins en peine d’érudition, d’Hébreux, de Grecs et de Romains ; la nuance s’efface entre ce qui est historique et ce qui ne l'est pas. Les formats se réduisent, comme les ambitions et, les appartements. Un particulier n’a que faire des Batailles d’ Alexandre ou de Y Histoire du Roi. On peut prévoir l’avènement d une peinture familière, intime, sentimentale ou fantaisiste, peinture de mœurs ou de portraits, et qui, à côté ou en marge delà « grande peinture », toujours plus honorable quoique peu honorée, sera l’équivalent de la peinture « hollandaise ».

3° Cette peinture, voici justement que nous la découvrons. Jusqu'alors, nous n’avions connu que l’Italie ; vers 1670, l’attention française se trouve brusquement détournée. Pour le xvn° siècle, c’est sous forme hollandaise que se pose la question des arts et des littératures du Nord.

Tout n’est pas dit quand on a cité le mot de Louis XIY sur Y an Ustade : « Otez de ma vue ces magots ! ». De tout temps, ces «magots » de Rembrandt ou d’Ostade, de Brauwer et de Téniers, ont parmi nous des amateurs (Marolles, Brienne). Cet original de de Piles, prisonnier d’Etat à La Haye de 1660 à 1670 (et qui, par parenthèse, rapporte entre autres choses I llendrickje Stoffels du Louvre), nous arrive féru de cet art neuf qui vient de h' charmer; tout plein d’Anvers et d’Amsterdam, le voilà «pii découvre, à notre grande surprise, la Flandre en plein Paris : Rubens

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