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LE POEME DE DUFRESNOY

seules en France, au xvii* siècle, où l’on sente la femme, la petite bête de luxe, de caprice et de joie, pour laquelle on comprend que les hommes aient fait tant de folies.

A cette puissance, Mignard en ajoutait une autre : le souvenir de son ami Dufresnoy. Dufresnoy (1611-1668) était un raté de grand talent, un critique, un homme à idées ; sa grande œuvre est un poème latin, De Ar le graphica, cinq cents vers qui lui coûtèrent vingt ans à caresser, et jouirent d'une prodigieuse estime dans ce siècle de latinistes. Ce poème, édité par le soins de Mignard, eut la chance, grâce à de Piles, d’être pris pour le manifeste du parti « ruhéniste ». Mignard se trouva donc plus que jamais désigné pour la succession de Le Brun. El enfin, ce qui valait mieux pour lui que tout le reste, il était le candidat de Louvois.

Cela ne traîna pas! Colbert mort (1683), ce fut l'écroulement de Le Brun. Chassé des Gobelins, de Versailles, de Marlv, exilé de la présence du roi, l’exécution fut sans pitié : noire, complète disgrâce ! Le pauvre homme en meurt de chagrin (12 février 1690). Le i mars, Mignard, premier peintre, est promu dans la même séance académicien, chancelier, recteur et directeur de l’Académie royale, sur l’ordre du ministre.

La nouvelle génération : La Fosse, Jouvenet, Coypel. — Le vainqueur triomphait à force de longévité, mais il avait quatre-vingts ans. Cela ne l’empêcha pas, quand il s’agit de décorer la coupole des Invalides, de vouloir s’en charger encore, et couronner sa vie par un autre Yal-de- Gi •âce. On préféra attendre sa mort (1695) et on confia l'ouvrage à de plus jeunes mains.

Il y avait justement alors une nouvelle génération de talents, plus ou moins formés à l'école de Le Brun, mais de goûts plus modernes. Les trois principaux s’appelaient Jean Jouvenet, Antoine Coypel et Charles de la Fosse. Celui-ci (1636-1716) esl le vétéran du trio. C’était un des meilleurs lieutenants de Le Brun. Il lui ressemble beaucoup, mais avec quelque chose de plus libre et de plus progressif. Son plafond de Diane , aux grands appartements de Versailles, est une fantaisie lunaire du plus singulier éclairage, avec une note fantastique qui décèle un esprit chercheur. Plus agréables encore sont ses petits tableaux du Louvre, son Triomphe de Bacchus d'un si beau rythme bondissant, surtout le très curieux Moïse sauvé des eaux. Il y a là de beaux ombrages, des princesses à parasols, du pittoresque, du romanesque, et sur le tout un charmant reflet de Yéronèse. S'il avait eu souvent de ces bonheurs, ce serait un rare peintre que ce Charles de la Fosse.

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Jouvenet. — La descente de croix. (Musée du Louvre, Iti'JT.)

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