LE GOUT FLAMAND EN FRANCE
au Luxembourg! C’est ce de Piles qui sera le « Rubéniste « par excellence.
D’ailleurs, Flandre ou Hollande, à quoi bon les chercher chez elles? Nous les avons à domicile. Le Brun même enrôle des Genoels, des Nicasius, des Y an der Meulen. Jusqu’en 1681, on en compte plus de vingt dans les rangs de I Académie. Médiocres penseurs, soit : mais, comme dira Chardin : « C’est bien bon, de la bonne peinture ! » Cette saveur de l'exécution, ce charme du métier, presque inconnus encore à la peinture française, plus d’un l’apprend à leur école, et le transmettra après lui.
Les comprend-on toujours, ces maîtres qu’on imite ? Non, et tant mieux ! Ces contre-sens laisseront toute liberté à l’interprétation. Une seule chose apparaît clairement : c’est que le monde est plus vaste que ne le croyaient les classiques. Rome n’est plus à elle seule tout l’horizon de l’art. Il n’v a pas de beau absolu. Chaque pays a son goût, comme il a ses usages, et le mieux que nous puissions faire esl de nous en tenir aux nôtres. Raphaël est sans doute fort bon pour l'Italie, mais Rubens n’est pas moins excellent pour la Flandre. Nous ne sommes, quant à nous, ni Romains, ni Fl amands. De grâce, qu’on nous laisse goûter à notre aise ce qui nous plaît; et qu’on nous donne le droit d’ètre ce que nous sommes, des Parisiens et des Français !
Tel est le mouvement complexe qui se rattache à cette querelle de Rubénistes et de Poussinistes. Fatigue des esprits, défiance des idées, goût de l’indépendance; sentiment nouveau de l’art, déplacement des intérêts et des curiosités; moins d’ambitions morales et plus de souci de plaire ; moins de besoins de pompe, plus de besoins d’élégance et de raffinement : tous ces traits du xviii0 siècle datent en réalité de vingt ou trente ans plus tôt. Ils sont déjà en germe dans l'histoire qui nous occupe. Et Le Brun n’est, pas mort sans avoir assisté au triomphe de ses adversaires.
Le triomphe de Mignard. Dufresnoy. — Mignard est un exemple du chemin qu’on pouvait faire sous Louis XIY dans l’opposition. Il n'était pas de l’Académie, et il se drapait savamment dans cette abstention fastueuse. 11 s’en faisait un piédestal. Il continuait à planer sur sa coupole du Val-de-Gràce. La Biuyère écrit : « Yignon est un peintre, et l'auteur du P y rame est un poète ; mais Corneille est Corneille, et Mignard est Mignard ». 11 n’était pas du monde officiel de Versailles, mais il était de la cour du Dauphin à Saint-Cloud. Très adroit, adoré des femmes, il est bien l’homme qui s’est peint, dans le joli tableau de Versailles, présenté par sa fille, la belle Feuquières, vêtue en Renommée : qui refuserait d’en